Mgr Lee aux jeunes sud-coréens : « Ne faites pas aveuglément confiance à l’IA, cultivez votre esprit critique »
Mgr Linus Lee Seong-hyo, en novembre 2025 dans la capitale sud-coréenne lors de la 10e Seoul Future Conference.
© Catholic Times
Le 05/06/2026
Dimanche 31 mai, la nouvelle Commission pour l’intelligence artificielle du diocèse de Masan, au sud de la Corée du Sud, a organisé un colloque sur « l’IA et la jeunesse », afin de souligner l’importance de l’esprit critique, du discernement et de la responsabilité dans l’utilisation des nouveaux systèmes d’IA. Mgr Linus Lee Seong-hyo, évêque de Masan, lui-même reconnu dans l’Église locale pour son expertise dans le domaine, a appelé à « retourner à la simplicité de l’Évangile » face à la complexité des algorithmes.
Le diocèse de Masan, situé dans le sud de la Corée du Sud, a créé la première « Commission IA » au sein d’un diocèse coréen, dans le but d’aider les jeunes à utiliser les nouveaux outils technologiques de manière responsable à l’ère de l’intelligence artificielle. La nouvelle commission a organisé une conférence le 31 mai dans la ville de Changwon, siège du diocèse dans la province de Gyeongsang du Sud.
La journée s’est tenue quelques jours après la présentation au Vatican de la première encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’IA ». Le symposium a rassemblé environ 500 personnes, dont des étudiants et des séminaristes.
Mgr Linus Lee Seong-hyo, évêque de Masan, est lui-même reconnu comme un expert de l’IA au sein de l’Église coréenne. Membre du dicastère pour la Culture et l’Éducation, il a notamment traduit et publié les travaux d’un groupe de recherche pontifical sur « la subjectivité humaine à l’ère de l’IA », afin de sensibiliser le public coréen. Il donne régulièrement des conférences sur l’éthique de l’IA.
Le 31 mai, il a souligné que « les jeunes vivent dans un monde d’algorithmes complexes, et pourtant, ironiquement, l’âme humaine perd si facilement sa précieuse tranquillité à cause de cette complexité ». « Je prie pour qu’à travers ce colloque, vous puissiez vider vos esprits embrouillés, retourner à la simplicité de l’Évangile, et trouver la sagesse de mettre un amour plus parfait en pratique », a-t-il ajouté.

« Est-ce que l’IA ment ? »
Les intervenants de l’événement ont souligné l’importance de la « pensée critique ». Ils ont insisté sur le fait qu’il ne faut pas utiliser l’IA dans une relation de totale dépendance, mais comme un outil, en respectant la capacité de discernement et la responsabilité humaine. Parmi eux, le professeur Minho Kim, du département IA de la Korea Maritime University, a donné une présentation intitulée « Est-ce que l’IA ment ? Les écueils de l’IA générative et les méthodes que les jeunes doivent connaître pour bien l’utiliser ».
« Les outils tendent à ressembler aux personnes qui les utilisent. Si vous acceptez l’IA sans esprit critique, vous devenez une personne incapable de discernement. Mais si vous doutez et que vous vérifiez davantage, vous devenez une personne qui pense plus profondément », a-t-il expliqué, en invitant à « ne jamais oublier qu’en fin de compte, la responsabilité de la vérité incombe aux humains ».
De son côté, le professeur émérite Park Gil-sung, du département de sociologie de l’Université de Corée, est intervenu sur le thème de « l’Appel historique des jeunes à l’ère de l’IA ». « Pour protéger les jeunes, il faut une double stratégie – non pas empêcher ces nouveaux outils, mais cultiver leur capacité à raisonner tout en les encourageant à utiliser les ressources technologiques avec sagesse ».
Il a mis en avant le rôle de l’Église, en soulignant que « le problème n’est pas l’IA elle-même, mais l’absence d’éthique et de philosophie pour l’encadrer ». « Comme les problèmes liés à l’IA impliquent un mélange d’intérêts complexes, il est extrêmement difficile d’atteindre un compromis. La religion a son rôle à jouer. »
Civilisation technologique
Le père Lee Seung-eon, responsable de la Commission IA et de la pastorale des jeunes du diocèse de Masan, a également commenté l’encyclique Magnifica Humanitas lors d’une intervention intitulée « le visage humain dans la civilisation technologique ». Le père Lee a proposé aux jeunes quatre points pratiques : être fidèles à la vérité, investir dans l’éducation, protéger les relations humaines, et enfin aimer la justice et la paix.
Par ailleurs, la journée comprenait des interventions du professeur Lim Kyung-heon (département de l’éducation éthique au sein de l’Université nationale de Kyungpook) sur « l’IA vue selon l’anthropologie de Thomas d’Aquin », et du père Kim Sang-jun (directeur adjoint de la pastorale des jeunes du diocèse de Busan) sur « les jeunes en question à l’ère de l’IA ». Leurs présentations ont permis d’approfondir les échanges du colloque, en partageant les expériences de terrain d’experts et de responsables pastoraux. Le diocèse prévoit de publier un document baptisé « Culture de l’IA pour la jeunesse », d’après les contenus de la conférence.
Source : Catholic Times of Korea