Daejeon se prépare aux JMJ : « C’est avec confiance et espérance que nous attendons les pèlerins »
Des jeunes portant la croix des JMJ, le 26 septembre 2026 dans la cathédrale de daejeon.
© Nayna Xaysourinh
Rédigé par Olivier Labesse, le 06/11/2026
Le territoire du diocèse de Daejeon occupe une place importante dans l’histoire de l’Église en Corée : c’est là qu’est né saint André Kim Taegon, le premier prêtre coréen. On y trouve plusieurs sanctuaires liés aux martyrs, dont celui de Haemi. Situé au sud de Séoul, le diocèse espère accueillir plus de 2 200 pèlerins lors des journées dans les diocèses, avant les JMJ de Séoul 2027. À l’occasion d’une messe avec la croix et l’icône des JMJ dans la cathédrale de Daejeon, le père Marcellino Park Jae-woo, du Bureau des jeunes, évoque ses espérances et les défis à venir.
En ce samedi 26 septembre 2026, la croix et l’icône des JMJ se trouvent dans la cathédrale Saint-Joseph-Artisan de Daejeon, un édifice moderne orné de grands vitraux lumineux et de fresques coréennes traditionnelles. La ville de Daejeon est la 5e métropole du pays, avec environ 1,43 million d’habitants. Depuis le début du mois, les étapes se succèdent chaque jour de paroisse en communauté.
Cette semaine est une exception : toute la Corée du Sud fête Chuseok, le « Thanksgiving coréen » (une des fêtes traditionnelles les plus importantes du pays, dont les jours fériés s’étendent cette année du 24 au 26 septembre).C’est pourquoi peu d’événements sont prévus ces jours-ci pour accueillir les deux symboles des Journées mondiales de la jeunesse. Mais ce samedi, une célébration est organisée par la pastorale des migrants, aux côtés du Bureau des jeunes du diocèse.
La croix, touchée par des milliers de mains depuis plus de quarante ans, va donc pouvoir être approchée et entourée par la communauté vietnamienne de Daejeon, composée de plusieurs centaines de jeunes catholiques âgés de 22 ans en moyenne. Une centaine de paroissiens coréens se joignent à eux, heureux de participer à la messe, célébrée en vietnamien.

Autour des symboles des JMJ
Ce matin, la croix et l’icône sont déjà dans le chœur de la cathédrale. Deux prêtres coréens, dont le père Marcellino Park Jae-woo, responsable adjoint du Bureau des jeunes du diocèse de Daejeon, les portent au fond de l’église avec quelques jeunes Vietnamiens avant le début de la messe. Des servants d’autel en soutanes rouges, surplis blancs et gants blancs entrent dans l’allée centrale en portant un cierge et un encensoir. Deux servantes d’autel en aube blanche s’approchent ensuite avec le logo des JMJ, suivies par des jeunes portant la croix et l’icône.
Après la communion, le célébrant, le père Pierre Duc Tin, MEP et responsable de la communauté vietnamienne de Daejeon, invite l’assemblée à s’approcher de la croix par petits groupes pour prier, toucher le bois de la croix, l’embrasser… Le père Pierre, qui craignait qu’il y ait peu de monde à cause de Chuseok, semble heureux et soulagé. Les Vietnamiens s’approchent, puis les Coréens. C’est visiblement un moment d’émotion pour les uns comme pour les autres : tous réunis autour de la croix malgré les différences d’âge, de langue ou de culture.
Avant Daejeon, la croix était à Uijeongbu, au nord de Séoul, durant tout le mois d’août. Depuis janvier 2026, elle séjourne un mois dans chaque diocèse ; ce pèlerinage a débuté à Séoul et se poursuit à travers les quinze diocèses du pays. Il prendra fin en juin 2027, deux mois avant la rencontre internationale autour du pape Léon XIV, prévue du 3 au 8 août.
La croix des Journées mondiales de la jeunesse est la même depuis 1984, quand elle a été offerte aux jeunes par le pape saint Jean-Paul II. Depuis, cette simple croix de bois, haute de 3,8 m, voyage à travers le monde au fil des JMJ. Elle est toujours accompagnée par l’icône de la Vierge Marie Salus Populi Romani. Ce sont les symboles des JMJ. Avant leur pèlerinage sud-coréen, ils ont aussi parcouru toute la région Asie-Pacifique de juin à décembre 2025.
Journées dans les diocèses : le défi de l’accueil en famille
Après la messe, le père Marcellino, qui est également chargé de coordonner les journées diocésaines de Daejeon précédant la rencontre internationale à Séoul en août 2027, se confie sur la suite des préparatifs des JMJ. Le cadre général et le programme de ces journées sont déjà définis. « Nous sommes maintenant dans la phase de mise en œuvre concrète. L’une des étapes importantes est de finaliser les inscriptions des pèlerins étrangers », précise-t-il. Des groupes ont déjà annoncé leur participation, mais le diocèse a encore besoin des listes nominatives des participants pour organiser leur accueil à Daejeon.
« Nous devons également poursuivre les échanges avec les autorités locales jusqu’à l’année prochaine. Un rassemblement de cette ampleur demande beaucoup de coordination avec elles », ajoute-t-il. Il faudra ensuite répartir les pèlerins entre les paroisses et les familles qui les accueilleront, puis préparer concrètement leur programme dans les différents lieux du diocèse.

