Birmanie : depuis 2021, cinq évêques ont été contraints de quitter leur diocèse à cause de la guerre civile
Les évêques birmans ont effectué leur visite ad limina la semaine dernière à Rome.
© Archidiocèse de Rangoun / Facebook
Le 09/06/2026
La guerre civile qui se poursuit depuis plus de cinq ans en Birmanie a entraîné une véritable « polycrise » (politique, économique, humanitaire…) qui affecte également l’Église locale. Depuis le coup d’État militaire de février 2021, cinq évêques du pays d’Asie du Sud-Est (Pekhon, Loikaw, Banmaw, Mindat et Lashio) ont été contraints de quitter leur diocèse, comme l’a rappelé l’un d’entre eux le 5 juin à Rome durant la visite ad limina des évêques birmans auprès du pape et de la curie romaine.
Les évêques birmans se sont rendus à Rome la semaine dernière pour leur visite ad limina, effectuée tous les cinq ans auprès du pape et de la curie romaine. Après leur rencontre avec Léon XIV, vendredi 5 juin au Vatican, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun et président de la Conférence épiscopale birmane, a confié à Vatican News combien ils se sont sentis soutenus par le pape : « La Birmanie n’est pas oubliée, mais elle est toujours dans ses prières. Le pape continuera de demander au monde de ne pas oublier la Birmanie. Nous sommes très heureux de l’avoir rencontré et nous repartons fortifiés et renouvelés. »
Leur visite à Rome a été l’occasion de rappeler la situation dramatique que traverse le pays depuis cinq ans, une situation qui a forcé cinq d’entre eux à quitter leur cathédrale. Depuis le coup d’État de la junte, cinq des dix-sept évêques birmans ont été éloignés de force de leur diocèse, comme l’a raconté Mgr Felice Ba Htoo, évêque de Pekhon.
« Nous, évêques, n’avons pas été épargnés par cette réalité »
Les évêques des diocèses de Pekhon, Loikaw, Banmaw, Mindat et Lashio ont dû abandonner leur cathédrale pour se réfugier dans des paroisses situées dans des zones plus sûres, loin des conflits entre l’armée birmane et les groupes rebelles. « Nous, évêques, n’avons pas été épargnés par cette réalité. Beaucoup de nos paroisses ont été fermées à cause des dégâts, des attaques ou parce qu’elles ont perdu leurs fidèles », a décrit Mgr Htoo, interrogé par l’agence Fides.
Durant la visite ad limina, les évêques ont également rencontré les responsables des dicastères, à qui ils ont parlé de la santé spirituelle et administrative de leurs diocèses. Ils ont aussi pu échanger avec le Saint-Père sur la situation de leur pays, plus de cinq ans après la prise de pouvoir par la junte du général Min Aung Hlaing, qui a plongé la Birmanie et ses quelque 55 millions d’habitants dans le chaos, la violence et la guerre civile.
Selon les organisations de défense des droits humains en Birmanie, plus de 7 700 civils et militants prodémocratie ont été tués depuis 2021 ; plus de 30 000 autres ont été arrêtés, et presque 22 800 ont été emprisonnés. Le nouveau régime militaire, après une décennie de transition démocratique interrompue par le coup d’État, a également causé une forte récession économique et une importante dévaluation du kyat, en grande partie à cause des sanctions internationales contre la junte.
La poursuite des combats entre les militaires et la coalition regroupant les groupes ethniques armés et les Forces de défense populaires (PDF) a aussi entraîné une crise humanitaire prolongée. Plusieurs millions de personnes ont été déplacées et vivent toujours dans des camps de réfugiés précaires à travers le pays.
« Nous tentons de les réconforter et de leur offrir une parole d’espérance »
Pekhon, dans l’État Shan, est situé sur le front sud-est de la guerre civile. Ce territoire est disputé en raison de son importance stratégique, et les combats y ont causé plusieurs milliers de déplacés. Dans ce contexte, les responsables du diocèse, les membres du clergé ainsi que les catéchistes et les laïcs accompagnent ces populations afin de les aider à persévérer la vie communautaire.
Selon Mgr Htoo, les évêques, prêtres et religieux des diocèses concernés essaient de rencontrer les réfugiés dans la jungle, dans les camps et dans les villages moins touchés par les violences. « Nous tentons de les réconforter et de leur offrir une parole d’espérance. Les gens sont épuisés et traumatisés par cinq ans de conflit. Dans ce contexte d’épreuves et de souffrances, nous vivons notre pèlerinage d’espérance. »
L’évêque a aussi expliqué que son diocèse fait face à une grave crise humanitaire après avoir accueilli 40 000 nouveaux réfugiés de différentes confessions. La plupart viennent de la région ouest du territoire diocésain. Mgr Htoo a ajouté que l’accès aux ressources en eau est devenu un facteur déterminant de ces déplacements, en particulier dans son diocèse.
La guerre a aussi eu un impact sur la disponibilité des ressources agraires. « Aujourd’hui, les habitants doivent faire vivre leur propre famille et n’ont plus les moyens de partager comme au début du conflit. La situation humanitaire a empiré. » Dans cette situation, le diocèse a dû fermer sept de ses seize paroisses, et près de 60 000 paroissiens ont été déplacés vers les zones rurales.
Sources : Ucanews, Vatican News, Fides