Corée du Sud

Accueillir plus d’un million de personnes aux JMJ de Séoul : « Un véritable casse-tête logistique »

Le père Amos Lee Sang-jin, ordonné en 2012 dans l’archidiocèse de Séoul, fait partie des quinze membres à temps plein du Comité local d’organisation des JMJ de Séoul 2027. Le père Amos Lee Sang-jin, ordonné en 2012 dans l’archidiocèse de Séoul, fait partie des quinze membres à temps plein du Comité local d’organisation des JMJ de Séoul 2027. © Nayna Xaysourinh
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Il reste moins de neuf mois avant le début des Journées mondiales de la jeunesse de Séoul 2027. Le père Amos Lee, directeur adjoint du Bureau de planification du Comité local d’organisation, est chargé du département culturel, qui prépare notamment le Festival de la jeunesse, l’un des rendez-vous incontournables du pèlerinage international. Ce prêtre de l’archidiocèse de Séoul, la quarantaine, décrit avec un enthousiasme teinté d’un peu d’inquiétude les nombreux défis qui restent à relever.

Le Comité local d’organisation (LOC) des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Séoul 2027 s’est installé dans une ancienne école, à Myeongdong. C’est dans ce quartier touristique et animé que l’on trouve les bureaux diocésains entourant la cathédrale Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception.

Le logo des JMJ est déjà partout. Au sous-sol des bureaux diocésains, on trouve par exemple un « mur des JMJ », installé à l’entrée d’un petit centre commercial… On retrouve le même logo dans toutes les églises et sanctuaires, et dans les écoles et hôpitaux catholiques.

Aujourd’hui, le LOC compte quinze membres à temps plein. Parmi eux, le père Amos Lee Sang-jin est directeur adjoint du Bureau de planification. Il est spécifiquement chargé de la Sous-commission culturelle, responsable de l’élaboration des festivals, des concerts, des expositions et des événements artistiques prévus pour accueillir les pèlerins du monde entier.

De nombreux défis restent à relever

« Je prépare notamment le Festival de la jeunesse et le Forum des vocations pour les JMJ de Séoul », précise le prêtre, âgé d’une quarantaine d’années, dans un anglais parfait et sur un ton enthousiaste et chaleureux. « Je m’occupe également des politiques de protection des personnes et de durabilité », ajoute-t-il. Ordonné en 2012 dans l’archidiocèse de Séoul, il a été vicaire dans plusieurs paroisses. Il s’est également investi auprès du Service diocésain du Renouveau charismatique catholique avant d’être nommé au sein du LOC.

Après la deuxième réunion internationale préparatoire pour les JMJ de Séoul 2027 (qui s’est déroulée du 14 au 16 septembre 2026, en présence de plus de 400 délégués de plus de 100 pays), il se réjouissait de cette occasion de « rappeler que nous sommes tous coorganisateurs, de confirmer nos rôles et les objectifs des JMJ, et de réfléchir ensemble à la manière de respecter leur esprit et celui de leur fondateur, saint Jean-Paul II ».

Des messages d’encouragements laissés par des délégués après la Deuxième réunion internationale préparatoire pour les JMJ (14-16 septembre 2026).
Des messages d’encouragements laissés par des délégués après la Deuxième réunion internationale préparatoire pour les JMJ (14-16 septembre 2026).
© Nayna Xaysourinh

À moins de neuf mois de l’événement, il reste de nombreuses questions pratiques à trancher. Depuis cet entretien avec le père Amos Lee, les inscriptions aux JMJ ont été officiellement ouvertes le 22 octobre, avec un message vidéo du pape Léon XIV invitant les jeunes du monde entier à se retrouver du 3 au 8 août prochains en Corée du Sud.

Un contexte multireligieux

Séoul accueillera les deuxièmes JMJ en Asie, dans un pays où les chrétiens sont minoritaires : environ 50 % de la population se dit sans religion, et le catholicisme représente environ 11 % des habitants pour un total de près de 31 % de chrétiens (le plus grand groupe de croyants toutes dénominations confondues, devant les bouddhistes).

Dans ce contexte particulier, la collaboration du LOC avec les autorités n’a pas toujours été simple depuis l’annonce des JMJ de Séoul 2027 (en août 2023 par le pape François lors des JMJ de Lisbonne). « Toutes les précédentes JMJ internationales ont rencontré ce type de difficultés », commente le père Amos Lee. « Même dans les pays de tradition chrétienne, qui sont généralement des démocraties, la séparation entre l’État et l’Église fait qu’il n’est pas toujours facile d’obtenir l’implication des pouvoirs publics. »

En Corée du Sud, il explique que la situation est plus difficile à certains égards, mais qu’elle présente aussi des avantages. « Il a fallu beaucoup de temps pour mettre en place un cadre légal. Sans cela, ni le gouvernement central ni les collectivités locales ne pouvaient agir : leurs interventions doivent avoir une base juridique », ajoute-t-il.

