Japon

Au Japon, après la victoire de Sanae Takaichi, le cardinal Kikuchi appelle à l’unité nationale

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi (ici en novembre 2025) a remporté une large victoire aux élections législatives anticipées du 8 février. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi (ici en novembre 2025) a remporté une large victoire aux élections législatives anticipées du 8 février. © Cabinet Public Affairs Office / CC BY 4.0
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Lors des élections législatives anticipées du 8 février, la coalition au pouvoir de la Première ministre Sanae Takaichi a remporté la majorité des deux tiers (316 sièges sur 465), selon les résultats publiés mardi 10 février. Ce score est le meilleur de l’histoire de son parti PLD (Parti libéral démocrate). Un résultat qui permet à la dirigeante ultraconservatrice de conforter son mandat, pour mettre en œuvre son programme dans l’archipel de 123 millions d’habitants au cours des quatre prochaines années. Mme Takaichi, élue en octobre 2025, avait dissous fin janvier la chambre basse, où sa coalition avait une courte majorité.

Le Parti libéral-démocrate (PLD) de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a remporté 316 sièges lors des élections anticipées du 8 février dernier, ce qui lui donne une majorité des deux tiers selon les résultats officiels annoncés mardi 10 février. Ce résultat est le meilleur de l’histoire du PLD et devrait permettre à la première femme au poste de Premier ministre du Japon de marquer son empreinte dans ce pays de près de 123 millions d’habitants au cours des quatre prochaines années.

Le partenaire de coalition du PLD, le Parti japonais de l’innovation (JIP), a remporté 36 sièges, donnant au bloc au pouvoir 352 législateurs dans la chambre basse de 465 membres, selon les chiffres du ministère des Affaires intérieures. Lors de la dernière législature, le PLD détenait 198 sièges, tandis que le JIP en détenait 34.

Les résultats de ces élections ont également montré que le parti anti-immigration Sanseito a vu son nombre de sièges passer de deux à 15. La nouvelle Alliance centriste pour la réforme du principal parti d’opposition, le Parti démocrate constitutionnel, et de l’ancien partenaire du PLD, le Komeito, a subi un revers, son nombre de sièges s’effondrant de 167 à 49. Disposer d’une majorité des deux tiers à la chambre basse permet au gouvernement de passer outre les décisions de la chambre haute lorsque la coalition est minoritaire.

Cela donne également à Mme Takaichi la possibilité d’entreprendre la tâche complexe de modifier la Constitution, ce qui semble être son intention. « C’est le début d’une lourde responsabilité : celle de rendre le Japon plus fort et plus prospère », a déclaré la Première ministre, âgée de 64 ans, lors d’une conférence de presse le 9 février. « Nous pensons que le public a fait preuve de compréhension et de sympathie à l’égard de nos appels concernant le besoin urgent d’un changement de politique majeur. »

De nombreux défis à relever

Profitant de son début de mandat en douceur après son accession au poste de cinquième Première ministre du Japon en autant d’années en octobre, Sanae Takaichi a convoqué des élections anticipées le mois dernier. Bien qu’elle soit la première femme Première ministre de son pays, elle a montré peu d’intérêt à axer sa politique sur le genre dans un contexte politique japonais dominé par les hommes. Le nombre de femmes parlementaires a diminué, passant de 73 à 68, selon les résultats officiels. Mais elle a rencontré un franc succès auprès des électeurs, notamment des jeunes, ses partisans appréciant tout, de son sac à main à son numéro de batterie sur une chanson Kpop avec le président sud-coréen.

Mme Takaichi doit néanmoins relever de nombreux défis, notamment aider les ménages à faire face à la hausse des prix et stimuler l’économie sans inquiéter les investisseurs quant à l’état des finances publiques japonaises. Son gouvernement est également soumis à des pressions pour tenir les promesses faites au président américain Donald Trump d’investir environ 550 milliards de dollars aux États-Unis.

