Le déclin démocratique s’aggrave en Asie selon le Rapport mondial 2026 de HRW
Le Rapport Mondial 2026 de HRW examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays.
© Tom Page / CC BY-SA 2.0
Le 05/02/2026
L’organisation Human Rights Watch (HRW) a publié son 36e rapport annuel sur les pratiques et tendances en matière de droits humains dans le monde. Selon le rapport 2026, qui passe en revue les faits marquants de 2025 dans plus de 100 pays, l’autoritarisme a gagné du terrain dans le monde. En Asie, la répression s’est renforcée, en particulier en Chine. Les institutions démocratiques se sont également affaiblies sur tout le continent, notamment en Inde, au Pakistan et en Indonésie.
Dans la 36e édition de son Rapport mondial 2026, publiée ce jeudi 5 février, l’organisation Human Rights Watch (HRW) examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. En Asie, le rapport de 529 pages détaille l’intensification de la répression et des exactions à Hong-Kong, en Chine, au Vietnam, au Cambodge et en Corée du Nord, l’aggravation de la répression transnationale menée par la Chine et dans toute la région, ainsi que des crises humanitaires et des droits de l’homme en Birmanie et en Afghanistan.
Le rapport indique également que l’Inde, le Pakistan et l’Indonésie ont subi un affaiblissement de leurs institutions démocratiques et de l’état de droit, dans un monde où « l’ordre international fondé sur des règles est mis à mal », menaçant d’emporter avec lui « l’architecture sur laquelle les défenseurs des droits humains s’appuyaient ». « Selon certains indicateurs, la démocratie est revenue à son niveau de 1985, alors que 72 % de la population mondiale vit désormais sous un régime autocratique », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de HRW.
« La vague démocratique qui a débuté il y a plus de 50 ans a cédé la place à ce que les spécialistes appellent une « récession démocratique » », a-t-il précisé, ajoutant que briser la « vague autoritaire qui déferle sur le monde » est désormais le défi d’une génération. « Pour contrer cette tendance, les gouvernements qui attachent encore de l’importance aux droits de l’homme, ainsi que les mouvements sociaux, la société civile et les institutions internationales, doivent former une alliance stratégique pour s’y opposer. »
Une répression des droits « extrêmement sévère » en Chine
En Asie, le rapport met en lumière une campagne menée par le gouvernement chinois pour siniser la religion et propager l’idéologie du Parti communiste chinois (PCC). Cette campagne a entraîné une répression accrue des « Églises de maison » et des congrégations protestantes qui refusent de rejoindre l’Église officielle. En avril 2025, un tribunal de la province du Shanxi aurait condamné plus d’une douzaine de personnes membres de l’Église Golden Lampstand pour fraude, et en octobre, les autorités ont également arrêté près de 30 fidèles de l’Église Zion, dont son pasteur.
« Le gouvernement chinois de Xi Jinping a accumulé un bilan de plus en plus désastreux en matière de droits de l’homme, étendant et approfondissant sa répression des libertés fondamentales », a déclaré Maya Wong, directrice adjointe de la division Asie de HRW. « Les gouvernements étrangers se sont généralement montrés réticents à s’opposer aux menaces que le gouvernement chinois fait peser sur le système international des droits de l’homme, et encore moins sur les droits de l’homme en Chine même. »
Le rapport indique que Xi a mobilisé le gouvernement pour imposer une stricte conformité idéologique et une loyauté absolue envers lui et le PCC. Les Tibétains, les Ouïghours et d’autres communautés aux identités distinctes, y compris les membres d’Églises non officielles, ont subi une répression des droits « extrêmement sévère ».
La répression gouvernementale s’est intensifiée à Hong Kong, où la Ligue des sociaux-démocrates – son dernier parti démocratique actif – a été dissoute alors que des lois draconiennes sur la sécurité nationale étaient utilisées pour poursuivre les critiques à l’étranger et leurs familles, comme la dirigeante prodémocratie Anna Kwok.
« De nombreux leaders prodémocratie restent en prison, dont Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily, aujourd’hui fermé », indique le rapport, tout en notant l’arrestation de l’étudiante militante Tara Zhang Yadi, basée en France, et les menaces de cinéastes de faire fermer le festival de cinéma IndieChina à New York.
