À Séoul, un premier colloque chrétien-confucéen met en lumière des « convictions partagées »
Une académie confucéenne à Songnisan, en Corée du Sud.
© Rita Willaert / CC BY-NC-SA 2.0
Le 25/08/2026
À l’issue du premier colloque chrétien-confucéen, qui s’est tenu les 4 et 5 août à Séoul, les participants ont souligné leurs convictions communes tout en reconnaissant les différences majeures entre les deux traditions. L’objectif de cette rencontre, coorganisée par le Vatican, l’Église coréenne, l’université de Sogang et l’Académie confucéenne coréenne, était d’amorcer le dialogue, en réfléchissant aux contributions du christianisme et du confucianisme à la construction « d’une société plus juste, pacifique et humaine ».
Ce mois-ci a eu lieu le premier colloque officiel entre le christianisme et le confucianisme. Cette conférence s’est déroulée les 4 et 5 août à Séoul, en Corée du Sud, sur le thème « Dialogue sur la contribution du christianisme et du confucianisme à une société idéale : Ciel nouveau, terre nouvelle et Datong (Grande Unité) ». L’événement était coorganisé par le Dicastère pour le dialogue interreligieux (Vatican), la Conférence épiscopale coréenne, l’Université de Sogang (Séoul) et l’Académie confucéenne coréenne de Sungkyunkwan (Séoul).
L’objectif de ce premier colloque historique était de réfléchir ensemble, entre penseurs chrétiens et confucéens, à la construction d’une société plus juste, pacifique et humaine, en mettant en lumière leurs « convictions partagées » malgré de fortes divergences. Pour les deux traditions, il s’agit d’une étape importante pour l’écoute mutuelle et les futurs échanges entre chrétiens et confucéens. La rencontre a eu lieu à l’Université de Sogang, dans la capitale sud-coréenne.
Une déclaration commune
À l’issue du colloque, une déclaration commune a été approuvée par les participants catholiques et confucéens, qui ont reconnu que « nos traditions relèvent de différentes fondations religieuses et philosophiques », mais aussi que « notre dialogue révèle d’importantes convictions communes ».
Les participants soulignent que « l’épanouissement humain commence par la formation d’individus vertueux, compatissants et responsables ». Le document ajoute : « La transformation personnelle, une vie éthique et le souci des autres sont les fondements de familles, de communautés et de sociétés saines. »
Les chercheurs des deux traditions s’accordent à dire qu’une « société juste et pacifique dépend d’un leadership fondé sur l’intégrité, l’humilité, le service et le souci du bien commun », et que « de bonnes institutions sont nécessaires, mais elles ne peuvent véritablement servir la société que si elles sont guidées par la sagesse morale et le sens des responsabilités ».
Ils se sont également accordés sur le fait que « la protection des plus vulnérables, des générations futures et de notre maison commune est une responsabilité à la fois morale et spirituelle », que les gens sont appelés à la solidarité et que l’espoir exige qu’ils « travaillent ensemble à surmonter les épreuves et les imperfections du présent ».
Face au développement de l’intelligence artificielle, les participants ont aussi constaté des similitudes entre l’esprit confucéen de bienveillance et la conception chrétienne de l’amour, qui cherchent tous deux à garantir que « tout progrès technologique contribue activement à renforcer la dignité humaine et les valeurs éthiques ».
Amorcer le dialogue
Enraciné dans l’enseignement du penseur chinois Confucius, qui vécut au Ve siècle avant Jésus-Christ, le confucianisme est une tradition philosophique et éthique centrée notamment sur la bienveillance, l’harmonie, la vie vertueuse et le respect de la tradition, des parents et des ancêtres. Les adeptes pratiquent souvent des rites honorant leurs ancêtres.
