Birmanie

Nouvel appel du pape à la paix en Birmanie le 8 janvier, après 17 nouvelles victimes dans une attaque de la junte

Des catholiques birmans en procession pour la paix, le 29 octobre 2023 devant la cathédrale Saint-Colomban de Myitkyina, la capitale de l’État Kachin. © Hkun Awng Nlam / Ucanews
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Le dimanche 7 janvier, 17 villageois chrétiens Chin sont décédés dans un bombardement de la junte. Le lendemain, en présentant ses vœux pour la nouvelle année aux membres du corps diplomatique près le Saint-Siège, le pape François a insisté sur les conflits et les divisions qui demeurent sur la scène mondiale, en évoquant la situation en Birmanie. À propos de la guerre civile qui s’aggrave dans le pays d’Asie du Sud-Est, il a plaidé pour que « tous les efforts soient faits pour redonner de l’espoir à cette terre et un avenir digne aux jeunes ».

Plusieurs centaines de chrétiens ont participé aux funérailles de 17 villageois chrétiens de l’ethnie Chin, tués le 7 janvier par un bombardement de la junte birmane dans la région de Sagaing (dans le nord-ouest du pays, près de la frontière indienne).

Les chrétiens décédés dans l’attaque ont été enterrés dans un cimetière du village de Kanan, après la célébration qui était présidée par un pasteur baptiste, selon des sources locales confirmées. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des proches en pleurs alors que les cercueils en bois étaient abaissés dans leurs tombes, tandis que le pasteur et les chrétiens présents priaient et chantaient pour leur rendre un dernier hommage.

Outre les 17 villageois tués (dont six enfants), on compte au moins une trentaine de blessés parmi les victimes de l’attaque, qui ciblait deux églises et une école communautaire du village, dans cette région toujours en proie aux conflits. L’attaque est survenue alors que beaucoup de fidèles se rendaient à une célébration pour le premier dimanche de l’année, selon des sources locales. « C’est vraiment triste pour les victimes que cette attaque meurtrière ait eu lieu le dimanche, et que les défunts soient des civils dont des enfants, qui n’auraient jamais dû être visés », a réagi une source ecclésiale anonyme.

170 massacres en 36 mois selon le Gouvernement d’unité nationale en exil

« Malheureusement, cela s’ajoute à d’innombrables atrocités commises par la junte militaire génocidaire, qui s’élèvent à au moins 170 massacres au cours des 36 derniers mois », estime le Dr Sasa, un chrétien Chin, ministre de la Coopération internationale pour le Gouvernement d’unité national (NUG) en exil, qui a réagi après l’attaque sur le réseau social X (anciennement Twitter). « La communauté internationale ne doit pas rester aveugle devant ces crimes atroces contre l’humanité. Ensemble, nous devons traîner les coupables devant la justice », a-t-il ajouté dans son message, le 7 janvier.

Le village de Kanan se trouve sur la route entre Kalay et Tamu, près de la frontière avec l’Inde. Il compte environ 2 000 habitants, majoritairement chrétiens. Kanan est situé près de la ville de Kampat, qui est devenue une zone de conflit pour la junte militaire et les forces de résistance depuis que les rebelles ont pris le contrôle de la ville le 7 novembre dernier.

La junte a nié toute responsabilité après l’attaque et dénoncé les informations sur le bombardement comme une fake news. Les militaires ont affirmé qu’aucun avion de l’armée ne survolait la région au moment de l’attaque.

Le pape plaide pour « redonner de l’espoir à cette terre » de Birmanie

Au cours des derniers mois, la région de Sagaing et l’État Chin, qui ont été au premier plan dans la résistance contre le régime militaire, ont subi des attaques violentes, dont des bombardements et des tirs d’artillerie lourde contre les forces rebelles et contre les civils. Au moins 29 personnes, dont 13 enfants, ont été tuées le 9 octobre dernier dans une autre attaque de la junte au camp de Mung Lai Hkyet, près de la ville de Laiza (près de la frontière chinoise).

Les militaires ont renforcé leurs attaques contre les groupes rebelles dans les régions majoritairement chrétiennes des États Kayah, Chin, Kachin et Karen. Les troupes ont aussi incendié plusieurs villages dans les régions majoritairement Bamar (l’ethnie majoritaire en Birmanie) de Sagaing et de Magwe, où l’armée a aussi rencontré une forte résistance.

Depuis le coup d’État de février 2021, des villages chrétiens, des églises et des bâtiments catholiques, dont des écoles, des couvents et des cliniques, ont été touchés par des bombardements et des obus. Depuis trois ans, le pape François a lancé plusieurs appels à la paix et à la retenue en Birmanie. Notamment le 8 janvier dernier, en s’adressant aux diplomates au Vatican. « Je voudrais également attirer l’attention de la communauté internationale sur la Birmanie, en demandant que tous les efforts soient faits pour redonner de l’espoir à cette terre et un avenir digne aux jeunes générations », a-t-il demandé.

Le département d’État des États-Unis a désigné la Birmanie, ainsi que la Chine, le Pakistan, l’Iran, la Russie et le Tadjikistan, comme des « Countries of particular concerns », ou CPC (« pays particulièrement préoccupants »), en raison de graves violations de la liberté religieuse.

(Avec Ucanews)