Bangladesh

Au Bangladesh, les minorités nourrissent « de grandes espérances » après des élections « libres, neutres et pacifiques »

Une manifestation à Dacca durant la « révolution de juillet » 2024. Les élections générales du 12 février sont les premières depuis ces événements. Une manifestation à Dacca durant la « révolution de juillet » 2024. Les élections générales du 12 février sont les premières depuis ces événements. © Rayhan9d / CC BY-SA 4.0
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Au Bangladesh, les premières élections tenues depuis le soulèvement de 2024 suscitent de fortes attentes, notamment parmi les minorités religieuses. Donné largement vainqueur, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), mené par Tarique Rahman, pourrait ouvrir une nouvelle ère politique après quinze années de pouvoir de l’ex-Première ministre Sheikh Hasina. Dans un climat jugé apaisé et sans violences, chrétiens, hindous et bouddhistes espèrent que ce scrutin marque le début d’un Bangladesh plus inclusif, garantissant sécurité et égalité des droits pour tous.

Vendredi 13 février, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a revendiqué une victoire écrasante lors des premières élections tenues depuis le soulèvement populaire de 2024. Son dirigeant, Tarique Rahman, est en passe de devenir Premier ministre. L’ambassade américaine à Dacca a déclaré que les États-Unis ont félicité Tarique Rahman et le BNP pour une « victoire historique ».

Deux jours avant le scrutin, Tarique Rahman avait déclaré être « confiant » que son parti – écrasé pendant les 15 années de règne autocratique de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina – reprendrait le pouvoir dans cette nation d’Asie du Sud forte de 170 millions d’habitants. « Cette victoire était attendue. Il n’est pas surprenant que le peuple bangladais ait placé sa confiance dans un parti capable de réaliser les rêves que notre jeunesse a nourris lors des manifestations », a réagi Salahuddin Ahmed, un des cadres du BNP. « Ce n’est pas le moment de se réjouir, car nous devrons relever des défis de plus en plus importants pour bâtir un pays exempt de discrimination », a-t-il ajouté.

Tarique Rahman, chef du parti BNP, en novembre 2021.
Tarique Rahman, chef du parti BNP, en novembre 2021.
© Bangladesh Nationalist Party / CC BY 3.0

Le 13 février au matin, des chaînes de télévision privées ont annoncé que le BNP avait largement dépassé le seuil des 150 sièges pour obtenir une majorité claire au Parlement, prévoyant qu’il remporterait plus des deux tiers des sièges. La chaîne de télévision Jamuna a rapporté que le BNP avait obtenu 212 sièges. La coalition à majorité islamiste dirigée par Jamaat-e-Islami a remporté 70 sièges, selon les projections de la chaîne, un bond considérable par rapport à ses résultats précédents, mais bien loin de la victoire totale qu’elle avait escomptée lors de sa campagne.

Muhammad Yunus décrit « la fin d’un cauchemar »

Le scrutin s’est déroulé dans 299 des 300 circonscriptions. La Commission électorale a reporté le vote dans une circonscription en raison du décès soudain d’un candidat. Cinquante sièges supplémentaires au Parlement, réservés aux femmes, seront attribués proportionnellement aux partis. Dans un communiqué du parti, Ruhul Kabir Rizvi, haut responsable du BNP, a appelé ses partisans à rendre grâce par la prière vendredi plutôt que de célébrer dans les rues. « Malgré la victoire écrasante du BNP, il n’y aura pas de rassemblements triomphants. »

Après l’annonce des résultats, le chef du gouvernement intérimaire, Muhammad Yunus, lauréat du Prix Nobel de la paix et âgé de 85 ans, a appelé à l’unité et a exhorté toutes les parties à garder leur calme. « Nous pouvons avoir des divergences d’opinions, mais nous devons rester unis dans l’intérêt national », a-t-il déclaré. Son gouvernement avait interdit au parti de l’ex-Première ministre Sheikh Hasina, la Ligue Awami, de participer aux élections. Après avoir voté, Yunus a salué « la fin d’un cauchemar ».

Il a aussi soutenu une vaste réforme démocratique d’un système de gouvernement « complètement défaillant », tout en appelant à empêcher le retour à un régime de parti unique. En effet, durant le scrutin, les électeurs ont également participé à un référendum portant sur une série de réformes constitutionnelles, qui prévoient notamment de limiter le nombre de mandats du Premier ministre, de créer une nouvelle chambre haute du Parlement, de renforcer les pouvoirs présidentiels et enfin de favoriser une plus grande indépendance du pouvoir judiciaire. Les dernières informations laissent entendre que l’électorat a approuvé ces réformes.

Mgr Gomes, Dacca : « Les chrétiens nourrissent de bonnes espérances »

Les minorités religieuses ont également réagi aux résultats. Subrata Chowdhury, hindou et avocat à la Cour suprême, a salué le « déroulement exceptionnel » des élections et la « grande neutralité » de la Commission électorale. Il a aussi exprimé le vœu que le BNP respecte ses engagements électoraux, notamment sur la construction d’un Bangladesh non communautariste, où les personnes de toutes confessions et ethnies jouissent des mêmes droits.

De son côté, Nirmol Rozario, président du Conseil pour l’unité hindoue-bouddhiste-chrétienne du Bangladesh, a souligné que la population a pu participer librement aux élections et qu’il n’y a pas eu de violences majeures liées au scrutin. Bhikkhu Sunanda Priyo, secrétaire général de la Fédération bouddhiste du Bangladesh, a également qualifié les élections d’équitables, et exprimé l’espoir que les communautés minoritaires puissent vivre en sécurité sous le nouveau gouvernement.

Enfin, selon l’agence Fides, Mgr Subroto Boniface Gomes, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Dacca, s’est dit « favorablement impressionné par le fait que les élections se soient déroulées dans le calme ». « Aucune victime ni aucun acte de violence électorale n’ont été signalés : c’est un fait sans précédent dans les 54 ans d’histoire du Bangladesh. L’ambiance générale était très bonne, très enthousiaste », a-t-il assuré.

Il a aussi salué les importantes mesures de sécurité et le déploiement de soldats sur le territoire et près des bureaux de vote. Sur le BNP, il a estimé que « c’est un parti que les communautés minoritaires du Bangladesh ont généralement apprécié par le passé pour sa position modérée par rapport aux partis islamistes ». « Je constate que, dans l’ensemble, les chrétiens bangladais sont satisfaits de l’histoire du parti et nourrissent de bonnes espérances pour l’avenir ».

Sources : Ucanews, Asianews, Fides

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