Birmanie

Birmanie : à Loikaw, l’Église sur le chemin du retour

Mgr Celso Ba Shwe, évêque du diocèse de Loikaw, capitale de l’État de Kayah dans le centre de la Birmanie. Mgr Celso Ba Shwe, évêque du diocèse de Loikaw, capitale de l’État de Kayah dans le centre de la Birmanie.
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À Loikaw, une ville perchée à 1 200 m d’altitude dans l’État de Kayah, dans le centre de la Birmanie, les prêtres et les fidèles catholiques commencent à revenir dans une région marquée par la guerre civile. Ils retrouvent des bâtiments détruits, des mines antipersonnel et des villages déserts. Mgr Celso Ba Shwe, évêque de ce petit diocèse rural et montagneux (un peu plus de 300 000 habitants), se confie sur les épreuves à venir pour la communauté catholique locale, entre la reconstruction et le défi de la paix après cinq ans de combats.

Alors que les diplomates discutent de plans de paix qui sont restés lettre morte à ce jour, la guerre civile continue en Birmanie, laissant dans son sillage des bâtiments détruits, des mines antipersonnel, des villages désertés et des millions de personnes déplacées. Récemment, l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est) a demandé au gouvernement birman (dirigé par l’ancien chef de la junte, devenu président) d’afficher des « progrès tangibles » concernant le « plan de paix en cinq points ».

Ce plan a été adopté en 2021 par le bloc régional après le coup d’État. S’il était censé résoudre le conflit, il n’a jamais été réellement appliqué en plus de cinq ans de conflit. Sans compter que la réalité sur le terrain montre combien il est compliqué de parvenir à la réconciliation, même dans les zones libérées (par les forces rebelles).

La cathédrale en partie rendue à l’Église

Dans le diocèse de Loikaw, capitale de l’État de Kayah dans le centre du pays, dans une région reculée et montagneuse de plus de 300 000 habitants, l’armée a enfin évacué la cathédrale du Christ-Roi. L’édifice et le centre pastoral attenant avaient été occupés par la junte en novembre 2023. Depuis la réouverture récente de la cathédrale, deux prêtres ont pu s’y installer. « Maintenant, nous pouvons revenir », se réjouit Mgr Celso Ba Shwe, évêque de Loikaw depuis 2023.

Cependant, la réouverture du complexe de la cathédrale et du centre pastoral n’est que partielle, car le centre a été endommagé, et l’eau et l’électricité sont toujours coupées. Pour l’instant, le diocèse n’a pu restaurer que le rez-de-chaussée, afin d’héberger des personnes âgées ou des prêtres malades.

Les premiers travaux de la cathédrale ont permis de la rouvrir « temporairement » au culte, « afin qu’elle puisse être utilisée », confie l’évêque birman, âgé de 61 ans. Les fidèles reviennent eux aussi progressivement. En particulier les familles qui s’étaient réfugiées à Taunggyi (capitale de l’État voisin de Shan) ou à Mandalay (deuxième ville du pays, sous le contrôle de la junte), où le coût de la vie est devenu impossible pour tous ceux qui ont perdu toutes leurs sources de revenus.

Un ennemi invisible : les mines

Toutefois, le retour n’implique pas forcément de retrouver sa maison ; beaucoup « ont été détruites, incendiées », déplore l’évêque. Les réfugiés qui reviennent doivent donc souvent louer un logement, moins cher que dans les grandes villes, certes, mais ils doivent tout de même louer. De plus, ils doivent faire face à un ennemi invisible : les mines antipersonnel.

Un prêtre, qui est revenu récemment au centre pastoral afin de rétablir le courant, a repéré plusieurs mines dans l’enceinte du complexe. Une fois qu’elles sont identifiées, il faut appeler les soldats afin qu’ils les neutralisent. Mais cette opération a un coût et reste compliquée, car de nombreuses autres mines demeurent enfouies sans que leur emplacement soit connu.

Au début de la guerre, la période la plus violente pour Loikaw, des mines ont été disséminées autour de la ville, et ses quelque 50 000 habitants sont partis en seulement quelques mois. C’est pour cette raison que la majorité des catholiques du diocèse restent dans la forêt (environ 300 camps de réfugiés hébergent plus de 150 000 personnes). L’évêque aussi vit auprès d’eux, dans une paroisse nichée dans la jungle. Il faut deux jours pour s’y rendre depuis le centre diocésain de Loikaw, en empruntant une route impraticable.

