En Birmanie, des chrétiens dénoncent l’utilisation de deux églises comme bases militaires
Une église baptiste à Rangoun, Birmanie. Depuis le coup d’État de 2021, les Églises chrétiennes locales demandent à la junte de respecter les lieux de culte.
© Bjoertvedt/CC BY-SA 4.0
Le 07/10/2026
Dans l’État Kachin, au nord de la Birmanie, une église catholique et une église baptiste sont utilisées comme bases militaires et sites d’entraînement par l’armée birmane et l’Armée des nationalités Shanni (SNA), une milice ethnique alliée à la junte. Dans la ville de Nantmun, où des centaines de familles chrétiennes ont fui les combats depuis fin 2024, les communautés locales dénoncent l’occupation de leurs lieux de culte.
Des chrétiens birmans dénoncent l’occupation et l’utilisation de deux églises par les forces de la junte et un groupe ethnique allié. Les deux lieux de culte, l’un catholique et l’autre baptiste, sont utilisés comme bases militaires dans l’État Kachin, alors que la guerre civile ravage le pays depuis presque sept ans.
Des sources citées par l’agence Ucanews affirment que les forces combinées de l’armée birmane et de l’Armée des nationalités Shanni (SNA, un groupe ethnique armé allié de la junte) continuent d’utiliser l’église baptiste Kachin et l’église catholique Saint-Joseph, dans la ville de Nantum. La milice ethnique SNA représente l’ethnie shannie, majoritairement bouddhiste. Elle a été fondée en 1989 puis restructurée et réarmée en 2016. Elle est connue pour son alliance avec l’armée birmane et combat plus d’une douzaine de groupes ethniques rebelles.
Bien qu’il soit impossible de vérifier depuis quelle date les forces de la junte et de l’ANS occupent les deux églises, les deux communautés chrétiennes se disent indignées par cette utilisation de leurs lieux de culte comme bases militaires et sites d’entraînement. « L’église Saint-Joseph possède deux bâtiments : une ancienne et une nouvelle. La junte a occupé l’ancien bâtiment comme quartier général », précise le catéchiste Zau Ra.
Même si aucune troupe militaire n’a occupé le nouveau bâtiment, les habitants expliquent que les forces de la junte et de l’ANS ont forcé les portes, en saccageant l’intérieur et en pillant le matériel. Par ailleurs, des habitants et des membres du clergé baptiste ajoutent que l’église baptiste Kachin est restée occupée par les forces de l’ANS.
L’ANS a été fondée dans le but de mener une lutte armée pour un État shanni autoadministré, englobant des parties de l’État Kachin et du nord de la région de Sagaing. Le groupe entretient une animosité et une rivalité de longue date avec l’Armée d’indépendance Kachin (KIA), l’un des groupes ethniques armés les plus importants, au sujet du territoire et des ressources.
Selon les observateurs, la junte soutient l’ANS depuis le coup d’État militaire de février 2021. La milice ethnique est ainsi devenue une force régionale de contre-insurrection face à la KIA et aux autres forces de résistance. La junte aurait autorisé l’ANS à étendre ses brigades, à collecter des impôts et à consolider son contrôle sur des centres névralgiques comme Hkamti et Mohnyin.
Fin 2024, les forces conjointes de la junte et de la SNA ont envahi Nantum, provoquant des déplacements massifs de population parmi les Kachins, majoritairement chrétiens. Craignant pour leur sécurité, plus de 400 des quelque 500 foyers chrétiens de la ville ont été contraints de fuir.
« Tout ce que nous souhaitons c’est rentrer chez nous »
Le père Donald Hkawng Lum, prêtre kachin, a construit l’ancienne église Saint-Joseph en 1983. Celle-ci a été consacrée en 1985 sous l’égide de la paroisse de Mogaung, avant d’être transférée à la paroisse de Mohnyin sous le diocèse de Myitkyina. La nouvelle église Saint-Joseph, achevée en 2022, a servi de station missionnaire sous la responsabilité du catéchiste Zau Ra.
Ce dernier explique que lui et d’autres habitants ont dû prendre la fuite pour se mettre en sécurité quand les forces de la junte et de l’ANS sont arrivées en ville. Aujourd’hui, les chrétiens kachins expriment leur frustration face à l’occupation de sites sacrés à des fins militaires. « L’Armée des nationalités Shanni (SNA) et l’armée recrutent conjointement des jeunes d’autres régions pour former des milices. Elles les amènent ici, organisent des entraînements militaires à l’intérieur de l’église et de l’enceinte paroissiale, et y tiennent même des cérémonies de remise de diplômes », confie une militante chrétienne kachin.
Selon certaines sources, le groupe paramilitaire a dispensé une formation militaire à six promotions différentes au sein de l’église baptiste kachin. La dernière cérémonie de remise des diplômes a eu lieu fin septembre 2026. De leur côté, les militants chrétiens rappellent que l’utilisation de sites religieux viole le droit international et les droits constitutionnels birmans en matière de liberté religieuse.
Le colonel Sai Aung Mein, porte-parole de la SNA, a refusé de répondre aux questions de l’agence Ucanews. Le ministre U Kyaw Min Khine, porte-parole du régime de la junte pour l’État Kachin, a quant à lui déclaré qu’il n’était pas au courant des affaires militaires et a refusé de commenter lorsqu’il a été contacté.
Aujourd’hui, à peine 80 familles chrétiennes kachins restent à Nantmun, ne pouvant pas déménager par manque de moyens. Les habitants ne peuvent ni travailler ou ni faire du commerce, et vivent sous l’oppression de la junte et du SNA. Selon des sources locales, ils survivent en cherchant des racines sauvages, des plantes, des poissons et des grenouilles dans les forêts et les cours d’eau environnants.
« Nous sommes désormais dispersés, et le retour est impossible pour les Kachins comme pour tout autre chrétien. Même si nous avons une maison là-bas, nous ne pouvons pas rentrer », déplore un habitant de Nantmun. Les forces conjointes de la SNA et de la junte empêchent les habitants de rentrer chez eux en bloquant strictement toute circulation de transit. « Il m’est impossible de mettre des mots sur ce que je ressens. Je prie et j’essaie de retrouver mon calme. Au fond, nous tous, tout ce que nous souhaitons c’est rentrer chez nous », a déclaré Zau Ra.
(Avec Ucanews)