Thaïlande

France-Thaïlande : le passé, le présent et l’avenir

Vue depuis la résidence de l’ambassade de France à Bangkok, au bord du fleuve Chao Phraya. Vue depuis la résidence de l’ambassade de France à Bangkok, au bord du fleuve Chao Phraya. © Nina R / CC BY 2.0
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Plus de trois siècles après les premières ambassades entre la France et le Siam, et 170 ans après l’établissement des relations diplomatiques modernes et permanentes, Paris et Bangkok renforcent leurs liens diplomatiques, culturels et économiques. Tourisme, francophonie et investissements nourrissent cette coopération, qu’un plan d’action conjoint pour 2026-2028 doit approfondir en vue d’un partenariat stratégique. Par le géopolitologue Olivier Guillard.

Le « pays du sourire » et la « patrie des droits de l’homme », d’adversaires hier à partenaires stratégiques aujourd’hui. C’est en ces termes qu’il est possible, en cet automne 2026, d’esquisser les contours de la relation franco-thaïlandaise contemporaine, où l’observateur ne décèlera ni zone d’ombre majeure ni sujets de discorde rédhibitoire. La pointe de responsabilité française dans les tourments frontaliers du moment opposant les royaumes thaïlandais et cambodgien voisins – du fait d’un tracé des frontières faisant débat remontant à l’époque de l’Indochine française – ne remet guère en cause un panorama bilatéral globalement flatteur, apuré de tout écueil.

L’histoire pluriséculaire

Entre la France et la Thaïlande, malgré un éloignement géographique réel (Paris et Bangkok sont séparés – par la route – par quelque 12 500 km), l’étroitesse, la solidité et la diversité des rapports ne datent pas d’hier et se sont consolidées au fil des trois derniers siècles. De fait, dans le lointain sud-est asiatique, le royaume bouddhiste thaïlandais s’avère le plus ancien partenaire régional de la France. Cette dernière, sous le règne de Louis XIV, a dépêché au Siam dès la fin du XVIIe siècle (1685) sa toute première mission diplomatique auprès du souverain d’alors (Narai le Grand).

En 2026, Paris et Bangkok célèbrent donc 341 années de relations diplomatiques, reposant formellement depuis l’été 1856 sur le socle solide du Traité d’amitié, de commerce et de navigation entre le Siam (qui a changé d’appellation officielle en 1939 pour devenir le royaume de Thaïlande) et la France.

La diplomatie franco-thaïlandaise en action

Dans la capitale de l’ancien Siam, l’ambassade de France fête donc cette année 170 années de présence et d’activités (diplomatiques et culturelles, entre autres) de tous les instants. En cette 3e décennie du IIIe millénaire, comme il semble loin le rare chapitre de réelles frictions entre Paris et Bangkok (s’étirant entre le conflit franco-siamois de 1893 et la fin de la Deuxième Guerre mondiale, lors de l’épopée coloniale de l’Indochine française)[1]…

Détail de la façade de l'ambassade de Thaïlande en France, 8 rue Greuze (Paris, 16e).
Détail de la façade de l’ambassade de Thaïlande en France, 8 rue Greuze (Paris, 16e).
© Polymagou /CC BY-SA 4.0

De nos jours, on observe ainsi une relation bilatérale fluide et étroite, décrite pareillement en des termes justes et éloquents par les médias du pays du sourire comme de l’Hexagone : « La France et la Thaïlande affichent une entente ‘sans précédent’ » titrait Courrier international au printemps 2024 lors de la visite à Paris du Premier ministre S. Thavisin.

Cette diplomatie bilatérale active est impulsée par un flux de visites régulières au plus haut niveau : tantôt ministérielles, présidentielles, voire royales. Pour mémoire, cet été[2], Paris accueillait le roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) et la reine, premier déplacement officiel d’un souverain thaïlandais sur le sol français depuis 1960[3].

