Asie

Cardinal Ferrao : « Les familles sont des partenaires de l’Église dans sa mission »

Une famille vietnamienne durant le nouvel an lunaire. Une famille vietnamienne durant le nouvel an lunaire.
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Alors que les cardinaux sont réunis à Rome jusqu’au 14 octobre pour le 10e anniversaire d’Amoris Laetitia, l’exhortation apostolique de 2016 sur « l’amour dans la famille », le cardinal Filipe Neri Ferrao (Inde), président de la Fédération des conférences épiscopales asiatiques (FABC), évoque les transformations qui affectent les familles dans son pays et à travers l’Asie. Il invite à être à l’écoute des familles, capables de créer des espaces de joie et d’espérance « même au milieu de la pauvreté, des migrations et de l’incertitude ».

À Rome, où le Collège des cardinaux est réuni du 7 au 14 octobre pour une grande rencontre internationale sur la famille à l’occasion du 10e anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia (« sur l’amour dans la famille », publiée en 2016), plusieurs Asiatiques ont pris la parole ces derniers jours.

Parmi eux, le cardinal Filipe Neri Ferrao, archevêque de Goa et Daman, qui est aussi président de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CCBI) et de la Fédération des conférences épiscopales asiatiques (FABC), est intervenu le 8 octobre, le deuxième jour de cette rencontre internationale.

Il a exploré les transformations qui affectent les familles en Inde et à travers l’Asie, en expliquant qu’elles reflètent non pas « un modèle unique de famille idéale, mais plutôt une mosaïque complexe de réalités diverses, marquées par des joies, des espoirs, des luttes et des blessures ».

Le cardinal indien a consacré son intervention au thème « Les familles aujourd’hui : réalité, beauté et défis », en appelant l’Église à commencer par écouter les expériences vécues par les familles, plutôt que de proposer des réponses toutes faites. Il a rappelé que la famille demeure le lieu où « la vie est accueillie ». C’est là « que les relations se tissent, que les valeurs de l’Évangile se transmettent et que la foi se vit à travers des histoires uniques et personnelles ».

Trois changements en cours en Asie

Cependant, la vie familiale en Asie connaît également des « transformations profondes et radicales ». Selon le cardinal Ferrao, trois changements majeurs transforment le visage des familles asiatiques.

Le premier concerne leur identité et leur composition : les familles nombreuses et multigénérationnelles cèdent de plus en plus la place à des familles nucléaires plus petites, tandis que de nouvelles formes de cohabitation et de relations émergent dans les zones urbaines. À cela s’ajoute la hausse des mariages interreligieux, qui soulèvent, dans les sociétés asiatiques, de nouvelles questions sur la pratique et la transmission de la foi au sein de la famille.

Le cardinal décrit le second changement comme le passage « de l’enracinement à la mobilité ». L’urbanisation, la croissance économique, les nouveaux modèles de développement et un meilleur accès à l’éducation incitent de plus en plus de personnes à se déplacer, que ce soit à l’intérieur de leur propre pays ou à l’étranger, en quête de meilleures perspectives. « Nombre de familles confiées à notre charge pastorale ne sont plus rattachées à une seule paroisse », fait remarquer le cardinal Ferrao.

La troisième transformation est liée aux conditions matérielles, qui compliquent la fondation d’une famille. Selon le cardinal, l’Inde et l’Asie partagent un paradoxe : « La croissance est rapide, mais inégale ; les opportunités se multiplient, mais l’accès à celles-ci reste discriminatoire. » En effet, le respect de la dignité humaine, la reconnaissance du travail et la protection des droits restent inégaux. « L’insécurité économique, la pauvreté, le chômage et l’incertitude quant à l’avenir pèsent lourdement sur de nombreuses familles. »

Au-delà de ces difficultés, le cardinal Ferrao invite toutefois à ne pas ignorer la « beauté » qui continue de se manifester au quotidien. Il salue notamment la capacité des familles à persévérer et à espérer, même « au milieu de la pauvreté, des migrations et de l’incertitude », en continuant de créer des espaces de joie et d’espoir. Enfin, il souligne leur capacité de dialogue, particulièrement importante sur un continent marqué par une grande diversité religieuse et culturelle.

Les Églises en Asie à l’écoute des familles

Pour le cardinal indien, cette situation a également entraîné une évolution dans la manière dont l’Église accompagne les familles. Il explique qu’après la publication d’Amoris Laetitia en 2016, les Églises en Inde et en Asie ont choisi avant tout d’écouter les familles.

« Nous n’arrivons pas avec des réponses toutes faites. Nous discernons avec les familles et, ce faisant, nous apprenons comment l’Église elle-même est appelée à changer. C’est pourquoi l’Église doit passer d’une mission auprès des familles à une mission au sein des familles », estime-t-il. En effet, « on ne peut guider les gens en restant à distance et en leur montrant du doigt la destination. Nous devons être à la fois un phare et un lampadaire : l’un éclaire l’horizon, l’autre guide le prochain pas et accompagne le chemin. Les familles sont des partenaires de l’Église dans sa mission ».

(Avec AsiaNews)

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