Martyrs du Cambodge : « Nous avons dû faire face au défi de la destruction des archives par les Khmers rouges »
L’Église cambodgienne a célébré la clôture de la phase diocésaine de la cause de béatification de Mgr Salas et ses onze compagnons le 18 mars.
© Vicariat de Phnom Penh
Le 24/03/2026
Le diocèse de Phnom Penh vient de clôturer, le 18 mars, la phase diocésaine de la cause de béatification de Mgr Joseph Chhmar Salas et de ses onze compagnons, après une décennie d’enquête. Alors que près de 3 000 pages sont envoyées à Rome pour la suite du processus, le père Vincent Chrétienne, MEP, de la commission historique, confie : « Le travail a été rendu difficile par la destruction des archives par les Khmers rouges. Il a fallu reconstituer leur vie à partir de rares témoignages ou au hasard de découvertes inattendues. »
Mercredi 18 mars, Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, a annoncé solennellement la clôture de l’enquête diocésaine sur la cause de béatification et de canonisation de Mgr Joseph Chhmar Salas et de ses onze compagnons, concluant ainsi plus de dix ans d’investigation sur leur vie et leur témoignage.
La cérémonie de clôture s’est déroulée dans l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Phnom Penh Thmey, à Phnom Penh. Environ 3 000 pages de documents ont été scellées et préparées pour être remises à Rome. Près de 300 fidèles, parmi lesquels des membres du clergé et des laïcs des trois juridictions ecclésiastiques du Cambodge, ont assisté à l’événement.

Les douze catholiques, déclarés Serviteurs de Dieu au début de la phase diocésaine du procès de béatification en 2015, comprennent Mgr Joseph Chhmar Salas, le père Joseph Chhmar Salem, le père Marcel Troung Sang Samronh, le père Pierre Rapin, le frère Damien, le père Jean Badré, sœur Jacqueline Soeun, sœur Lydie Nou Savan, M. Joseph Som Kim San, M. Joseph Thong, M. Pierre Chhum Somchay et M. Joseph Ros En, qui ont donné leur vie pendant les années de conflit sous le régime des Khmers rouges.
Les actes ainsi complétés seront envoyés au Dicastère pour les causes des saints pour un examen plus approfondi avant d’être présentés au Saint-Père. Selon le père Paul Roeung Chatsirey, postulateur de la cause, le dossier comprend des documents judiciaires et des biographies historiques détaillées. Il souligne que la procédure a été menée dans le strict respect des normes vaticanes.
Le défi de la destruction des archives par les Khmers rouges
Le père Vincent Chrétienne, qui a dirigé la commission historique pendant trois ans, a rassemblé toute la documentation disponible dans le monde sur les expériences de foi des douze martyrs présumés, préparant en outre tous les décrets et documents nécessaires à la clôture officielle de l’enquête.
Le prêtre, missionnaire MEP au Cambodge, explique que « le travail a été rendu difficile par la dispersion de ces documents dans le monde (Cambodge, Vietnam, Malaisie, France, Italie) ainsi que par la difficulté de retrouver les familles et d’accéder aux archives de certaines institutions (séminaires, Dicastère pour l’Évangélisation des peuples) ».
« Par ailleurs, nous avons dû faire face au défi de la destruction des archives par les Khmers rouges », ajoute-t-il. « Au Cambodge, l’état-civil ainsi que les archives de l’Église ont entièrement disparu en 1975. Il a donc fallu reconstituer la vie des présumés martyrs à partir de rares témoignages ou au hasard de découvertes inattendues. »
« Par exemple, l’un des serviteurs de Dieu, M. Ros En, dont la mémoire collective retenait le nom de baptême Pierre, s’appelait en fait Joseph. Nous avons découvert cette information grâce à la copie de son acte de baptême conservée au Collège général de Penang en Malaisie où il fut séminariste durant deux ans », poursuit le père Chrétienne.
Selon lui, Joseph Ros En, originaire du village chrétien de Kampong Ko, avait d’abord songé à être prêtre avant de devenir enseignant. Dénoncé par quelqu’un durant la période communiste, il a affirmé devant ses bourreaux qu’il était chrétien.
« Le témoignage de Mgr Salas est particulièrement émouvant »
Parmi les autres martyrs présumés, le missionnaire explique que Mgr Salas a été choisi comme « tête de liste » car il a été sacré évêque trois jours avant l’entrée des Khmers rouges à Phnom Penh. « Son cas est particulièrement émouvant, car il était en France jusqu’au mois de mars 1975 pour une année d’étude. À la demande de Mgr Ramousse, le vicaire apostolique de Phnom Penh, il est rentré au Cambodge pour accompagner le peuple khmer dans cette épreuve, sachant qu’il allait lui-même mourir ainsi qu’il l’a déclaré à ses amis en quittant la France. Il est mort de faim dans la rizière en septembre 1977, étant demeuré fidèle à la prière et à son sacerdoce. »

Le père Pierre Rapin, MEP, est une autre figure marquante. « Il a fait le choix de demeurer avec ses paroissiens de Krauchmar alors qu’il aurait pu partir », raconte le père Vincent Chrétienne. « Au mois de février 1972, une bombe a été placée dans sa maison. Il est mort des suites de ses blessures en pardonnant à ceux qui l’avaient tué. Quant à sœur Lydie, religieuse de la Providence de Portieux, elle a été dénoncée car elle chantait des chants religieux dans le village où elle avait été déportée. »
Un nouveau fonds d’archives pour l’Église cambodgienne
Il y a cinquante ans, le Cambodge sombrait dans l’« année zéro » imposée par les Khmers rouges. Toute pratique religieuse fut interdite et la population subit la famine, le travail forcé et la terreur. Dans ces conditions, Mgr Salas et ses compagnons ont gardé la foi et péri avec près de deux millions de leurs compatriotes.
Après les années 1990, l’Église a connu un renouveau sous l’impulsion des missionnaires. Aujourd’hui, la communauté catholique cambodgienne compte environ 20 000 fidèles, avec 13 prêtres khmers, deux religieux et près de 20 religieuses qui œuvrent aux côtés d’environ 150 missionnaires internationaux.
Quelle que soit l’issue de cette cause (le pape étant seul habilité à les proclamer bienheureux ou non), le père Chrétienne assure que « le travail de la Commission historique est très important car il a permis de reconstituer un fonds d’archives pour l’Église cambodgienne ». « Cela permettra à de futurs chercheurs de mieux connaître cette période sombre de la communauté catholique du Cambodge. »
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