« Cela implique aussi la formation des personnes qui vont les recevoir, dans les familles comme dans les paroisses. Nous avons un groupe important de jeunes bénévoles qui se mettront au service des pèlerins pendant les journées en diocèse. Leur formation a déjà commencé, notamment sur le plan de la foi et de la spiritualité, et elle se poursuivra jusqu’en 2027. Il ne s’agit pas simplement de faire du bénévolat : nous voulons inscrire ce service dans la foi. »
Les journées en diocèse dureront cinq jours et quatre nuits. Daejeon a déjà prévu d’accueillir environ 2 200 personnes, mais le père Marcellino précise qu’il pourrait y en avoir davantage. Il reconnaît, en revanche, que l’accueil chez l’habitant n’est pas une évidence dans la culture coréenne. « Dans notre pays, inviter quelqu’un chez soi n’est pas une habitude aussi répandue. Même entre Coréens, on se rencontre plutôt à l’extérieur », explique-t-il. Mais il assure que les familles qui se sont inscrites sont heureuses et attendent avec joie les personnes qui viendront chez elles.
De son côté, Laurence Vasseur (missionnaire laïque consacrée, de la Communauté des Serviteurs de l’Évangile) vivant à Daejeon depuis plus de 25 ans, précise que « des jeunes Coréens qui ont déjà vécu un accueil en famille durant d’autres JMJ à l’étranger ont été sollicités pour partager leur expérience », afin de sensibiliser les paroissiens et de leur montrer tout ce que cet accueil peut apporter.
« Lorsque nous accueillons des étrangers, nous voulons leur offrir le meilleur »
Concernant le programme des journées en diocèse, prévues du 29 juillet au 2 août 2027 (avant les JMJ du 3 au 8 août), le diocèse compte inviter les pèlerins à découvrir la riche histoire du territoire diocésain de Daejeon, l’un des plus importants foyers des débuts du christianisme en Corée. « À l’époque, le diocèse n’existait pas encore, mais les premières communautés chrétiennes étaient présentes ici. Il y a donc beaucoup de sanctuaires. Le pèlerinage vers ces lieux sera une dimension importante des journées en diocèse », confie le prêtre.
Certains de ces sanctuaires sont associés à la naissance de figures de l’Église coréenne, d’autres sont liés aux martyrs ou aux communautés chrétiennes qui vivaient ensemble. « Notre diocèse présente aussi une grande diversité : à l’ouest, il y a la mer ; il y a également les montagnes, les villes et les campagnes. Les pèlerins pourront découvrir la culture locale des lieux où ils séjourneront. Un spectacle autour de la foi des martyrs est également prévu. Il y aura enfin des programmes organisés à trois niveaux : le diocèse, les doyennés et les paroisses. » Le père Marcellino évoque en particulier le sanctuaire de Solmoe, le lieu de naissance de saint André Kim Taegon, le premier prêtre coréen, et le champ des martyrs de Haemi, un des lieux de persécution au XIXe siècle sous la dynastie Joseon.
En attendant les événements de l’été 2027, le prêtre décrit l’impatience des jeunes Coréens. « Ils ont hâte de voir ce qui va se passer. C’est une réflexion personnelle, mais je pense que cela rejoint un trait de notre culture : lorsque nous accueillons des étrangers, nous voulons leur offrir le meilleur et que tout se passe très bien. Cela crée beaucoup d’effervescence. Nous travaillons donc beaucoup, mais cela peut aussi provoquer du stress et des inquiétudes : est-ce que nous allons y arriver ? Est-ce que tout se passera bien ? Nous nous imposons parfois plus de pression que nécessaire. » C’est pourquoi il insiste sur l’importance de vivre ces mois de préparation dans un climat de prière, afin de garder à l’esprit que l’objectif est de « rencontrer Dieu ensemble ».
Quels fruits attend-il de cette rencontre ? Il songe d’abord aux jeunes, catholiques ou éloignés de l’Église : « Cet événement sera visible par toute la société. J’espère qu’en voyant ce grand rassemblement de jeunes, tout le pays s’intéressera davantage à eux en se demandant : qu’est-ce que nous faisons pour les jeunes ? » « Je pense que dans de nombreuses sociétés, y compris en Corée, nous faisons semblant de nous intéresser à la jeunesse, mais nous ne nous intéressons pas vraiment à elle en profondeur. Il faut leur montrer concrètement cet intérêt et être à leurs côtés. »

L’Église coréenne et l’Église de France
Le père Marcellino a un dernier message à faire passer, au sujet du lien de longue date entre l’Église coréenne et l’Église de France. « La Corée a accueilli la foi par elle-même, notamment à travers des livres venus de Chine. Mais pour que cette foi grandisse, elle a reçu l’aide de nombreux prêtres français et de beaucoup d’autres personnes. Nous ne pouvons pas l’oublier.
J’espère que les pèlerins français pourront voir les fruits de cette terre que les missionnaires ont contribué à cultiver pour la foi. Qu’ils puissent découvrir comment l’Église s’est développée : c’est l’un de mes souhaits. »
Il invite aussi les jeunes Français et les autres pèlerins du monde entier à goûter à la richesse d’une autre culture qui vit la même foi chrétienne. Malgré la barrière de la langue, le prêtre est convaincu qu’en Dieu, « nous pouvons nous rejoindre et communiquer autrement ». « C’est avec cette confiance et avec beaucoup d’espérance que nous attendons les pèlerins », conclut-il.
(Ad Extra, Olivier Labesse)