Corée du Sud

Mgr Pierre Chung, archevêque de Séoul : « Nous espérons faire des JMJ 2027 une bénédiction pour toute l’Asie »

Mgr Pierre Chung Soon-taick, 65 ans, archevêque de Séoul, accueille les prochaines JMJ dans sa ville du 3 au 8 août 2027. Mgr Pierre Chung Soon-taick, 65 ans, archevêque de Séoul, accueille les prochaines JMJ dans sa ville du 3 au 8 août 2027. © Nayna Xaysourinh
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« Durant les JMJ, j’invite les pèlerins à découvrir la belle histoire de l’Église en Corée »… Dans cette interview exclusive, Mgr Pierre Chung Soon-taick, archevêque de Séoul et administrateur apostolique de Pyongyang, s’adresse aux nombreux jeunes des Églises du monde entier qui se rendront dans la capitale sud-coréenne en août 2027. « En Corée, les jeunes découvriront une culture différente, mais le même Jésus-Christ », souligne-t-il en souhaitant qu’ils emportent cette expérience d’unité avec eux. En évoquant l’élan vécu en France après les JMJ de Paris 1997, il souhaite aussi que l’événement soit une bénédiction pour la Corée du Sud et toute l’Asie.

Mgr Pierre Chung Soon-taick, 65 ans, est archevêque de Séoul depuis 2021. Diplômé en génie chimique de l’Université nationale de Séoul, il est entré au noviciat des Carmes déchaux en 1986 et a été ordonné prêtre en 1992. Après plusieurs responsabilités au sein de son ordre, il a été nommé évêque auxiliaire de Séoul en 2013, puis a succédé au cardinal Yeom Soo-jung à la tête de l’archidiocèse en 2021.

Mgr Pierre Chung Soon-taick, alors que vous vous préparez à accueillir des centaines de milliers de jeunes pèlerins, que souhaitez-vous leur faire découvrir en Corée ? Qu’espérez-vous qu’ils rapportent avec eux dans leurs pays – et qu’ils laissent derrière eux dans l’Église coréenne ?

J’espère que les jeunes qui participeront aux JMJ en Corée emporteront avec eux deux choses essentielles. La première est le respect et l’amour mutuels entre le clergé et les laïcs. Comme vous le savez peut-être, notre Église est née il y a environ 240 ans à l’initiative des laïcs eux-mêmes. Quelques années plus tard, ils ont compris le rôle essentiel et indispensable des prêtres dans l’Église. Au cours du premier siècle de l’histoire de l’Église en Corée, il y a eu plusieurs périodes de persécutions sévères. Les laïcs voulaient protéger les prêtres. Il leur arrivait de se faire passer pour des prêtres afin de protéger les véritables prêtres. Ils étaient arrêtés, torturés et tués à leur place.

La cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée-Conception de Myeongdong, Séoul, septembre 2026.
La cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée-Conception de Myeongdong, Séoul, septembre 2026.
© Nayna Xaysourinh

De leur côté, les prêtres voulaient aussi protéger les laïcs. Ils se livraient aux autorités pour être arrêtés et martyrisés, afin d’éviter que d’autres laïcs ne soient tués. Cet amour et ce respect mutuels entre le clergé et les laïcs, particulièrement durant les persécutions, constituent une histoire très belle et très triste. J’aimerais que durant les JMJ, les jeunes pèlerins découvrent ce lien à travers l’histoire de l’Église catholique en Corée.

Le deuxième point est qu’en Corée, les jeunes découvriront une culture, une langue et une histoire différentes. Malgré ces différences, ils rencontreront le même Dieu et le même Jésus-Christ parmi les jeunes venus du monde entier. Cette expérience de l’unité en Dieu, malgré toutes nos différences, peut les marquer profondément. J’espère qu’ils emporteront cette expérience d’unité avec eux dans leur pays.

J’ai aussi un troisième espoir : que les JMJ aident la société coréenne à s’ouvrir davantage sur le plan culturel. Il existe, par exemple, de belles pratiques traditionnelles de dévotion catholique, comme les processions eucharistiques ou la récitation du chapelet en portant une statue de la Vierge dans les rues d’un quartier, à l’occasion d’une fête mariale. J’espère qu’après avoir accueilli les JMJ, la société coréenne sera plus ouverte à ces dévotions, afin qu’elles puissent se dérouler naturellement dans l’espace public.

En tant qu’archevêque de Séoul, vous êtes aussi membre de la Commission pour la réconciliation du peuple coréen de la Conférence épiscopale coréenne (CBCK). La perspective de la paix dans la péninsule reste très difficile aujourd’hui. Quelles sont les initiatives de l’Église locale ?

Avant le deuxième sommet entre le président Trump et Kim Jong-un, à Hanoï, au Vietnam, en 2019, l’Église catholique en Corée du Sud, notamment l’archidiocèse de Séoul, pouvait encore envoyer de l’aide humanitaire en Corée du Nord par l’intermédiaire de différentes organisations internationales, notamment via la Croix-Rouge, la communauté de Sant’Egidio et une fondation américaine (Eugene Bell Foundation). Nous pouvions ainsi envoyer de la nourriture, notamment du riz, et des médicaments, en particulier contre la tuberculose.