La démocratie affaiblie aux Philippines et en Indonésie
Par ailleurs, le rapport évoque aussi les Philippines, où les institutions démocratiques se sont affaiblies : le président philippin Ferdinand Marcos Jr. n’aurait pris que peu de mesures pour lutter contre le harcèlement persistant, les menaces et les meurtres de critiques du gouvernement par les forces de sécurité. « Les meurtres et autres exactions commises par les forces de sécurité persisteront tant que le gouvernement n’aura pas mené d’enquête approfondie et poursuivi en justice les responsables, quels que soient leur grade ou leur position. »
Mais le transfert par l’administration de l’ancien président, Rodrigo Duterte, à la Cour pénale internationale pour son rôle présumé dans les meurtres commis dans le cadre de la « guerre contre la drogue » a constitué une étape historique en matière de responsabilité.
En Indonésie, le rapport souligne que le président indonésien Prabowo Subianto a adopté des politiques qui ont profité aux officiers militaires et aux législateurs, ce qui a suscité une opposition généralisée et des manifestations publiques. « Les forces de sécurité ont réagi en arrêtant des milliers de personnes qui manifestaient dans tout le pays contre les inégalités économiques croissantes, tandis que l’armée, luttant contre une insurrection séparatiste, a réprimé les Papous autochtones et sécurisé les plantations et les opérations minières dans les six provinces de Papouasie. »
« L’administration Prabowo a de plus en plus recours aux militaires pour intervenir dans les affaires civiles et offre des avantages aux parlementaires alors que de nombreux Indonésiens souffrent économiquement », affirme le rapport, ajoutant que des accusations criminelles sans fondement ont visé les populations autochtones, les minorités religieuses et les journalistes.
Des signes d’espoir enregistrés au Bangladesh et au Sri Lanka
En Inde, le rapport indique que la dérive autoritaire du pays sous le gouvernement dirigé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) s’est poursuivie, avec une diabolisation accrue des musulmans et des critiques du gouvernement, tandis que des militants ont été détenus sans procès en vertu d’une loi antiterroriste dénoncée comme « abusive ». « Les autorités ont expulsé illégalement des centaines de musulmans bengalis et de réfugiés rohingyas vers le Bangladesh, parmi lesquels figuraient des citoyens indiens, en prétendant qu’ils étaient des « immigrants illégaux ». »
Au Bangladesh, l’organisation a constaté que le gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus, mis en place après le renversement de Sheikh Hasina, peine à maintenir l’ordre public et à tenir ses promesses de réformes en matière de droits de l’homme. Mais dans ce qui constitue peut-être une rare lueur d’espoir, le rapport indique qu’une partie de la peur et de la répression qui ont marqué les 15 années de règne d’Hasina, notamment les disparitions forcées à grande échelle, semblent avoir pris fin.
Au Sri Lanka, « des efforts ont été déployés pour stabiliser l’économie et lutter contre les inégalités d’accès aux services publics, mais peu de progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre des engagements en matière de droits de l’homme ». Par ailleurs, le rapport couvre tous les pays asiatiques en détail, mais a particulièrement pointé du doigt le Cambodge pour ses tentatives régulières de réduire au silence et d’intimider les critiques et dissidents exilés par le biais d’une répression transnationale, notamment en Thaïlande, en Malaisie et au Japon.
Cela comprend l’assassinat, en janvier, de Lim Kimya, ancien député de l’opposition et binational franco-cambodgien, abattu à Bangkok dans ce qui a été largement considéré comme un assassinat politique.
« Chaque fois que la démocratie est menacée, les droits le sont également »
L’étude révèle également que les efforts déployés en Thaïlande pour renforcer la gouvernance démocratique après la chute du régime militaire ont été perturbés par l’instabilité politique, tandis que la Malaisie continue d’utiliser des lois répressives pour criminaliser la dissidence. Le rapport indique aussi que « les autorités vietnamiennes restreignent sévèrement les droits à la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique, de circulation et de religion, et interdisent les organisations de défense des droits de l’homme, les syndicats indépendants, les médias et les partis politiques ».
Enfin, Singapour est également critiqué pour son recours persistant à la peine de mort, notamment pour des infractions liées à la drogue, tandis que les autorités poursuivent leur répression de la dissidence, utilisant les lois sur la censure pour cibler les médias internationaux, les plateformes de médias sociaux et les humoristes étrangers.
« Plus récemment, des dirigeants autoritaires ont exploité la méfiance et la colère du public pour remporter les élections, puis ont démantelé les institutions mêmes qui les avaient portés au pouvoir », a conclu Philippe Bolopion en présentant le rapport. « Les institutions démocratiques sont essentielles pour représenter la volonté du peuple et contrôler le pouvoir. Il n’est donc pas surprenant que chaque fois que la démocratie est menacée, les droits le soient également », a-t-il déclaré.
(Avec Ucanews, Luke Hunt)