Singapour

À l’approche de la Toussaint, les catholiques chinois de Singapour honorent leurs ancêtres

Des catholiques se recueillent devant les niches funéraires de leurs proches au columbarium de l’église Saints-Pierre-et-Paul de Singapour, le jour des défunts 2024. Des catholiques se recueillent devant les niches funéraires de leurs proches au columbarium de l’église Saints-Pierre-et-Paul de Singapour, le jour des défunts 2024. © Benedict Tang
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À l’approche de la Toussaint et du 2 novembre, des catholiques de Singapour racontent comment ils honorent leurs ancêtres. Issus de familles taoïstes ou bouddhistes, ils cherchent à concilier leur foi et leurs traditions familiales. L’encens et l’inclination devant les tablettes ancestrales peuvent exprimer le souvenir, explique le père John Chen, qui rappelle que certains rites peuvent exprimer un respect culturel sans constituer un culte. Il invite à comprendre le sens de ces gestes pour concilier l’héritage ancestral et l’enseignement de l’Église.

Chaque année, à l’approche de la fête de la Toussaint et du Jour des morts, Matthieu Tserng Jia Uei inscrit les noms de ses ancêtres sur la liste des défunts de la paroisse, qui est apportée au prêtre avec le pain et le vin à l’offertoire durant la messe du 2 novembre (la Commémoration de tous les fidèles défunts, célébrée le lendemain de la fête de tous les saints). Depuis qu’il est devenu catholique à l’âge de 19 ans, il demande toujours une messe le jour de l’anniversaire de la mort de sa grand-mère.

Matthieu Tserng, un docker de 61 ans en semi-retraite, a grandi dans une famille taoïste singapourienne, qui conservait des tablettes ancestrales (portant les noms des ancêtres défunts d’une personne, et servant de point de ralliement pour le souvenir familial) ainsi que des photographies dans sa cuisine. Comme les tombes de leurs ancêtres se trouvaient en Chine, ils faisaient leurs offrandes à la maison le jour des anniversaires de leurs morts, ainsi que durant le septième mois lunaire et pour le Nouvel An chinois.

En 1984, Matthieu est devenu catholique ; il a cessé de vénérer les dieux et de faire des offrandes aux ancêtres. Son père a été baptisé en l’an 2000 et sa grand-mère en 2001. Après cela, la famille a retiré l’autel et les tablettes ancestrales, pour ne conserver que les photos des défunts de la famille. Aujourd’hui, il est responsable du catéchuménat des adultes en mandarin pour la paroisse du Saint-Sacrement de Singapour.

« Dieu est le seul vrai Dieu ; il n’y en a pas d’autre. Honorer nos ancêtres, cela signifie nous souvenir de ceux qui nous ont précédés », confie-t-il. Lors des funérailles non catholiques, il offre de l’encens durant la veillée funèbre, mais évite de s’incliner en signe de vénération devant l’autel. « Je me contente de tenir l’encens et je tourne en rond, je ne fais rien d’autre. »

« Ces pratiques expriment toujours le respect, le souvenir et la prière pour les défunts »

De son côté, Michael Robert Tan, un paroissien de l’église de la Miséricorde Divine travaillant dans l’informatique, âgé de 57 ans, continue de se rendre au temple avec sa famille lors du Nouvel An chinois. Sa famille y conserve des tablettes ancestrales. Il s’incline avec les autres et tient de l’encens, comme il le faisait avant son baptême en avril 2024. « Il s’agit de nous souvenir de nos ancêtres, et non de pratiquer un culte », explique-t-il. En revanche, sa famille ne conserve pas d’autel pour les ancêtres à la maison.

Toutefois, comme il vient d’une famille qui pratique un mélange de bouddhisme et de taoïsme, il continue de commémorer les anniversaires des décès et d’effectuer les visites du Nouvel An chinois malgré son baptême. Sa conversion n’a causé aucune tension dans sa famille, mais il reconnaît que le 2 novembre, le Jour de prière pour les fidèles défunts, n’a pas de signification particulière pour lui. « Pas encore », précise-t-il.

Comme l’explique le père John Chen, de l’archidiocèse de Singapour, les gestes constituant à s’incliner devant les tablettes, à tenir des bâtonnets d’encens et à participer aux cérémonies de commémoration des ancêtres « peuvent être des expressions culturelles de respect » et non des actes de culte. « La question cruciale n’est pas seulement de savoir quels rites extérieurs sont accomplis, mais ce qu’ils signifient pour les personnes concernées. Devenir catholique, cela ne veut pas dire renoncer à son héritage familial », ajoute-t-il.

Cette question a divisé l’Église durant deux siècles. En 1742, le pape Benoît XIV a interdit aux catholiques chinois de participer aux rites ancestraux. En 1939, la Congrégation pour la Propagation de la Foi a autorisé les catholiques à prendre part aux cérémonies honorant Confucius et les ancêtres en tant que coutumes civiles. « Pour nous, catholiques, la fumée de l’encens est l’un des moyens par lesquels nos prières s’élèvent vers notre Dieu trinitaire. Cependant, le fait de brûler du papier-monnaie ou de l’argent pour les défunts constitue une pratique superstitieuse contraire aux enseignements de l’Église », estime-t-il.

Il invite à comprendre « comment la foi et la culture peuvent coexister harmonieusement » et favoriser l’harmonie familiale. Il ajoute que les catholiques en Chine sont « plus profondément imprégnés de culture traditionnelle » et que leurs manières d’honorer leurs ancêtres sont « plus variées et élaborées ». « Ces pratiques expriment toujours le respect, le souvenir et la prière pour les défunts, sans pour autant relever de la superstition. »

(Avec Ucanews, Benedict Tang)

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