Pakistan : un catholique de Lahore accusé de blasphème meurt en détention
Mgr Khalid Rehmat, nouvel archevêque de Lahore, le 2 juillet dans l’église Saint-Joseph durant la messe de funérailles d’Amir Peter.
© Samson Salamat / EWTN
Le 06/07/2026
Le 1er juillet, le catholique Amir Peter, 61 ans, est décédé en détention provisoire des suites de graves complications médicales survenues en prison. Il avait été faussement accusé de blasphème en juillet 2025. Un des frères de la victime est religieux capucin et curé de l’église Saint-François de Lahore. « Personne n’est à l’abri d’un détournement des lois sur le blasphème, pas même le frère d’un prêtre », a réagi une ONG locale. Les obsèques ont été célébrées le 2 juillet par le nouvel archevêque de Lahore, Mgr Khalid Rehmat.
L’Église pakistanaise pleure la mort d’un catholique de 61 ans accusé de blasphème, décédé en détention après des mois de dégradation de son état de santé. Cette affaire vient raviver les inquiétudes concernant le traitement des prisonniers vulnérables et le détournement des lois sur le blasphème.
Amir Peter, frère cadet du père capucin Henry Paul, curé de l’église Saint-François de Lahore, est mort mercredi 1er juillet des suites de graves complications médicales survenues alors qu’il était en détention provisoire à la prison Camp Jail de Lahore, dans l’attente de son procès. Il avait été admis à l’hôpital dans la nuit du 30 juin après une aggravation de son état.
Amir Peter a été arrêté en juillet 2025, alors qu’un commerçant musulman l’a accusé d’avoir tenu des propos injurieux envers le prophète Mahomet. Il est resté en prison jusqu’à sa mort. Ses avocats ont pourtant affirmé que des experts médicaux l’avaient déclaré inapte à comparaître en raison d’une démence avancée.
Plus de 200 personnes ont assisté à la messe de funérailles, qui a été célébrée jeudi 2 juillet dans l’église Saint-Joseph de Lahore par le nouvel archevêque de la ville, Mgr Khalid Rehmat. « Toute la communauté capucine et l’Église sont aux côtés du père Henry Paul et de sa famille. Nous leur témoignons toute notre solidarité », a déclaré Mgr Rehmat, de retour de Rome où il venait de recevoir le pallium des mains du pape Léon XIV – le 29 juin dans la basilique Saint-Pierre à l’occasion de la solennité des saints Pierre et Paul.
« Personne n’est à l’abri d’un détournement de ces lois »
« Nous sommes fiers que mon frère n’ait pas abandonné sa foi chrétienne jusqu’au dernier moment », a déclaré le père Henry Paul. Selon l’équipe juridique de d’Amir Peter, sa santé physique et mentale s’est progressivement détériorée tout au long de sa détention. « Il a été accusé à tort de blasphème. Nous avons insisté à plusieurs reprises sur la dégradation de son état et sur l’urgence de lui prodiguer des soins médicaux appropriés. Malheureusement, malgré ces efforts, il est décédé avant que justice ne soit rendue », a déclaré Katherine Sapna, directrice générale de Christians’ True Spirit, une organisation d’aide juridique qui représente Amir Peter.
« Nous pleurons la disparition d’un homme dont la vie a été tragiquement interrompue par une procédure judiciaire viciée. Son grave état de santé a été négligé et il a été privé de soins adéquats et en temps opportun », a-t-elle déclaré.
Katherine Sapna a appelé les responsables religieux, les organisations de la société civile et les institutions gouvernementales à travailler ensemble pour garantir que personne ne soit privé de dignité, de procédure régulière ou de soins médicaux essentiels en raison de fausses accusations ou de préjugés sociaux.
« La vulnérabilité des victimes du détournement des lois sur le blasphème est extrême. Les maladies mentales n’apportent aucune protection », a réagi Samson Salamat, catholique et président du Rwadari Tehreek (Mouvement pour la tolérance religieuse), interrogé après avoir assisté aux funérailles.
« Le conseil médical de l’Institut de santé mentale du Pendjab avait déjà signalé qu’Amir Peter était inapte à comparaître. Personne n’est à l’abri d’un détournement de ces lois, pas même le frère d’un prêtre. Au lieu de se contenter de réagir à des cas individuels, le Pakistan a besoin de réformes politiques. Autrement, les promesses de protection des minorités religieuses resteront vaines », a-t-il insisté.
Le manque de sensibilisation à la santé mentale contribue aux mauvais traitements
Les organisations de défense des droits humains ont exprimé à maintes reprises leur inquiétude quant au traitement des prisonniers atteints de maladies mentales au Pakistan. Dans son Rapport mondial 2024, Human Rights Watch a indiqué que le manque de sensibilisation à la santé mentale contribue aux mauvais traitements et à la négligence subis par les détenus souffrant de troubles psychosociaux.
Le rapport souligne également que les prisons pakistanaises font face à une grave pénurie de professionnels de la santé mentale et qu’elles ne parviennent pas systématiquement à fournir des soins psychologiques adéquats.
La mort d’Amir Peter intervient quelques mois seulement après celle d’un autre chrétien accusé de blasphème, soulignant une nouvelle fois les conséquences dramatiques de ces poursuites pour les minorités religieuses au Pakistan. En octobre 2025, le pasteur Zafar Bhatti, fondateur de l’église Jesus World Mission Church, basée au Pakistan, est décédé d’un arrêt cardiaque à son domicile de Rawalpindi trois jours après sa libération de prison, où il avait passé 13 ans après des accusations de blasphème.
(Avec EWTN News, Kamran Chaudhry)