Un cadre légal pour le soutien public

Dans un premier temps, le LOC n’est pas parvenu à faire adopter une loi spéciale par les parlementaires, se heurtant à une forte opposition du côté bouddhiste. Le comité d’organisation a donc changé de stratégie : plutôt qu’une loi spéciale, ses membres ont œuvré à l’adoption d’une loi générale permettant le soutien public aux événements culturels internationaux.

« Il existait déjà un cadre de soutien aux événements sportifs, mais pas aux événements culturels et artistiques », précise le prêtre. « Après l’adoption de cette loi, le gouvernement et les collectivités locales ont commencé à agir et à collaborer à la préparation des JMJ. »

Heureusement, le maire de Séoul est très favorable au rassemblement : « La municipalité nous soutient et a constitué une équipe dédiée. Ils sont maintenant près de dix à travailler avec nous. Nous avons une réunion par semaine. »

Malgré certaines oppositions venant des milieux bouddhistes et protestants, le père Amos Lee évoque le soutien d’une des grandes associations d’Églises protestantes en Corée du Sud, le Conseil national des Églises de Corée (NCCK). « Nous prévoyons de disposer de lieux et d’organiser des activités à dimension œcuménique. C’est un élément positif », se réjouit-il.

Pour les autorités, les JMJ sont aussi une très bonne occasion de présenter au monde la question de la paix dans la péninsule coréenne et de promouvoir la paix et l’harmonie entre le Nord et le Sud. « Elles en ont conscience. Nous travaillons donc ensemble à des programmes qui évoqueront cette réalité et notre espérance pour l’avenir, autour de la réunification et de la paix », souligne le père Amos Lee.

Le thème des JMJ 2027, « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
Le thème des JMJ 2027, « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
© Nayna Xaysourinh

Les JMJ de Séoul, un défi linguistique

Autre défi majeur des JMJ de Séoul 2027 : la barrière de la langue. « Le coréen n’est pas une langue européenne. Lors des éditions précédentes, les langues utilisées étaient des langues européennes, y compris aux Philippines, où l’anglais est une langue officielle. C’était aussi le cas en Australie, au Canada ou aux États-Unis : anglais, français, espagnol, portugais, italien, allemand et polonais », rappelle-t-il.

« Le coréen est très éloigné de ces langues. Avec le succès actuel de la culture coréenne, beaucoup de jeunes essaient de l’apprendre, mais cela ne suffit pas. Nous rencontrons de nombreuses difficultés de communication et nous avons besoin de personnes pour nous aider », ajoute-t-il.

Au sein du comité local, certains membres parlent très bien plusieurs langues étrangères, même s’il reconnaît que cela ne suffit pas toujours. « Lorsque nous rencontrons un problème, il faut intervenir activement pour le résoudre. Or la nécessité de communiquer dans une autre langue peut nous faire hésiter », explique-t-il.

Par exemple, durant la deuxième rencontre préparatoire en septembre 2026, lors d’un temps de questions-réponses, un prêtre a posé une question sur les Églises catholiques orientales. « Beaucoup de catholiques sud-coréens connaissent seulement le rite latin et sont peu familiers des Églises orientales. L’interprète n’a pas compris la question, ce qui a entraîné des malentendus. Il a fallu du temps pour l’expliquer et y répondre correctement. » D’où son inquiétude à moins d’un an des JMJ : comment communiquer de manière plus précise, sans malentendu, et plus efficacement ? « C’est l’un de nos grands chantiers actuels. »

Plus de cent lieux pour le Festival de la jeunesse

Les JMJ commencent toujours un mardi. Les matinées du mercredi, du jeudi et du vendredi sont consacrées aux catéchèses. Le samedi soir a lieu la veillée de prière, avant la messe de clôture célébrée le dimanche matin. Parmi les autres rendez-vous traditionnels, on peut citer le Festival de la jeunesse, le Forum des vocations et le Chemin de croix.

Le père Amos Lee est justement chargé d’organiser le Festival de la jeunesse, pour lequel il cherche à réunir plus de cent lieux différents. « Selon les sites, nous proposerons des concerts, des spectacles musicaux, du théâtre, de la danse, des expositions, des forums, des conférences, des rencontres, de l’adoration eucharistique, des temps de prière et des ateliers à caractère religieux », annonce-t-il.