Face à la montée en puissance du parti populiste Sanseito, Sanae Takaichi a également promis de durcir les règles d’immigration. Les relations avec la Chine sont également tendues, surtout depuis que la Première ministre a suggéré en novembre que le Japon pourrait intervenir militairement si Pékin cherchait à s’emparer de Taïwan par la force. La Chine, qui considère cette île démocratique comme faisant partie de son territoire et n’a pas exclu le recours à la force pour l’annexer, a vivement réagi.

Le cardinal Kikuchi a appelé à l’unité nationale après les élections du 8 février au Japon.
Le cardinal Kikuchi a appelé à l’unité nationale après les élections du 8 février au Japon.
© Isao Kikuchi / Facebook

Le 9 février, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a de nouveau exhorté le Japon à retirer ses propos. Sanae Takaichi souhaite également que le Japon, un proche allié des États-Unis, augmente ses dépenses de défense. Pékin a averti Tokyo que des actions « imprudentes » entraîneraient une « réponse résolue de la communauté internationale ».

Le cardinal Kikuchi appelle à l’unité nationale

De son côté, l’archevêque de Tokyo, le cardinal Isao Kikuchi, a réagi aux résultats des élections en appelant à l’unité nationale et au respect de la dignité humaine. « La victoire historique du parti au pouvoir lors de ces élections reflète la volonté du peuple et doit être respectée », a déclaré le cardinal Kikuchi. « J’espère que la Première ministre Takaichi guidera le Japon vers une nation occupant une place honorable et respectée au sein de la communauté internationale. »

Il a averti que les divisions sociales se sont accentuées ces dernières années, les gens devenant « repliés sur eux-mêmes » et excluant ceux qui sont perçus comme différents. « J’espère sincèrement que le gouvernement favorisera l’harmonie au sein de la société japonaise, afin que le peuple puisse vivre avec espoir en l’avenir », a-t-il ajouté. L’archevêque de Tokyo a également souhaité que les dirigeants politiques œuvrent pour « un monde dans lequel toute vie est protégée et la dignité humaine respectée, quelles que soient les origines ».

Réactions de la minorité philippine

Par ailleurs, le pasteur philippin Awyn Santos de Lifegiver Japan, une Église évangélique de la préfecture de Chiba, a commenté le scrutin en assurant respecter les résultats. Toutefois, il a aussi confié son espérance que les résidents étrangers seront traités équitablement. Il a ajouté que les récents débats politiques concernant les étrangers ont été perçus par certains comme contraignants ou xénophobes, et il a souligné l’importance du respect mutuel. « Tant que nous apprenons à nous adapter et à respecter la culture et les valeurs japonaises, il ne devrait y avoir aucun problème pour nous, les étrangers », a-t-il conclu.

Un retraité philippin de 71 ans, résident permanent de la préfecture de Saitama, s’est aussi dit inquiet de la direction prise par le nouveau gouvernement. « J’ai vécu ici pendant près de la moitié de ma vie, et j’apprécie la façon dont le Japon a été gouverné par les précédents dirigeants », a-t-il expliqué, en demandant à rester anonyme. Il a aussi confié que certaines politiques de Takaichi lui semblent injustes envers les étrangers, « notamment en ce qui concerne les pensions et la manière dont elles sont traitées dans le cadre des nouvelles politiques ».

Takaaki Fukumoto, un Tokyoïte de 25 ans, a noté que le résultat des élections suggère que de nombreux électeurs recherchent la stabilité, mais il s’est dit préoccupé par l’affaiblissement de l’opposition. « Le fait que le PLD ait obtenu le plus grand nombre de sièges depuis l’après-guerre indique que le parti a gagné un certain niveau de confiance auprès du public », a-t-il commenté. « J’espère voir une gouvernance stable qui tienne compte de la situation budgétaire actuelle et de l’environnement international », a-t-il précisé, en espérant que « chaque parti d’opposition puisse jouer un rôle plus important à l’avenir ».

(Avec Ucanews)

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