En amont de ce séjour royal dans l’Hexagone, fin mai 2026, le Premier ministre Anutin Charnvirakul était reçu à l’Élysée pour un dîner avec le président de la République Emmanuel Macron. Lequel, quelque temps plus tôt (automne 2022), avait favorablement répondu à l’invitation des autorités thaïlandaises à participer au 37e sommet de l’Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) organisé à Bangkok, devenant au passage le tout premier dirigeant d’un pays membre de l’Union européenne à prendre part à cette grand-messe annuelle.

La francophonie, trait d’union inattendu entre Paris et Bangkok

Le lecteur découvrira peut-être avec quelque étonnement que la Thaïlande est membre observatrice de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF, laquelle revendique quelque 400 millions de locuteurs francophones ventilés sur les cinq continents), en charge de la promotion de la langue française, « de la diversité culturelle et linguistique », ainsi que de la « paix, la démocratie et les droits de l’homme »[4].

Pays à la population similaire à celle de la France (71 et 69 millions d’habitants respectivement), la Thaïlande revendique, avec Singapour, la plus importante communauté francophone du Sud-Est asiatique, forte d’environ 40 000 individus. Un vivier précieux épaulé et enrichi par le travail du très entreprenant réseau des Alliances françaises présentes dans le pays (à Bangkok, Chiang Mai, Chiang Rai et Phuket). Relevons ici d’un mot le dynamisme de la coopération culturelle, artistique et audiovisuelle franco-thaïlandaise, investie dans un « large champ d’industries culturelles et créatives – arts visuels, spectacle vivant, musique, cinéma, animation, mode et design »[5].

Tourisme, expatriation et échanges commerciaux au service du lien bilatéral

En 2026, les autorités françaises évaluent à environ 12 000 le nombre de ressortissants thaïlandais résidant dans l’Hexagone, leurs homologues thaïlandaises estimant la communauté française présente au pays du sourire autour de 40 000 personnes. La Thaïlande est par ailleurs une destination prisée de longue date des voyageurs français : ces dernières années, plus de 800 000 touristes français s’envolent annuellement vers cette destination alliant douceur de vivre, dépaysement et riche patrimoine culturel, consolidant son statut de première destination touristique des Français dans la région.

Les drapeaux des dix pays membres de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est), dont fait partie la Thaïlande.
Les drapeaux des dix pays membres de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est), dont fait partie la Thaïlande.
© Gunawan Kartapranata / CC BY-SA 3.0

L’économie et les échanges commerciaux participent également à leur mesure à consolider une dynamique franco-thaïlandaise prometteuse. La Thaïlande figure parmi les principaux partenaires commerciaux de la France en Asie du Sud-Est : elle se situe au 2e rang (des dix pays composant l’ASEAN) tant de ses clients que de ses fournisseurs et accueille 300 filiales d’entreprises françaises.

L’an passé, le commerce de biens avec la Thaïlande représentait cinq milliards d’euros, la France exportant principalement dans ses niches de prédilection (aéronautique, luxe, habillement, agroalimentaire, produits pharmaceutiques), important auprès de son partenaire thaïlandais essentiellement des produits informatiques, électroniques et optiques, des machines industrielles et agricoles, etc. Relevons encore ici qu’en 2026, la 7e économie mondiale se positionne au 3e rang des investisseurs de l’Union européenne en Thaïlande (principalement dans les secteurs de l’automobile, de la santé, de l’agroalimentaire).

Contentieux frontalier Thaïlande-Cambodge : l’empreinte coloniale

Dans le cadre de sa présidence du G7 en 2026, la France avait notamment organisé à Lyon au printemps le One Health Summit, plateforme de haut niveau réunissant pour la première fois chefs d’État et de gouvernement, représentants d’organisations internationales, acteurs de la société civile, scientifiques et institutions financières multilatérales dans le souci « d’accélérer la mise en œuvre de l’approche ‘Une Seule Santé’ »[6].

