Le pape Léon XIV et les catholiques chinois, un an plus tard : l’Église en Chine sous la rigueur de Pékin
Le drapeau chinois brandi par un pèlerin au milieu de la place Saint-Pierre à Rome.
© CNS Photo/Paul Haring
Le 23/04/2026
Alors que les célébrations de Pâques ont ravivé les souvenirs de cette première année, douze mois plus tard, comment l’Église en Chine perçoit-elle le nouveau pontificat ? Dans cette analyse, un observateur familier du parcours de l’Église en Chine continentale estime que les propos du pape Léon XIV traduisent clairement l’image du « pasteur qui sent l’odeur de ses brebis » dont parlait le pape François. C’est pourquoi les fidèles espèrent aujourd’hui un changement porteur d’espoir pour l’avenir des catholiques chinois.
Début mars 2026, une rumeur a commencé à circuler parmi les fidèles de Chine continentale, selon laquelle le pape Léon XIV aurait exprimé une « nouvelle position » sur les relations entre la Chine et le Vatican.
Cette information ne repose sur aucune source fiable et son authenticité semble douteuse ; il n’est donc pas nécessaire de la commenter. Cependant, cela exprime un sentiment sincère parmi les fidèles chinois envers l’Église universelle et envers le pape lui-même, ainsi que leurs profondes attentes concernant les relations entre la Chine et le Vatican.
Selon le livre L’élection du pape Léon XIV : la dernière surprise du pape François, écrit par Elisabetta Piqué et Gerard O’Connell, récemment publié à New York, Léon XIV poursuit, sur le plan pastoral, l’approche pragmatique de François, tandis qu’intellectuellement, il hérite de la profondeur de Benoît XVI et de Léon XIII. Il est décrit comme un berger qui a « l’odeur des brebis », capable non seulement d’écouter, mais aussi de s’attaquer concrètement aux difficultés.
Ainsi, dans sa première déclaration publique sur la Chine, il a reconnu son expérience des relations avec le peuple chinois, le gouvernement et les autorités religieuses, en affirmant qu’à court terme, il maintiendrait la position actuelle du Saint-Siège. Il a toutefois souligné la complexité de la situation et la nécessité de mieux comprendre comment l’Église peut accomplir sa mission dans le respect des réalités culturelles et politiques, en tenant compte des fidèles qui vivent sous pression ou sans pleine liberté religieuse.
Dans ses propos sur la Chine, on perçoit donc clairement « l’odeur du troupeau » : il comprend la souffrance des fidèles et les difficultés de l’Église dans un contexte politique complexe. Après la mort du pape François en 2025, les fidèles chinois ont spontanément organisé des commémorations, mais celles-ci ont parfois été empêchées par les autorités locales pour des raisons politiques. Un an plus tard, alors que des changements sont en cours au sein de la diplomatie vaticane, les fidèles chinois espèrent entrevoir des signes d’espoir pour l’avenir.
Le silence de l’Église officielle vis-à-vis du nouveau pape
Alors que l’Église universelle a connu de nombreux événements significatifs en 2025 – le Jubilé de l’espérance, la succession au Saint-Siège et l’élection du nouveau pape Léon XIV –, le comportement de l’Association patriotique des catholiques chinois et de la Conférence des évêques en Chine, ainsi que des principaux diocèses, apparaît, par comparaison, extrêmement discret.
Même sur la plateforme « Wanyou Zhenyuan », qui semble être largement utilisée parmi les fidèles chinois, les informations sur le sujet semblent rares. À ce jour, seule une brève note sur l’agence d’information Xinhua, republiée par le site Xinde, a été identifiée ; elle consiste en seulement 36 caractères, et rapporte que « L’Association et la Conférence » ont envoyé un message de félicitations sur l’élection du « pape Léon XIV ».
