Enseigner le français en Chine, au Japon et à Taïwan
Etudiants japonais.
© Revue Mep
Rédigé par Valentine Gigaudaut, enseignante, le 25/06/2026
Mémorisation, discipline, respect du professeur : les systèmes éducatifs d’Asie orientale surprennent parfois les enseignants occidentaux. Valentine Gigaudeau a plus de vingt ans d’expérience d’enseignement dans la région ; elle revient sur les atouts et les limites de ces modèles éducatifs.
Je m’appelle Valentine Gigaudaut, j’ai 51 ans et j’ai travaillé plus de 20 ans à l’étranger, majoritairement dans les domaines éducatif, universitaire et de l’édition. Mon parcours débute en 1999, en Chine, où j’ai enseigné le français langue étrangère (FLE) à l’université de Xiamen (Fujian). J’étais alors journaliste de formation ; j’ai donc appris mon métier d’enseignante par l’observation de mes pairs et par mes échecs, avant de me former plus sérieusement et d’obtenir un master en politiques linguistiques à l’université du Mans. Après trois années en Chine, j’ai été enseignante de FLE au Japon pendant cinq ans, avant de partir comme attachée de coopération pour le français et le livre au Bureau français de Taïpei pendant quatre ans. J’ai exercé les mêmes fonctions à l’ambassade de France au Cambodge entre 2018 et 2020, après avoir dirigé la librairie française de Roumanie (Kyralina) pendant également quatre années. À des postes et à des niveaux de responsabilité différents, j’ai pu observer diverses pratiques d’enseignement, que je tente de vous présenter aujourd’hui. C’est donc un simple témoignage que je vous livre, sans prétention universelle ni universitaire.
Dans le monde chinois comme au Japon, l’apprentissage du français débute souvent tardivement, au plus tôt au lycée. Avoir une classe de débutants en première année d’université, avec des étudiants âgés de 18 ans, est donc la norme. Comprendre les méthodologies d’apprentissage de leur langue maternelle ou de leur première langue étrangère (souvent l’anglais) est donc nécessaire afin de leur proposer une progression qui les mette en confiance et leur permette de progresser. Dans le monde chinois, les étudiants ont développé de fortes capacités de mémorisation et de répétition, essentielles à l’apprentissage des nombreux caractères du mandarin. Comme les étudiants japonais, ils ont une appétence pour les activités écrites, la grammaire et l’apprentissage du vocabulaire. Par ailleurs, il n’est pas rare d’avoir 40 étudiants dans une classe, ce qui limite les interactions orales. Pourtant, une langue étrangère est avant tout un outil pour comprendre et échanger. La place des interactions orales est donc fondamentale et constitue un véritable défi pour un enseignant de FLE.
La relation au professeur et au savoir
Le confucianisme influence fortement les relations humaines dans l’éducation. Le respect de la hiérarchie, l’importance de la réussite aux examens pour les enfants (qui sont souvent uniques) et la préservation de l’harmonie sociale confèrent aux enseignants un statut auquel les Occidentaux ne sont pas habitués. La discipline et l’application au travail offrent un certain confort aux enseignants. Mais cela peut également constituer une réelle difficulté lorsqu’on souhaite développer un enseignement plus interactif : les apprenants peuvent manquer de confiance en eux et éprouver des difficultés à communiquer de façon spontanée.
Arrivés à un niveau intermédiaire d’apprentissage du français, les étudiants doivent aussi savoir apporter des nuances dans leurs présentations, voire débattre entre eux. Même s’ils disposent du vocabulaire et de notions solides sur le sujet, le débat reste un exercice souvent complexe, qui suscite des réticences.
Les étudiants taïwanais, chinois et japonais acquièrent, au cours de leur parcours universitaire, une persévérance dans l’effort et souvent un niveau académique solide. Néanmoins, leur capacité à penser « hors cadre » et leur créativité ne sont pas vraiment sollicitées ni valorisées. Le système éducatif est également très sélectif, ce qui suscite beaucoup d’anxiété chez les jeunes et leurs familles.
Promouvoir le français
L’apprentissage du français est aujourd’hui concurrencé en Asie, pour plusieurs raisons. La première est géopolitique : avec l’émergence des soft-power en Chine, en Corée, à Taïwan et au Japon, il est naturel que de nombreux jeunes choisissent d’apprendre la langue de leurs voisins. Dans ce contexte, le chinois a développé de nombreuses méthodes d’apprentissage et est devenu une langue étrangère proposée dans de nombreux systèmes éducatifs. Par ailleurs, il est aujourd’hui indispensable que tous les étudiants apprennent l’anglais.
Dans ce contexte concurrentiel, le choix d’apprendre le français est désormais longuement réfléchi par les apprenants. C’est donc un véritable choix, qui n’est plus fait par défaut. Il nous faut donc créer une offre attractive, offrant des opportunités concrètes de poursuite d’études ou d’insertion professionnelle pour les apprenants et leurs familles.