En marge de ce sommet, le Premier ministre cambodgien avait rencontré le président français, Phnom Penh souhaitant solliciter le soutien de Paris pour faciliter l’accès aux documents historiques datant de la période coloniale pour appuyer les démarches juridiques en cours dans le cadre du différend frontalier avec Bangkok. De fait, quelque part, la France se trouve (bien malgré elle) au cœur historique du contentieux frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge en raison d’un tracé cartographique datant de l’époque coloniale (Indochine française).

Avec le traité franco-siamois de 1907, en sa qualité de puissance coloniale, la France délimitait les frontières entre le Cambodge (sous protectorat français) et le royaume de Siam sur quelque 800 km, selon le tracé des géographes français qui, en certains points, incluait du côté cambodgien certains sites culturels et religieux sacrés, à l’instar du très disputé temple khmer de Preah Vihear[7] (600 km à l’est de Bangkok).

Depuis, ces délimitations frontalières ne font guère consensus au pays du sourire. Selon Bangkok, elles ne respecteraient pas précisément le détail initialement convenu… Dans la foulée des affrontements armés à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande (région du triangle d’émeraude) survenus fin juillet 2025[8] (plusieurs dizaines de victimes de part et d’autre, plusieurs centaines de milliers de civils déplacés), Paris exprimait sa vive préoccupation et appelait Phnom Penh et Bangkok « à l’arrêt immédiat des combats et à régler leurs différends par des voies pacifiques, conformément au droit international »[9].

Vers un partenariat stratégique

Signé dans la ville lumière début juillet (quelques jours après la visite d’État du roi et de la reine), le Plan d’action conjoint 2026-2028 définit une feuille de route franco-thaïlandaise ambitionnant de muer à terme le dialogue bilatéral en un authentique partenariat stratégique structurant les rapports Paris-Bangkok autour de thématiques porteuses à fort potentiel de coopération : la transition énergétique, la transformation numérique, la recherche et l’innovation, l’éducation, l’aviation et le secteur spatial.

À Bangkok, cette avancée est saluée de tous côtés : pour le ministère thaïlandais des Affaires étrangères, « le plan d’action conjoint reflète l’engagement partagé de la Thaïlande et de la France à approfondir davantage le partenariat bilatéral ». La presse locale se montre tout aussi enthousiaste à son propos : « Un plan d’action conjoint, voie vers un partenariat stratégique » titrait le Bangkok Post du 6 juillet 2026. Assurément de bon augure pour l’avenir (lumineux) de la relation franco-thaïlandaise.

(Ad Extra, Olivier Guillard)


[1] Par le Traité franco-siamois de Bangkok conclu à l’été 1867, le Siam renonce à ses droits sur le Cambodge, reconnaît le protectorat français et obtient en retour les provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophon.

[2] 28 juin-2 juillet.

[3] La précédente (et toute première) remontait tout de même à 1897, sous la IIIe République (président Félix Faure), quand le monarque Rama V et sa suite étaient accueillis avec faste dans la capitale française.

[4] Organisation internationale de la Francophonie, La Francophonie en bref, www.francophonie.org.

[5] Ministère de la Culture, Chiffres clés 2025 de la culture et de la communication.

[6] Oneplanetsumit.fr

[7] Pour mémoire, en 1962, la Cour internationale de justice (CIJ ; principal organe judiciaire de l’ONU) – saisie par Phnom Penh – attribuait au Cambodge la souveraineté sur le temple de Preah Vihear en s’appuyant sur le tracé d’une carte française datant de 1907, les juges de la CIJ considérant que les autorités thaïlandaises l’avaient tacitement acceptée par le passé.

[8] Ces affrontements ont repris en fin d’année et poussé près de 800 000 individus à fuir la zone des combats, avant qu’un cessez-le-feu ténu (et diverses pressions extérieures) ne mette un terme (temporaire ?) aux hostilités.

[9] Ministère français des Affaires étrangères.

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