« Nous aurons aussi un Forum des vocations en centre-ville, avec un espace dédié aux instituts religieux et aux communautés internationales de spiritualité et d’apostolat », ajoute-t-il, en précisant qu’une zone sera consacrée au sacrement de réconciliation à proximité. « Les non-chrétiens pourront également venir parler avec des prêtres et recevoir un accompagnement ou un conseil spirituel. Ces activités font partie du programme officiel des JMJ. »

La Corée du Sud compte seize diocèses. À l’exception de Séoul et du diocèse aux armées, les quatorze autres proposeront des Journées dans les diocèses avant le début de la rencontre internationale. Ces programmes, qui ne relèvent pas directement du LOC, se dérouleront du 29 juillet au 2 août et sont organisés par chaque diocèse.

« Ils comprennent généralement des pèlerinages dans les sanctuaires et les lieux importants de l’Église locale, ainsi qu’une découverte de la culture régionale, notamment grâce à l’accueil en famille, qui est le mode d’hébergement habituel », confie le père Amos Lee. « Il peut aussi y avoir des visites et des activités pour découvrir les traditions coréennes, la culture et la vie quotidienne », ajoute-t-il.

Le logo des JMJ 2027 devant la cathédrale de Séoul
Le logo des JMJ 2027 devant la cathédrale de Séoul
© Nayna Xaysourinh

Les Asiatiques confrontés aux difficultés de visas et aux prix des billets

Interrogé sur la participation des catholiques d’Asie aux JMJ de Séoul 2027, le père Amos Lee estime que les Européens resteront majoritaires parmi les pèlerins étrangers. « Le voyage coûte cher, mais les Européens et, plus largement, les participants occidentaux – d’Amérique du Nord ou d’Australie – ont généralement davantage de moyens pour payer les frais de participation et les billets d’avion », explique-t-il.

Pour les Asiatiques, une autre difficulté concerne les visas : pour les ressortissants de nombreux pays, il n’est pas facile d’obtenir un visa touristique pour la Corée du Sud. « Les autorités cherchent à limiter l’immigration irrégulière, notamment les personnes qui entrent dans le pays puis ne repartent pas. Cela complique l’obtention des visas », commente le prêtre.

Par ailleurs, il rappelle que dans de nombreux pays asiatiques, les catholiques sont peu nombreux, notamment au Japon et à Taïwan. « Si nous parvenons à résoudre ces problèmes, beaucoup d’Asiatiques pourraient venir », espère-t-il, en évoquant en particulier les Philippines, le Vietnam et l’Indonésie, où les catholiques sont beaucoup plus nombreux.

« La Corée compte environ 50 millions d’habitants, dont quelque 10 % de catholiques, soit environ cinq millions. Parmi eux, beaucoup ont été baptisés mais ne viennent plus à l’église », poursuit-il, en estimant à environ 100 000 le nombre de jeunes participants coréens. « Pour les inscriptions, nous travaillons avec un maximum de 500 000 participants », ajoute-t-il.

Quel sera le site de la messe de clôture ?

La messe de clôture devrait toutefois réunir une foule bien plus importante, puisqu’elle sera ouverte aux personnes de tous âges, même non inscrites. « J’imagine donc que la plupart des catholiques vivant à Séoul voudront y participer. Le nombre pourrait facilement dépasser un million de personnes, voire atteindre un million et demi. C’est un véritable casse-tête logistique », reconnaît-il, en expliquant qu’il est très difficile de gérer une telle foule.

Il évoque aussi les nombreux désagréments qui seront inévitablement causés aux habitants, notamment le bruit. « En Corée, certaines pratiques sont interdites : par exemple, chanter dans le métro ou dans le bus. Il existe une réglementation. Bien sûr, je ne pense pas que la police l’appliquera aux pèlerins de cette manière », ajoute-t-il, en espérant obtenir la compréhension des habitants. Le LOC prévoit des campagnes de communication auprès d’eux, mais aussi de sensibiliser les pèlerins à la culture et aux règles coréennes : « Il faut favoriser la compréhension dans les deux sens. Cela fait aussi partie de mon travail », souligne-t-il.

Jeudi 5 novembre, le LOC a déjà annoncé certains lieux prévus pour l’événement, dont le stade de la Coupe du monde de Séoul (où se dérouleront la messe d’ouverture, l’accueil du pape et le chemin de croix). La veillée du samedi soir et la messe de clôture auront lieu à l’aéroport militaire de Seongnam, en périphérie de Séoul. En attendant, le Comité local d’organisation des JMJ de Séoul 2027 a beaucoup de travail devant lui. Une tâche essentielle qui devrait permettre à plusieurs centaines de milliers de jeunes pèlerins du monde entier, comme les y a invité Léon XIV le 22 octobre, « d’entreprendre un pèlerinage de foi, d’amitié et d’espérance ».

(Ad Extra, Olivier Labesse))

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