Selon des sources bien informées, ce silence s’explique par deux raisons : d’un côté, les autorités concernées continuent d’observer la position du nouveau pape ; d’un autre, les répercussions de « l’incident Shi Yongxin au Vatican » (la visite de l’abbé de Shaolin plus tard tombé en disgrâce en Chine), qui a eu lieu début 2025, persistent. Cet épisode a entraîné un durcissement drastique du système d’autorisation des Affaires étrangères, ce qui conduit les communautés locales et les organisations religieuses à adopter une politique de silence collectif face aux informations concernant le pape, basée sur le principe qu’« en matière d’Affaires étrangères, rien n’est insignifiant ».
Si l’accord provisoire entre Pékin et le Vatican a permis des avancées dans la nomination des évêques, il n’a toutefois pas amené l’Église chinoise à s’aligner profondément avec l’Église universelle en matière de procédures. Bien que quatre évêques de Chine continentale aient participé pour la première fois au Synode des évêques, l’esprit et les pratiques de « synodalité », pourtant encouragées par de telles rencontres, ne sont pas visibles dans le contexte national.
Le zèle de certains en faveur de la « sinisation des religions »
De plus, la participation des évêques ne semble pas avoir renforcé l’unité au sein de leurs diocèses : par exemple, une photographie d’un évêque avec le pape a été interprétée par certains prêtres comme un signe qu’il s’était ainsi procuré une sorte de « pouvoir impérial » pour réprimander les prêtres jugés récalcitrants.
Le renforcement du contrôle d’Internet n’est qu’un défi parmi d’autres. Depuis la promotion de la « sinisation des religions », les campagnes politiques se sont multipliées. On peut citer la campagne des « Quatre introductions » en 2018 (le drapeau national, la Constitution et les lois, les valeurs fondamentales du socialisme, et l’excellence de la culture chinoise traditionnelle dans les lieux de culte). On compte aussi les campagnes de 2021 sur les « Trois amours » (patriotisme, amour du Parti, amour du socialisme) et les « cinq histoires » ; jusqu’au mouvement de 2025 visant à « étudier les règlements, observer la discipline, renforcer la pratique, construire une image ». Sans compter des initiatives telles que « la promotion de la frugalité et de la lutte contre le luxe, le maintien d’une foi et d’une pratique justes ». Tout ceci a inondé les communautés locales d’études, de rapports et d’expositions.
Comme le dit l’adage : « Si une mesure de sévérité supplémentaire est imposée d’en haut, elle est appliquée dix fois plus durement d’en bas. » Ainsi, les évêques occupant des postes au sein de « l’Association et la Conférence » font souvent la promotion de projets superficiels dans leurs diocèses. Un membre du clergé a commenté en privé : « Ces dernières années, nous avons assisté à d’innombrables réunions et nous devons aussi écrire des rapports d’étude. Le travail pastoral et missionnaire est également extrêmement prenant. Si l’on souhaite véritablement promouvoir la frugalité, on doit d’abord supprimer ces expositions et ces réunions coûteuses, qui ne servent qu’à remplir des rapports de fin d’année. »
Interdiction des mineurs, même dans la basilique de Sheshan
Beaucoup de fidèles signalent que depuis Noël dernier, des plateformes comme « Wanyou Zhenyuan » (ainsi que d’autres avant elle) ont arrêté de diffuser les messes papales ; de plus, les principaux sites catholiques exigent une inscription sous identité réelle et beaucoup de contenu a été supprimé. À Shanghai, à la suite de l’installation de Mgr Shen Bin, des mesures ont été encore renforcées : les cours d’été de catéchisme ont été suspendus, et depuis l’an dernier, les mineurs ont été interdits d’entrer dans les églises.
Même dans la basilique mariale de Sheshan, malgré son statut de destination de pèlerinage et de site touristique, les enfants ne peuvent pas entrer, ce qui suscite les protestations fréquentes des visiteurs. Les fidèles d’autres régions signalent que l’interdiction des mineurs était déjà en vigueur depuis un moment, mais que les contrôles se sont intensifiés l’an dernier.
