Inde : les catholiques protestent contre les nouvelles règles sur les dons étrangers
Manifestation, le 28 juin à New Delhi, contre un projet d’amendement de la loi de 2010 sur les financements étrangers.
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Le 29/06/2026
Dimanche 28 juin, les catholiques indiens ont organisé une journée de prière et de protestation afin d’exprimer leur inquiétude face aux nouvelles règles fédérales sur les dons venant de l’étranger. La Conférence épiscopale a dénoncé cet amendement annoncé le 22 juin et qui, au nom de la sécurité nationale, risque d’affecter les écoles, les hôpitaux et les organisations caritatives catholiques à travers le pays. Le cardinal Poola a rappelé que « nous servons les pauvres pour vivre l’Évangile ».
Le 28 juin, les diocèses catholiques indiens ont observé une Journée nationale de prière et de sensibilisation en réaction au durcissement de la loi de 2010 sur les contributions étrangères (FCRA). L’initiative a été lancée par la Conférence des évêques catholiques d’Inde (CBCI), en réaction aux modifications annoncées le 22 juin par le ministère indien de l’Intérieur. Les nouvelles règles ciblent explicitement les activités d’évangélisation et restreignent le fonctionnement des institutions religieuses minoritaires.
Elles modifient radicalement la manière dont les organisations à but non lucratif gèrent les fonds provenant de l’étranger. Le gouvernement affirme que ces mesures sont nécessaires à la préservation de la souveraineté nationale. Les responsables chrétiens, quant à eux, estiment qu’elles créent un obstacle administratif destiné à paralyser les activités sociales essentielles promues par les Églises, telles que les écoles et les institutions d’aide sociale.
Des restrictions renforcées pour les ONG
Les principaux changements introduits par cette mesure sont les suivants :
Interdiction explicite du prosélytisme : le texte souligne à plusieurs reprises que si les fonds provenant de l’étranger peuvent financer le culte ordinaire, la formation théologique et les cantines communautaires, il est en revanche strictement interdit de les utiliser pour toute activité liée aux conversions religieuses.
Séparation par activités spécifiques : les organisations à but non lucratif ne pourront plus s’enregistrer sous les catégories génériques « religieuse » ou « sociale ». Elles devront choisir des objectifs précis et limités parmi une liste définie par l’État, et s’acquitter de frais d’enregistrement distincts pour chaque État indien et chaque catégorie d’activité. Les organisations existantes disposeront d’un an pour se conformer à cette nouvelle réglementation.
Interdiction sur le personnel étranger : les organisations qui emploient des ressortissants étrangers comme « responsables clés » (y compris directeurs, administrateurs et associés) verront généralement leurs demandes d’enregistrement rejetées.
Surveillance numérique : les organisations enregistrées devront fournir au gouvernement des informations complètes sur leurs sites web, leurs publications et leurs comptes personnels sur les réseaux sociaux.
De plus, si le « projet d’amendement relatif aux règles sur les contributions étrangères » est adopté, il prévoit la création d’une « autorité désignée » dotée de larges pouvoirs exécutifs. Ainsi, si la licence FCRA d’une organisation est révoquée, annulée ou simplement arrivée à expiration sans renouvellement approuvé, cette autorité pourra saisir, provisoirement ou définitivement, les actifs et les biens de cette ONG.
« L’Église en Inde a toujours été au service de la société »
En pratique, les autorités disposeraient d’un véritable chèque en blanc pour confisquer les écoles, les orphelinats et les hôpitaux construits pendant des décennies grâce aux sacrifices des Églises et à la générosité des bienfaiteurs.
« L’Église en Inde a toujours été au service de la société, en particulier des pauvres et des marginalisés, en vertu des valeurs évangéliques », a réagi le cardinal Anthony Poola, archevêque d’Hyderabad et président de la Conférence des évêques catholiques d’Inde (CBCI), dans une circulaire adressée aux paroisses du pays. L’Église catholique en Inde souligne que ce durcissement structurel s’inscrit dans une « stratégie d’usure » plus large.
Ces dernières années, plus de 21 900 licences d’ONG ont été révoquées. Parmi ces organisations figurent d’importants réseaux catholiques, dont la Tamil Nadu Social Service Society (un organisme caritatif diocésain) et de prestigieux instituts de recherche jésuites, qui ont déjà vu leurs financements étrangers coupés sous une intense pression politique et idéologique.
Le cardinal Poola, qui a présenté cette initiative catholique indienne comme une réponse à la fois spirituelle et démocratique, a appelé les fidèles à s’unir dans la prière et la solidarité avec les autres confessions chrétiennes. Il a encouragé les diocèses, les paroisses, les communautés religieuses et les institutions à organiser des prières spéciales lors des messes dominicales du 28 juin, en offrant des intentions pour la nation, les dirigeants politiques et la poursuite de la mission de service de l’Église locale.
Dans le cadre de cette campagne, la Conférence des évêques catholiques d’Inde (CBCI) a également recommandé l’adoration eucharistique, la récitation du chapelet, la prière personnelle et le jeûne volontaire. « La prière nous unit dans la foi, elle fortifie notre espérance et renouvelle notre engagement à poursuivre la mission que le Christ nous a confiée au service de tous », a ajouté le cardinal Poola, citant l’exhortation de saint Paul dans la Lettre aux Philippiens : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toutes circonstances, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. »
(Avec Asianews, Nirmala Carvalho)