Mais après ce deuxième sommet, qui n’a pas porté de fruits, la Corée du Nord a bloqué les communications avec la Corée du Sud. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus envoyer d’aide humanitaire. En 2025 et 2026, l’archidiocèse de Séoul a essayé de rétablir les communications avec le Nord. Avec une autorisation spéciale du gouvernement sud-coréen, nous avons envoyé des emails à plusieurs reprises, mais nous n’avons reçu aucune réponse jusqu’à présent.

Pour le moment, nous ne pouvons pas agir davantage. Nous suivons attentivement l’évolution de la situation politique internationale et nous souhaitons rétablir les communications avec le Nord dès que cela sera possible. Je suis également administrateur apostolique de Pyongyang, mais à ce titre, je ne peux rien faire actuellement, sinon suivre de près la situation internationale.

L’Église en Corée a vécu une croissance remarquable depuis l’arrivée du catholicisme dans le pays, notamment au cours des dernières décennies. Qu’est-ce que l’Église coréenne peut offrir aux Églises d’Asie et du monde entier ? Que peut-elle aussi apprendre d’elles ?

Jusque dans les années 1960 et 1970, l’Église catholique en Corée recevait de l’aide de l’étranger, notamment des prêtres missionnaires étrangers et des Églises européennes. Nous avions besoin de leur aide, tant sur le plan humain que financier. Mais aujourd’hui, au XXIe siècle, notre pays a connu un développement économique considérable. Nous sommes désormais en mesure de donner et de partager ce que nous avons avec d’autres pays qui en ont besoin, en Asie comme ailleurs dans le monde. Ce partage concerne aussi bien les personnes que les ressources financières.

Par exemple, l’archidiocèse de Séoul reçoit de nombreuses lettres d’autres pays d’Asie et du monde entier demandant un soutien financier ou d’autres formes d’aide. Les demandes sont trop nombreuses pour que nous puissions répondre à toutes. Ensemble, entre évêques, nous discernons les besoins les plus urgents et nous essayons de partager ce que nous avons, dans la mesure du possible.

Le logo et le thème des JMJ à Gahoe-dong, une église de style traditionnel coréen dans le quartier historique de Bukchon (Séoul) : « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
Le logo et le thème des JMJ à Gahoe-dong, une église de style traditionnel coréen dans le quartier historique de Bukchon (Séoul) : « Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
© Olivier Labesse

Par ailleurs, même si le nombre de vocations sacerdotales et religieuses commence à diminuer en Corée également, nous avons encore de nombreuses vocations. C’est pourquoi nous avons envoyé à l’étranger des prêtres missionnaires, des religieuses et des missionnaires laïcs. C’est une autre façon dont notre Église peut partager. Nous sommes nous-mêmes encore un territoire de mission, mais nous envoyons déjà des prêtres missionnaires dans d’autres pays qui en ont besoin.

Enfin, certaines Églises asiatiques, comme aux Philippines ou en Malaisie, sont plus avancées dans l’application du processus synodal au niveau diocésain. L’anglais étant davantage pratiqué dans ces pays, ils ont l’avantage de pouvoir partager et appliquer immédiatement les documents du Vatican sur le Synode. J’espère que l’Église coréenne pourra s’inspirer de la façon dont les Philippines mettent en pratique le processus synodal.

Comme membre des Carmes déchaux, en quoi votre spiritualité carmélitaine influence-t-elle votre vie et votre ministère comme archevêque de Séoul ? En particulier dans le contexte des préparatifs des JMJ ?

En tant que carme déchaux, je pense que l’essentiel de la spiritualité carmélitaine s’exprime dans ces mots de sainte Thérèse d’Avila : « Solo Dios basta », « Dieu seul suffit ». Cet esprit me donne de la force chaque fois que je rencontre des difficultés ou des défis. Il m’aide à les affronter. Pour un évêque diocésain vivant dans cette grande ville complexe, il n’est pas facile de conserver un mode de vie contemplatif. Je pratique chaque jour la méditation ou l’oraison, mais moins longtemps que lorsque je vivais dans ma communauté carmélitaine.

J’essaie néanmoins de conserver cette oraison carmélitaine, même pour un court moment chaque jour. Dans la prière, je m’abandonne en présence de Dieu et je reçois de lui encouragement et force. Même si ce temps est plus court qu’auparavant, surtout alors que nous nous préparons aux JMJ de Séoul 2027, j’essaie de le préserver chaque jour.

Quels fruits durables espérez-vous des JMJ pour l’Église en Corée et en Asie ?

Il y a trois ans, lors des JMJ de Lisbonne, j’ai rencontré un jeune évêque auxiliaire français qui m’a dit avoir été ordonné évêque seulement quarante jours auparavant. C’étaient déjà ses cinquièmes JMJ.

Il m’a raconté que ses premières JMJ avaient été celles de Paris en 1997. Pendant ce rassemblement, il avait ressenti un appel au sacerdoce. Ensuite, il était entré au séminaire et était devenu prêtre. Puis, peu avant les JMJ de Lisbonne en 2023, il avait été ordonné évêque.

Il m’a expliqué que l’Église catholique en France était encore soutenue par la force et l’élan nés de l’accueil des JMJ de Paris. Près de trente ans plus tard, elle continuait à bénéficier de cette expérience, notamment à travers des vocations sacerdotales. Je crois qu’accueillir les JMJ est un temps de bénédiction de Dieu. Nous espérons faire de ce rassemblement une bénédiction pour toute l’Église catholique en Corée et, en particulier, pour toutes les Églises catholiques d’Asie.

(Propos recueillis par Ad Extra)

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