En tant qu’Église de premier plan en Chine, Shanghai montre des changements sur d’autres fronts. Il a été rapporté qu’à l’exception du père Zhu Yude, malade et âgé de 90 ans, les cinq autres prêtres « souterrains » ont signé, avant l’automne dernier, une « lettre d’engagement », dont le contenu stipule l’acceptation de la primauté du Parti, du patriotisme, du respect de la loi et d’une interdiction de la célébration des sacrements dans les lieux non-religieux. Une autre personnalité religieuse a signé une « demande de transformation » (passage de l’Église souterraine à l’Église officielle). Les plus de dix religieuses appartenant aux communautés souterraines, incapables de subvenir à leurs besoins dans les grandes villes, ont été dispersées ; leur situation actuelle est inconnue.
Un prêtre du nord du pays affirme que, bien qu’aucun grand rassemblement officiel ne soit organisé dans son diocèse comme à Shanghai, les récentes « instructions strictes » ont entraîné des contrôles systématiques. De la gestion des nominations ecclésiastiques et des documents d’émigration aux campagnes de sensibilisation à la frugalité, en passant par les contrôles de sécurité et financiers de routine, remplir des formulaires et assister à des réunions sont devenus la norme.
« Les activités religieuses se déroulent dans les lieux de culte »
Malgré l’intégration des services religieux au sein du Département du travail du Front uni en 2018, l’ingérence administrative persiste et certaines décisions manquent de fondement professionnel. Par exemple, se fondant sur le principe que « les activités religieuses se déroulent généralement dans les lieux de culte », certaines régions interdisent aux prêtres de célébrer des funérailles dans les morgues.
Sous le slogan de « gouvernance stricte », les Églises de maison protestantes ont également été durement touchées. Suite à la perquisition de l’Église de Sion à Pékin le 9 octobre 2025, les avocats de la défense ont subi les pressions les plus intenses depuis la « Répression 709 » de 2015 : sur les 40 avocats impliqués, plus de la moitié risque le chômage et des mesures restrictives. Cependant, en raison de la censure d’Internet, peu d’informations ont filtré.
Bien sûr, la « stricte doctrine » a aussi sa propre logique pratique. Pour des raisons historiques, le niveau du clergé est inégal. Le 2 avril 2026, les médias ont rapporté une affaire financière au sein de l’Église catholique du Hunan : pour détournement de fonds et vente de biens ecclésiastiques, trois figures clés ont été condamnées : Mgr Qu Ailin et le père Li Hongwei (directeur du Comité administratif catholique) à six ans de prison, et Hu Yali (président de l’Association patriotique) à sept ans.
Aujourd’hui, l’Église en Chine semble isolée
Un chercheur catholique a fait remarquer : l’Église est le miroir de la société. À mesure que la lutte contre la corruption s’intensifie, les cas se multiplient et deviennent de plus en plus graves. Cela invite à la réflexion : dans un contexte de plus en plus strict de l’État de droit, la société contraint l’Église à se remettre en question ; mais quelle contribution peut-elle apporter à la société ?
Si l’on se penche sur l’histoire, on constate qu’en 1926, le pape Pie XI a consacré à Rome les six premiers évêques chinois. Le 11 avril 1946, le pape Pie XII a établi la hiérarchie ecclésiastique en Chine, marquant ainsi le moment où « les évêques chinois jouissaient des mêmes pouvoirs que les autres évêques du monde entier… avec des responsabilités et des devoirs identiques ».
Aujourd’hui, cependant, l’Église en Chine semble isolée : elle connaît peu la spiritualité et la pratique de la synodalité, ni le motu proprio de 2019 du pape François « Vous êtes la lumière du monde », visant à lutter contre les abus de pouvoir et à protéger les plus vulnérables, qui n’a pas été mis en œuvre.
Un évêque âgé du nord a déclaré aux prêtres : le droit canonique n’est pas adapté à la réalité chinoise. Un évêque du sud a expliqué : nous n’avons reçu aucune communication du Saint-Siège ; beaucoup de choses nous sont inconnues. L’Église en Chine s’est peut-être habituée à un modèle fondé sur des « notifications, des réunions et des comptes rendus ». Mais, quel que soit le contexte, nous ne devons pas oublier cette parole de l’Évangile : « Vous êtes la lumière du monde ! »
Cet article est une adaptation et une traduction d’une analyse rédigée par Andrew Law et publiée par l’agence Asianews.