Au Bangladesh, prier et jeûner pour l’avenir du pays
Le 18 février durant une messe à Dacca pour le mercredi des Cendres.
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Le 20/02/2026
Au début du Carême, les catholiques du Bangladesh se rassemblent dans la prière et le jeûne pour confier l’avenir de leur pays. À Dacca, des milliers de fidèles ont participé aux messes du mercredi des Cendres, notamment à l’église du Rosaire de Tejgaon, marquée par un attentat en octobre dernier. Cette année, cette période de préparation à Pâques coïncide avec le Ramadan, offrant un moment inédit où les deux principales communautés religieuses vivent simultanément un temps de jeûne, de conversion et d’espérance.
Les églises du Bangladesh ont débuté le Carême par la prière, le jeûne, la réconciliation et l’aumône, notamment à Dacca où des milliers de catholiques se sont rassemblés pour les offices du mercredi des Cendres. Dans la capitale, quatre messes bondées ont été célébrées à l’église du Rosaire de Tejgaon, théâtre d’un attentat terroriste en octobre dernier ; de nombreux fidèles se sont recueillis à l’extérieur du bâtiment.
Le front marqué de cendres, les fidèles ont entamé ce que la tradition chrétienne décrit comme un pèlerinage de 40 jours de conversion et de purification en préparation de Pâques ; cette année, cette période coïncide également avec le début du Ramadan, le mois sacré musulman de jeûne et de prière.
Namita Das, 56 ans, est arrivée dans la paroisse soutenue par sa famille et se déplaçant avec une béquille. « Je n’ai pas pu venir à l’église pendant plusieurs jours à cause de ma maladie », confie-t-elle. « Aujourd’hui, le Carême commence, donc je suis venue avec six membres de ma famille. J’ai prié Jésus et lui ai demandé sa bénédiction. Il a donné sa vie pour nous », explique-t-elle. « En ce temps de pénitence, nous réfléchissons à ce que nous pouvons lui offrir. » Bien qu’elle dise n’avoir que peu de ressources matérielles, Mme Das a l’intention de prier chaque soir avec sa famille, d’aller se confesser et de faire un don aux pauvres.
Sujit Halder, 38 ans, responsable marketing dans une entreprise du secteur privé et originaire de Sonadanga, dans le district de Khulna (dans le sud-ouest du pays), s’est également rendu à l’église après son arrivée de la gare de Kamalapur. « Le Carême est très important pour moi », assure-t-il. « Par le jeûne, la prière et le Chemin de Croix, je comprends profondément que Jésus a sacrifié sa vie pour nous. Nous devons donc, nous aussi, nous purifier et témoigner de notre foi chrétienne par nos paroles et nos actes. »
Le début du Carême et du Ramadan survient à un moment délicat pour le pays, qui a tenu récemment des élections générales marquées par la victoire du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et l’arrivée au pouvoir de Tarique Rahman, fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia, qui avait longtemps vécu en exil.
Appel à vivre le jeûne « avec foi et humilité »
Sujit Halder souligne qu’il est le seul chrétien parmi les quelque 300 employés de son entreprise. « J’essaie de témoigner en faisant correctement mon travail et en me comportant honnêtement avec tout le monde. Ce Carême m’encourage à le faire encore davantage. »
À l’église de Tejgaon, une paroisse emblématique de la capitale, la messe du mercredi des Cendres était présidée par Mgr Bejoy N. D’Cruze, président de la Conférence des évêques du Bangladesh et archevêque de Dacca. Dans son homélie, le prélat a rappelé les paroles prononcées lors de l’imposition des cendres : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. » « Efforcez-vous de comprendre cette vérité éternelle. Le but du Carême est de vivre en présence de Dieu. Donnons du sens à ce Carême, par le jeûne, le sacrifice, l’aumône et la prière. »
L’archevêque a ajouté que la responsabilité chrétienne est indissociable de la justice. « Notre responsabilité nous pousse à instaurer la justice. Il existe un lien profond entre la justice et le Ciel. Nous avons faim et soif de justice, car c’est par elle que nous accomplissons notre devoir envers nos frères et sœurs », a-t-il poursuivi. « Là où règne la justice, tout ira bien. La soif de justice sera un jour étanchée par Dieu. »
Le prélat a également souligné que le jeûne n’est pas qu’une pratique extérieure, mais qu’il « doit être vécu avec foi et humilité ». « Il ne s’agit pas seulement de s’abstenir de nourriture. Il s’agit de se détourner du mal et du péché et de changer de mode de vie avec simplicité et modestie. Par l’austérité, la vie chrétienne devient plus forte et plus authentique. »
« Que ce temps de pénitence puisse nous transformer »
Cette année, le début du Carême coïncide avec le début du Ramadan, créant un moment unique où les membres des deux communautés religieuses jeûnent simultanément. Pour les musulmans, ce mois est celui de la révélation du Coran ; il est donc considéré comme une période de miséricorde, de pardon et de salut.
Dans le pays majoritairement musulman, qui compte seulement environ 0,3 % de catholiques, le mois sacré de jeûne et de prière entraîne un ralentissement de la vie quotidienne, y compris au travail et dans les lieux publics : les horaires des administrations passent de 9h-17h à 9h-15h30.
Le ministère de l’Éducation a également annoncé 35 jours de vacances pour les écoles primaires publiques, du 19 février au 26 mars. Dans un pays où les catholiques constituent une petite minorité, la célébration simultanée du Carême et du Ramadan souligne à la fois la diversité du Bangladesh et l’importance partagée de la prière, du jeûne et de la charité.
Comme l’a rappelé Mgr D’Cruze aux fidèles, le Carême est une invitation au renouveau intérieur. « Ne commettons pas le mal. Recherchons la justice et la sainteté dans notre vie quotidienne, afin que ce temps de pénitence puisse véritablement nous transformer. »
(Avec Asianews, Sumon Corraya)