Sans exclure la référence au monde spirituel et aux rites, l’enseignement de Confucius met avant tout l’accent sur la conduite humaine et l’organisation harmonieuse de la société. Sa philosophie est influente dans de nombreux pays d’Asie de l’Est. Beaucoup de confucéens suivent également d’autres traditions, comme le bouddhisme ou des religions traditionnelles locales. Au cours des dernières décennies, le christianisme, en particulier le catholicisme, s’est développé dans certains pays fortement influencés par la pensée confucéenne, notamment en Corée du Sud, à Hong-Kong et au Vietnam.
Le père Paulin Batairwa Kubuya, sous-secrétaire du dicastère pour le Dialogue interreligieux, interrogé par le média catholique EWTN News, explique que le dialogue avec le confucianisme se développe, même si cette tradition ne relève pas encore officiellement des domaines de dialogue suivis par le dicastère.
Il ajoute cependant que la nécessité du dialogue est soulignée dans les documents du concile Vatican II. « L’esprit de la déclaration Nostra Aetate est celui d’une plus grande ouverture aux réalités religieuses. Ce dialogue marque donc un moment où les conditions étaient réunies pour entamer officiellement des échanges avec les confucéens ». « Nous sommes donc partis en Corée, un des pays qui portent encore la marque de ces héritages spirituels et philosophiques », poursuit le prêtre.
La révélation chrétienne et l’harmonie confucéenne
Il explique que le thème de la conférence est basé sur la croyance chrétienne exprimée dans le livre de l’Apocalypse en un ciel nouveau et une terre nouvelle, et sur l’idée confucéenne du « Datong » – « grande unité » ou « grande harmonie ». « Ces deux images décrivent un état idéal où tout le monde vit ensemble dans une société organisée pour prendre soin des faibles et des orphelins – un lieu où tout est si beau », commente le père Kubuya.
« C’est une ville où les portes ne sont jamais verrouillées parce que la sécurité y est assurée. La même chose est dite sur la Nouvelle Jérusalem. Il n’y a plus de mort ; il y a l’ouverture. Ainsi, il y avait cette similarité entre les visions de ces deux traditions, et ce furent les points de départ de nos réflexions : en tant que société, comment pouvons-nous leur donner vie ? »
Le cardinal George Jacob Koovakad, préfet du dicastère, était également présent. Il a évoqué ces mêmes concepts dans son discours d’ouverture du colloque, en affirmant que la vision chrétienne comme l’idéal confucéen expriment « l’une des aspirations les plus profondes de notre humanité : que notre vie commune soit en harmonie avec une Voie véritablement bonne et belle ; une justice éthique vécue dans la chaleur de l’amitié et de la bienveillance mutuelle ; une paix qui reconnaît et promeut la dignité de chaque personne et de chaque communauté ; une harmonie née des différences, comme les notes d’une musique se fondant en une seule mélodie ou comme des personnes de lieux différents devenant une seule communauté ».
« Ces différences ne constituent pas des obstacles à l’amitié »
De son côté, le père Kubuya explique que les participants ont visité plusieurs sites religieux durant le colloque, dont un temple bouddhiste influencé par le confucianisme, une académie confucéenne et des sites liés aux martyrs catholiques coréens. Dans leur déclaration commune, ils reconnaissent que les deux traditions envisagent différemment la réalité ultime, l’épanouissement humain et la transformation de la société. Mais « ces différences ne constituent pas des obstacles à l’amitié ; au contraire, elles invitent à une écoute plus profonde, à un apprentissage mutuel, à l’humilité et à un dialogue continu ».
Durant la rencontre, les chercheurs des deux traditions ont renouvelé leur engagement à approfondir l’amitié et le dialogue, à promouvoir des sociétés fondées sur la compassion, la justice, l’harmonie et la responsabilité partagée, et à œuvrer ensemble pour l’épanouissement de l’humanité.
La conférence a réuni environ 150 participants venus d’une douzaine de pays. Les organisateurs prévoient deux autres colloques au cours des quatre prochaines années : en Indonésie en 2028 et à Hong-Kong en 2030.
(Avec EWTN News, Tyler Arnold et Hannah Brockhaus)