Caritas Bangladesh partage le sens du Carême avec les Rohingyas et crée des ponts interreligieux dans les camps
Un homme porte une fille Rohingya dans un panier suspendu par une perche en bambou, dans un camp de Cox’s Bazar au Bangladesh.
© Stephan Uttom Rozario
Le 17/03/2026
Dans le sud-est du Bangladesh, plus d’un million de réfugiés musulmans Rohingyas vivent les derniers jours du Ramadan dans les camps surpeuplés de Cox’s Bazar. Pour Caritas Bangladesh, c’est une occasion unique de chercher à bâtir des ponts entre les deux religions. À travers des rencontres et des actions de sensibilisation, l’organisation caritative catholique partage avec les réfugiés et les communautés d’accueil de la région le sens du Carême, en soulignant les valeurs communes de prière, de jeûne et de solidarité.
Alors que plus d’un million de Rohingyas musulmans réfugiés au Bangladesh vivent les derniers jours du Ramadan, l’organisation caritative catholique Caritas Bangladesh crée des ponts entre les deux religions en partageant le sens du Carême avec les réfugiés et les communautés d’accueil dans les vastes camps de Cox’s Bazar.
« Nous, à Caritas Bangladesh, bâtissons des passerelles entre les deux confessions en soulignant l’importance du Carême pour nous chrétiens avec les réfugiés et avec les communautés d’accueil environnantes, afin de leur faire découvrir le sens de ce temps liturgique », explique Liton Luis Gomes, directeur du programme d’intervention d’urgence de l’organisation. Il ajoute que Caritas partage avec eux le thème de sa campagne de Carême 2026 – « Prière, écoute et jeûne : un appel sacré à la transformation intérieure ».
Le pape et les Rohingyas
Le 1er décembre 2017, le pape François avait rencontré un groupe de réfugiés Rohingyas durant sa visite apostolique au Bangladesh. Les réfugiés s’étaient rendus à Dacca depuis Cox’s Bazar pour rencontrer le Saint-Père à l’occasion d’une rencontre interreligieuse organisée à l’archevêché. Le pape François avait alors souligné que « la présence de Dieu aujourd’hui est aussi appelée Rohingya ». C’était la première fois qu’il utilisait publiquement ce terme en décrivant la minorité persécutée.
La plupart des Rohingyas des camps de Cox’s Bazar sont arrivés de Birmanie à partir d’août 2017, quand la junte a débuté une répression violente après une série d’attaques rebelles (attribuées à l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan) dans l’État de Rakhine, dans l’Ouest birman. Les Rohingyas sont des musulmans qui subissent depuis longtemps les discriminations de la majorité bouddhiste birmane. Ils se sont notamment vus refuser la citoyenneté depuis 1982. Le coup d’État militaire en Birmanie, lancé en février 2021, a encore accentué leur vulnérabilité.
La densité démographique dans les camps est extrême : près de 40 000 résidents par km². Par comparaison, celle de Paris est d’environ 20 000 hab./km², et celle de Dacca, la capitale du Bangladesh, l’une des villes les plus densément peuplées au monde, est de 33 868 hab./km². La densité du pays dans son ensemble est d’environ 1 200 hab./km² (contre 122 hab./km² pour la France). La densité des camps de Cox’s Bazar est donc près de 33 fois plus élevée que la densité moyenne du Bangladesh. Les réfugiés y vivent côte à côte dans des abris en plastique et en bambou, d’une superficie à peine supérieure à 9 m² chacun, certains pouvant accueillir une douzaine de personnes.
« Nous n’avons pas le cœur à la fête »
L’Eid al-Fitr, une des fêtes les plus importantes de l’islam, devrait avoir lieu cette semaine, mais les réfugiés expliquent qu’ils ne sont pas en mesure de la célébrer. Selon Abdur Rahim, 55 ans et père de cinq enfants, la nourriture dans les camps n’est pas suffisante, même si les réfugiés « survivent toujours grâce à l’aide du gouvernement bangladais et du Tout-Puissant ». « Nous n’avons pas d’argent pour acheter de nouveaux vêtements pour mes enfants et mes petits-enfants pour la fête. L’Eid est une célébration joyeuse pour les musulmans, mais nous n’avons pas le cœur à la fête. Si nous pouvons retourner sur notre terre natale, nous serons heureux », confie-t-il.
Abdur Rahim ajoute que l’initiative de Caritas lui a apporté un nouveau regard sur la période de jeûne. « Je ne savais pas que le Ramadan ne se résumait pas à s’abstenir de manger. Grâce à Caritas, j’ai appris que le jeûne consiste aussi à aider les autres et à vivre plus simplement », explique-t-il.
Entre 2017 et 2023, Caritas a fourni près de 45 millions de dollars d’aide d’urgence pour les Rohingyas et les membres des communautés d’accueil de Cox’s Bazar, selon Caritas Internationalis. Durant cette période, l’organisation est venue en aide à presque 1,7 million de personnes en matière d’hébergement, de protection, de réduction des risques de catastrophe, d’éducation, d’eau, d’assainissement et d’hygiène.
(Avec EWTN News, Stephan Uttom Rozario)
Stephan Uttom Rozario est un journaliste et photographe basé à Dacca, Bangladesh. Il couvre l’actualité religieuse, les droits de l’homme, les minorités, l’environnement, la politique et d’autres sujets contemporains.