Inde

Inde : face aux violences antichrétiennes, un tribunal populaire appelle à mettre fin à l’impunité

Les membres du jury du tribunal populaire sur les violences antichrétiennes en Inde, organisé le 2 juin dernier à New Delhi. Les membres du jury du tribunal populaire sur les violences antichrétiennes en Inde, organisé le 2 juin dernier à New Delhi. © Anto Akkara
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D’après le rapport du tribunal populaire sur les violences contre les chrétiens en Inde, organisé le 2 juin à New Delhi par des groupes militants catholiques et non catholiques, les violences et les discriminations antichrétiennes dans le pays d’Asie du Sud se sont aggravées ces dernières années. Les auteurs de l’initiative estiment que les garanties constitutionnelles que représentent la liberté religieuse et l’égalité des citoyens sont de plus en plus fragilisées. Ils dénoncent l’inaction de certaines institutions et appellent à mettre fin à l’impunité.

Face à la montée des violences antichrétiennes en Inde, des groupes chrétiens et des organisations de la société civile se sont associés pour organiser un tribunal populaire qui s’est tenu le 2 juin dernier dans la capitale fédérale. L’initiative a été lancée par le mouvement Karwan-e-Mohabbat (littéralement « Caravane de l’Amour ») et par un collectif de citoyens, afin de dénoncer la tendance croissante aux violences et aux discriminations contre les chrétiens dans plusieurs régions du pays.

Le procès populaire s’est déroulé au Constitution Club de New Delhi, en présence de plus de 200 responsables et délégués de réseaux chrétiens et non chrétiens (dont des victimes, des chercheurs, des avocats, des défenseurs des droits de l’homme ainsi que des membres de groupes militants hindous et musulmans). Tous ont appelé le gouvernement indien à « mettre fin à l’impunité ».

La liberté de conscience et de religion de plus en plus menacée

« Durant l’audience, nous avons constaté une inquiétude récurrente vis-à-vis du rôle présumé des institutions publiques. Les participants ont décrit des affaires pour lesquelles les forces de l’ordre ont échoué à protéger les victimes, des plaintes enregistrées contre ceux qui avaient été attaqués, des enquêtes retardées et des communautés pressées d’accepter des soi-disant accords de compromis », a déclaré le tribunal populaire à l’issue de l’audience, dans un communiqué publié le 2 juin.

Parmi les témoins, une vingtaine de survivants de violences antichrétiennes ont décrit « la troublante escalade de violence et de discrimination contre les chrétiens ». « L’audience a permis d’enquêter sur les attaques contre les lieux de culte, sur les boycotts sociaux et économiques, sur les refus de droits d’inhumation, sur les expulsions de villageois, sur le rôle des organisations nationalistes hindoues (proches de l’idéologie hindutva) et sur le comportement des responsables politiques, des policiers et des institutions juridiques », selon le communiqué.

« La liberté de conscience et de religion ainsi que l’égalité des citoyens, garantis par la Constitution, sont de plus en plus menacés », estime John Dayal, journaliste et militant catholique, qui a organisé et coordonné le procès populaire du 2 juin. « Nous appelons les gouvernements des États [de l’Union indienne] à respecter les ordres de la Cour suprême à cet égard afin de mettre fin à l’impunité généralisée. Alors, seulement, les atrocités diminueront », a-t-il ajouté.

Une forte hausse des violences enregistrée depuis 2014

Les cas de violences antichrétiennes, autrefois épisodiques, sont devenus endémiques après l’arrivée au pouvoir du parti pro-hindou BJP (Bharatiya Janata Party) du Premier ministre Narendra Modi en 2014. Le nombre d’incidents recensés est passé de 127 en 2014 à 834 en 2024. En organisant le tribunal populaire, John Dayal explique que l’équipe d’investigation a visité des lieux particulièrement touchés, notamment les États du Chhattisgarh en avril et de l’Odisha en mai – tous deux sont dirigés par le BJP et ont enregistré récemment un nombre plus élevé de violences et de discriminations.

« Il y a des cas de privation systématique de droits d’inhumation, ce qui représente l’une des formes les plus graves d’humiliation que l’on peut infliger aux communautés chrétiennes », affirme le père Ajay Singh, ancien directeur du Forum de l’Odisha pour l’action sociale, un groupe lié à l’Église catholique dans l’État d’Odisha, dans l’est de l’Inde. Le père Singh, interrogé par le tribunal sur la situation dans sa région, a cité « des cas de processions funéraires interrompues et de refus d’inhumation dans des cimetières villageois ».

« J’ai fait partie de trois missions d’enquête qui ont visité plusieurs localités affectées dans l’Odisha cette année. La situation est devenue particulièrement choquante », a-t-il ajouté, en décrivant même des cas de cadavres de chrétiens « qui ont été exhumés puis soumis à des rituels de reconversion religieuse ».

« Ce ne sont pas des cas isolés mais une véritable campagne d’exclusion »

De son côté, A. C. Michael, catholique et coordinateur du Forum chrétien uni, qui assure une veille des attaques contre la minorité chrétienne en Inde, a été interrogé par le tribunal populaire sur « la normalisation croissante des hostilités contre les célébrations chrétiennes et les lieux de culte ». « Des actes liturgiques innocents sont présentés comme des menaces à l’ordre public et à l’intérêt national, tandis qu’il n’y a aucune représentation chrétienne officielle dans les institutions », a-t-il signalé.

Malgré la hausse des violences antichrétiennes, la représentation chrétienne au sein de la Commission nationale pour les minorités, qui dépend du gouvernement, n’a pas été respectée depuis six ans. « Les accusations de conversion sont devenues un prétexte récurrent pour justifier les violences », signale Vijayesh Lal, secrétaire général de la Fraternité évangélique d’Inde.

Pour sa part, Siju Thomas, directeur de l’organisation Alliance Defending Freedom India, regrette « les boycotts sociaux et économiques, ainsi que les expulsions et les marginalisations de chrétiens, en particulier parmi les familles de nouveaux convertis ». « Le fait d’être privé d’accès aux ressources communautaires, d’être victime d’isolement social, d’être déplacé de force et de ne pouvoir enterrer dignement un proche… Toutes ces méthodes sont utilisées comme moyens de pression. Des lois prévues à l’origine pour protéger les communautés Adivasis (indigènes) sont ainsi utilisées pour cibler les Adivasis chrétiens et restreindre leurs droits », poursuit-il.

Harsh Mander, l’un des militants les plus actifs parmi les témoins du tribunal populaire, a conclu l’audience en insistant sur le fait que cette tendance constatée depuis plus d’une dizaine d’années en Inde « ne peut pas être comprise comme des actes hostiles isolés ». « Cela révèle au contraire une campagne d’exclusion systématique qui menace la promesse constitutionnelle d’égale citoyenneté », a affirmé Mander, qui a démissionné de la haute administration indienne (IAS) en 2002 afin de protester contre les violences survenues à l’époque au Gujarat, alors que Narendra Modi était ministre en chef de cet État de l’ouest du pays.

Selon John Dayal, les conclusions du tribunal seront publiées dans un livre d’ici deux mois. « Ce que nous avons enregistré est choquant et brutal, et ces témoignages seront réunis dans un ouvrage d’environ 300 pages », a-t-il promis.

(Avec EWTN News, Anto Akkara)

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