18e sommet des BRICS à New Delhi : la diplomatie indienne 2.0 à l’œuvre
Le Premier ministre indien Narendra Modi lors du 16e sommet des BRICS, en 2024 à Kazan, en Russie.
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Rédigé par Olivier Guillard, le 11/09/2026
À New Delhi, le 18e sommet des BRICS, organisé les 12 et 13 septembre sous présidence indienne, doit permettre à Narendra Modi de conforter la stature diplomatique de son pays. Alors que Xi Jinping est attendu, l’Inde entend préserver son « autonomie stratégique » entre la Chine et les États-Unis et s’affirmer comme une voix du « Sud Global ». L’élargissement du groupe, les tensions au Moyen-Orient et l’influence chinoise figurent parmi les défis de ce rendez-vous, qui intervient dans un contexte international incertain.
Cinq ans après un exercice similaire[1] et trois ans après avoir eu le privilège d’organiser la 18e édition du sommet annuel du G20[2], la capitale indienne déploie à nouveau ses fastes les 12 et 13 septembre pour accueillir le 18e sommet des BRICS. Cette structure multilatérale souple, née en 2009, rassemble 11 États[3] et économies émergentes dans un forum annuel. Le bloc géopolitique ambitionne, entre autres desseins, de rivaliser avec le G7 et les puissances occidentales, jusqu’à un certain point.
Confiée aux bons soins de la « plus grande démocratie du monde[4] », la présidence indienne 2026 de ce forum a choisi pour thème « Bâtir pour la résilience, l’innovation, la coopération et la durabilité », en plaçant intentionnellement l’humanité au premier plan, ainsi que l’avait laissé entendre le chef du gouvernement indien en conclusion du dernier sommet des BRICS un an plus tôt (Rio, 2025).
À la veille de cette grand-messe multilatérale chorégraphiée par les autorités indiennes, les observateurs considèrent que la situation volatile au Moyen-Orient, l’évolution chaotique de l’ordre mondial et ses incidences globales sur le commerce[5] et l’économie, s’immisceront certainement dans les débats. D’autres enjeux sensibles – pour le gouvernement indien et l’image extérieure contemporaine du pays notamment – et écueils délicats à négocier animeront assurément ce rendez-vous indien du Sud global.
L’Inde de Modi, les États-Unis de Trump, les BRICS et la Chine de Xi Jinping
« Bien que l’Inde et la Chine demeurent concurrentes, les politiques commerciales du président américain Donald Trump ont créé un point de convergence[6] », notait fort à propos la presse internationale le mois dernier. De fait, au second semestre 2026, la relation indo-américaine peine toujours à se remettre des rudes coups de boutoirs assénés l’an passé par l’administration Trump.
Pour mémoire, cette dernière a précipité les rapports Washington-New Delhi dans des abîmes incertains en imposant des droits de douane exorbitants (allant jusqu’à 50 %) sur les produits indiens. Autre outrage impardonnable pour le pays de Nehru, la Maison Blanche a reçu à deux reprises (en juin et septembre 2025) le Field Marshal Asim Munir, chef des armées pakistanaises, sur qui le chef de l’exécutif américain ne tarit pas d’éloges. Ces visites ont eu lieu alors même que d’inquiétants accrochages transfrontaliers indo-pakistanais venaient tout juste de se produire (en mai 2025). On peut aussi noter ici que l’imprédictible 47e président américain perçoit par ailleurs les BRICS comme une « alliance antiaméricaine » dont il s’agirait de se méfier.
Ces 12 et 13 septembre, le président américain ne sera pas de la partie ; à la différence a priori du président chinois Xi Jinping, dont on annonce la venue dans la capitale indienne à la tête d’une imposante délégation d’officiels (on parle d’un contingent de quelque 400 individus). Le président Xi revient donc au sommet annuel des BRICS, après avoir boycotté l’édition précédente, et à New Delhi, sept ans après son dernier déplacement en Inde en 2019. Pour rappel, en 2025, le Premier ministre indien Narendra Modi s’était quant à lui déplacé en Chine (pour la première fois en sept ans).
Une « photo de famille » très attendue
Les éditorialistes et le gouvernement indiens s’enthousiasment à la perspective d’immortaliser une très parlante et symbolique « big BRICS family photo » réunissant sur un même cliché le chef de gouvernement du pays hôte (Narendra Modi) et Xi Jinping. Pour « s’assurer » de la faisabilité d’une telle entreprise, fin août, le conseiller indien à la sécurité nationale (Ajit Doval) s’est déplacé à Pékin pour y rencontrer le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi. Pour mémoire, un mois plus tôt (fin juillet), les médias indiens s’étaient fait l’écho de quelques (nouvelles) frictions frontalières sino-indiennes en Arunachal Pradesh (État du nord-est de l’Inde, « convoité » de longue date par Pékin).
