Chine

De quoi la Chine a-t-elle peur lorsqu’elle interdit aux enfants l’entrée dans les églises ?

À l’occasion de la Journée mondiale de prière pour l’Église en Chine, un prêtre chinois réagit à la restriction des activités religieuses pour les mineurs. À l’occasion de la Journée mondiale de prière pour l’Église en Chine, un prêtre chinois réagit à la restriction des activités religieuses pour les mineurs. © yzzhenli.org
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Un prêtre vivant en République populaire de Chine a écrit une lettre anonyme sur les « règles administratives » qui empêchent les moins de 18 ans de participer à des activités religieuses. La Constitution chinoise garantit la liberté de culte, sans aucune restriction d’âge. Pourtant, aujourd’hui, les enfants chinois peuvent entrer seuls dans un centre commercial, mais pas dans une église. Parallèlement, la Chine fait face à des tendances inquiétantes telles que la dépression chez les adolescents, le harcèlement scolaire et la perte des valeurs.

Le 24 mai, depuis la place Saint-Pierre, le pape Léon XIV a prononcé quelques mots à l’occasion de la Journée mondiale de prière pour l’Église en Chine, qui coïncidait avec le dimanche de la Pentecôte : « Que l’intercession de la Reine du Ciel accorde à la communauté des croyants en Chine la grâce de l’unité, et qu’elle donne à tous la force de témoigner de l’Évangile dans leurs luttes quotidiennes, afin qu’ils soient des semeurs d’espérance et de paix. »

Alors que l’Église en Chine vient de célébrer la fête de Marie Auxiliatrice, vénérée au sanctuaire marial de Sheshan, près de Shanghai, les catholiques chinois sont confrontés à l’application de plus en plus stricte de l’interdiction faite aux mineurs de participer aux activités religieuses. Cette restriction, appliquée à toutes les religions et qualifiée de « mesure administrative de protection », constitue en réalité une grave atteinte à la liberté religieuse et un obstacle manifeste au témoignage chrétien. Voici le commentaire anonyme publié ces derniers jours par un prêtre chinois à ce sujet.

Il y a quelque chose que je n’ai jamais compris. Aujourd’hui en Chine, un mineur peut entrer dans un centre commercial, regarder des vidéos jusque tard dans la nuit, accéder à toutes sortes d’informations chaotiques sur Internet, ou même fréquenter de nombreux lieux de divertissement sans que personne ne l’en empêche. Pourtant, lorsqu’un enfant veut entrer dans une église, il est bloqué à la porte par un panneau : « Interdit aux mineurs ». Je me demande bien qui pourrait se sentir menacé par un enfant assis tranquillement dans une église ?

Beaucoup considèrent cette interdiction comme faisant partie de « l’administration ordinaire », mais c’est précisément là le problème : l’administration ne peut pas priver les citoyens de leurs droits fondamentaux. Un enfant peut simplement accompagner ses parents à la messe ; il souhaite peut-être juste écouter les cantiques ou feuilleter la Bible. Il peut aussi vouloir simplement rester assis en silence un moment. Qu’y a-t-il de si dangereux à cela ? Le fait que les enfants découvrent la foi ne mérite pas d’être surveillé. Ce qui mérite vraiment d’être surveillé, c’est une société qui commence à craindre les enfants qui entrent en contact avec le vrai, le bien et le beau.

« Une société mature et sûre d’elle ne craindra jamais que les jeunes réfléchissent »

Pour l’instant, parlons de droit, et non de religion. Conformément à l’article 36 de la Constitution de la République populaire de Chine, les citoyens jouissent de la liberté de croyance religieuse. On peut noter que la loi parle de « citoyens », et non de « citoyens âgés de plus de 18 ans ». De plus, un enfant est avant tout un « citoyen », et ensuite seulement un « mineur ». Les enfants aussi, selon la loi, jouissent d’une égale dignité personnelle. Ils bénéficient du droit à l’épanouissement spirituel, à l’accès à la culture et aux droits fondamentaux.

Si un enfant n’est même pas autorisé à entrer dans un édifice religieux, qui respectera son monde spirituel ? Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui évoquent quotidiennement la dépression, l’anxiété, le harcèlement scolaire, le vide spirituel et la confusion des valeurs chez les adolescents. Pourtant, les lieux qui, autrefois, aidaient les jeunes à trouver l’apaisement, à découvrir l’amour et le pardon, à apprendre le respect de la vie, ainsi que le sens de la modération et de la bienveillance – les églises, par exemple – sont désormais, dans certains lieux, strictement interdits aux enfants. N’est-ce pas contradictoire ?

D’un côté, nous craignons que « les enfants n’aient pas de force spirituelle » ; de l’autre, nous leur disons : « Vous ne pouvez pas vous connecter au monde spirituel ». Une société véritablement mature et sûre d’elle ne craindra jamais que les jeunes réfléchissent à des questions telles que : Pourquoi vivons-nous ? Qu’est-ce que la vérité ? Que sont le bien et le mal ? Qu’est-ce que la conscience ?

Il y a une grande différence entre « éviter d’imposer » et « interdire l’accès à l’église »

Toutes les grandes civilisations comprennent que le véritable avenir d’une nation ne dépend pas seulement des gratte-ciels ou de l’économie, mais davantage de la présence d’une âme, d’un sens du sacré et d’un sens des valeurs parmi les nouvelles générations. Si une société laisse les enfants se complaire dans le consumérisme et le divertissement, et ne craint que leur contact avec la foi et le sens de la vie, alors les enfants ne sont plus le véritable problème.

Bien entendu, nous comprenons les enjeux qui peuvent être liés à une telle gestion de la réalité : ne pas imposer d’activités religieuses, ne pas se livrer à un endoctrinement extrême, ne pas exploiter les mineurs. Tout cela doit être pris au sérieux, mais il y a une grande différence entre le fait « d’éviter d’imposer » et celui « d’interdire l’accès à l’église ». On ne peut pas, en craignant « l’endoctrinement », priver les enfants de la possibilité de faire l’expérience de la foi, de découvrir la culture religieuse et d’accompagner leurs parents au culte.

Le véritable niveau de civilisation d’une société ne se mesure pas au nombre de gratte-ciels qu’elle possède, mais plutôt à la question suivante : lorsqu’un enfant commence à chercher un sens à sa vie, cette société est-elle disposée à lui ouvrir une porte, ou la lui ferme-t-elle aussitôt ?

Ce qui est véritablement dangereux, c’est d’empêcher les enfants d’entrer dans une église. Ce qui est véritablement dangereux, c’est une époque qui prive systématiquement les enfants de la possibilité d’entrer en contact avec la vérité, la bonté et la beauté. Si nous vivons à une époque où un enfant assis tranquillement dans une église dérange, alors ce n’est pas l’enfant qu’il faut remettre en question, mais l’époque elle-même.

Cet article a été initialement publié en chinois. Ceci est une adaptation d’après une traduction publiée par l’agence Asianews. Voir ici l’article d’origine en chinois.

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