Résignation post-élections

Le scrutin organisé début 2026 par la junte militaire birmane a porté le général Min Aung Hlaing à la présidence, sans toutefois modifier fondamentalement la crise multiple que traverse le pays. Après cinq ans de combats, c’est un profond sentiment de résignation qui domine au sein de la population. « Les gens souffrent énormément », confie Mgr Celso Ba Shwe. « Pour la majorité, ils ne veulent plus rentrer chez eux et retrouver leur vie telle qu’ils l’ont laissée. »

La peur hante encore beaucoup de personnes. Celles qui ont rejoint le Mouvement de désobéissance civile (MDC), un mouvement de protestation lancé par des fonctionnaires et employés du secteur public après le coup d’État de 2021, risquent d’être arrêtées si elles retournent en ville. Il en va de même pour ceux qui ont des proches dans la résistance. Nombre de jeunes n’ont d’autre choix que d’émigrer en Thaïlande ou dans d’autres pays voisins.

La fatigue gagne désormais même ceux qui ont rejoint les combats, notamment les Forces de défense populaire (PDF), des milices formées après le coup d’État. « Aujourd’hui, au bout de cinq ans, ils en ont assez des combats », explique l’évêque. D’autant plus que la nécessité de subvenir aux besoins de leur famille constitue un problème majeur. « Si vous continuez à vous battre, vous n’aurez plus de salaire, plus d’argent pour faire vivre votre famille », ajoute le prélat.

L’une des conséquences les plus durables de la guerre est l’interruption de la scolarité des plus jeunes enfants. Pour l’évêque, il est « très difficile pour les enfants » de recevoir une « éducation dans la jungle, dans les camps de déplacés ». Le diocèse a mis en place des classes informelles, mais celles-ci ne sont pas reconnues par les autorités. C’est pourquoi il a demandé aux religieuses du diocèse de rester dans les camps avec les familles, « pour s’occuper de l’éducation des enfants ».

Une communauté résiliente

Malgré tout, la communauté n’a pas perdu espoir et reste tournée vers l’avenir, assure Mgr Ba Shwe. Les camps qui parsèment son diocèse, abritant chacun entre quelques dizaines et plusieurs centaines de familles, sont souvent des communautés mixtes où catholiques, baptistes et bouddhistes vivent ensemble, et où l’action caritative de l’Église, offerte sans distinction de foi ou d’origine ethnique, continue d’être reconnue même par les non-chrétiens.

De nombreux bouddhistes disent : « Nous ne voyons plus nos moines ; nous ne voyons que des prêtres catholiques », et « cela nous convient ». Lorsque les catholiques s’installent dans un nouveau quartier, leur première préoccupation est de savoir où construire une église, « même provisoire, en bambou ou en plastique ». Ils y trouvent « réconfort et espoir », accompagnés d’hommes et de femmes d’Église dont la présence signifie que « Dieu ne nous a pas abandonnés ».

Le chemin encore incertain vers la réconciliation

Ces dernières semaines à Rome, l’évêque de Loikaw a été reçu en audience par le pape Léon XIV, avec l’ensemble des évêques birmans. « Nous avons échangé durant une heure quarante-cinq », se réjouit-il. Chaque évêque a pu évoquer les difficultés rencontrées dans son propre diocèse.

Interrogé sur les mesures possibles pour instaurer la paix, Mgr Ba Shwe insiste sur le thème de la réconciliation. À l’heure actuelle, il reconnaît une impasse entre des positions irréconciliables. D’un côté, le gouvernement militaire appelle les groupes armés à déposer les armes et à se rendre ; de l’autre, les groupes armés ethniques exigent le respect, la compréhension et un véritable dialogue, et considèrent la demande de reddition comme inacceptable.

Pourtant, l’évêque constate que « les combats ne sont pas la solution ; cette guerre ne prendra fin qu’à la table des négociations ». Il ajoute que la confiance nécessaire pour y parvenir fait défaut. Mais si la situation actuelle est complexe et difficile à résoudre, l’évêque assure que les deux parties demandent à l’Église qu’elle montre la voie de la paix. « Ils se tournent toujours vers l’Église, vers ce qu’elle a à dire. C’est une tâche immense, mais après cinq années de souffrance, les gens aspirent vraiment à la paix. »

(Avec Asianews)

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