L’Inde, entre autonomie stratégique et quête d’un leadership du « Global South[7] »
« L’Inde a constamment cherché à se faire la ‘voix’ du Sud Global, souvent en tirant parti de sa position prépondérante au sein d’instances telles que le G20 [qu’elle a présidé en 2023] et l’AI Impact Summit [qu’elle a accueilli plus tôt cette année] », rappelle à juste titre un chercheur de la très respectée Chatham House[8] londonienne. De fait, fidèle à ses convictions politiques et à sa chère « autonomie stratégique », New Delhi collabore ces deux dernières décennies avec les BRICS tout en entretenant simultanément des relations étroites avec les États-Unis (en temps normal), l’Europe et divers autres partenaires (asiatiques et occidentaux) de premier plan.
Un sommet, des écueils à contourner
Pour le gouvernement indien, la réussite de cet événement multilatéral de l’année en Asie du Sud ne relèvera pas uniquement de sa bonne gestion logistique dans une cité tentaculaire de 24 millions d’habitants (une thématique dont s’est emparée la presse locale), de la participation physique de Xi Jinping ou encore de la tonalité de ses interventions (lors du sommet et en marge). Une poignée d’écueils potentiels se dressent sur la route du succès.
À commencer par la question de l’élargissement de ce forum à certaines nations postulantes, pas forcément dans les meilleurs termes avec l’Inde. On pense plus particulièrement ici à ses fébriles voisins de l’ouest (République islamique du Pakistan) et de l’Est (République populaire du Bangladesh), dont la candidature est vigoureusement soutenue par la République populaire de Chine.
La situation plus que volatile au Moyen-Orient et dans le Golfe Persique, et la nécessité de parvenir à un consensus permettant une déclaration commune sur cette thématique clivante à l’issue du sommet, devront notamment s’accommoder – d’une manière ou d’une autre – de la présence de la République islamique d’Iran, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis au sein du groupe.
Deux ans après le 16e Sommet des BRICS organisé à Kazan (Russie, 23 octobre 2024) – en marge duquel le Premier ministre indien Modi et le chef de l’État chinois Xi Jinping s’étaient rencontrés deux jours après la conclusion bienvenue de l’India-China Border Patrol Agreement[9]. D’aucuns relèvent encore parmi les autres défis attendant l’hôte indien celui consistant à prévenir sans rudesse, tout en mesure, la prédominance de la Chine dans les débats du forum 2026, tout en préservant le ténu « mieux-être » du moment dans ses relations avec Pékin.
Une stature internationale à confirmer
Pour nombre d’observateurs, le sommet de New Delhi représente pour l’ambitieuse quatrième économie mondiale l’événement multilatéral le plus important de l’année, et de loin. À plus forte raison dans un environnement international de plus en plus incertain.« L’autonomie stratégique en action alors que l’Inde accueille le 18e sommet des BRICS » titrait l’influent Times of India dans son édition du 8 septembre, rappelant au passage que ce forum rassemble un individu de la planète sur deux, représente un quart du commerce et 40 % du PIB mondial.
Après le sommet du G20 organisé en septembre 2023 dans la capitale indienne, le 18e sommet annuel des BRICS[10] offre donc à l’Inde l’opportunité d’étoffer sa nouvelle stature diplomatique internationale, en héraut d’une communauté internationale valorisant la voix d’un Sud Global trop souvent dédaigné, augure un éditorialiste indien[11]. En début d’année, le chef de la diplomatie indienne, l’élégant et courtois Subrahmanyam Jaishankar, n’avait-il pas déclaré que les BRICS devaient sans plus tarder changer de mission, de braquet et de raison d’être (passer du forum de discussion à une plateforme d’action concrète) ?
(Ad Extra, Olivier Guillard)
[1] Le 13e sommet des BRICS s’était tenu le 9 septembre 2021 à New Delhi, sous le thème « BRICS @ 15 : Coopération intra-BRICS pour la continuité, la consolidation et le consensus ».
[2] Le G20 est un forum intergouvernemental de coopération économique réunissant 19 États ainsi que l’Union africaine et l’UE.
[3] Afrique du Sud, Arabie saoudite, Brésil, Chine, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, Inde, Indonésie, Iran, Russie.
[4] Et ses plus de 960 millions d’inscrits sur les listes électorales.
[5] En 2025-2026, l’Inde a exporté vers ses partenaires des BRICS l’équivalent de 70 milliards d’euros de marchandises et produits divers (et pour quelque 27 milliards d’euros de services l’année précédente).
[6] Reuters, 24 août 2026.
[7] Le « Sud Global », ensemble hétérogène de nations en développement, principalement situées en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans la région caraïbe ayant en commun diverses caractéristiques socio-économiques et un passé marqué par une forte empreinte coloniale.
[8] « The India-China reset will continue at the BRICS summit », Chatham House, 8 septembre 2026.
[9] Un accord bilatéral actant la reprise des patrouilles conjointes et le désengagement des troupes chinoises et indiennes à leur frontière commune (Line of Actual control) dans l’est du Ladakh, mettant officiellement un terme à un volatile différend militaire né des affrontements opposant en 2020 dans la vallée de la Galwan troupes indiennes et chinoises.
[10] La présidence annuelle tournante des BRICS a confié aux bons soins de l’Inde l’organisation de plus de 350 réunions (dont 25 au niveau ministériel).
[11] WION (World Is One News), 8 septembre 2026.