En Corée du Sud, faire du catéchisme autrement
Régina et les enfants du caté.
© Collection personnelle
Rédigé par Byeon DaJeong, Regina, maman catéchiste du diocèse de Daejeon, en Corée du Sud. Propos recueillis par Laurence Vasseur, le 26/06/2026
En Corée du Sud, les enfants grandissent dans une culture de la compétition scolaire qui laisse peu de place au repos et à la gratuité. Mère de famille et catéchiste dans le diocèse de Daejeon, Regina explique comment elle cherche à faire du catéchisme un lieu de rencontre avec un Dieu qui aime chacun tel qu’il est.

Comment êtes-vous devenu catéchiste ?
Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai fait du bénévolat au sein d’un groupe de jeunes en mission dans mon diocèse. J’y ai fait l’expérience de l’amour infini de Dieu pour moi, et à travers ces moments de gratitude où je Le chantais et le louais, la foi est devenue la partie la plus importante de ma vie.
Il y a trois ans, à l’époque où mes enfants allaient au jardin d’enfants, ils grandissaient et je voulais les aider à faire grandir leur foi. Je me demandais alors ce que je pourrais faire pour m’investir moi aussi à leurs côtés. C’est à ce moment-là que le vicaire de la paroisse et la religieuse m’ont proposé : « Aimerais-tu devenir catéchiste ? » Au début, face à cette invitation, j’ai un peu hésité en me disant : « Je suis insuffisante, que pourrais-je bien faire ? » Mais j’ai senti que Jésus voulait simplement que je sois là pour les enfants, telle que je suis. J’ai donc pris la décision de devenir catéchiste et j’ai commencé cette mission avec beaucoup de joie.
Comment se déroule concrètement un cours de catéchisme en Corée ?
En général, les cours de catéchisme ont lieu juste avant ou après la messe des enfants et la messe des jeunes (collégiens et lycéens) le dimanche. Bien que les horaires des messes varient légèrement d’une paroisse à l’autre, un temps spécifique est habituellement réservé avant ou après la célébration. Les cours se déroulent sous une forme participative où les enfants de l’école du dimanche écoutent et interviennent, soit tous ensemble, soit répartis par niveaux scolaires. Les catéchistes préparent ces séances en adaptant les enseignements de l’Église catholique et de la Bible à l’âge et au niveau des enfants, à travers des activités telles que la lecture, l’écriture ou le partage de la Parole de Dieu, mais aussi le dessin et le bricolage.
De plus, les catéchistes peuvent adapter le format des cours en fonction de l’année liturgique. On peut par exemple imaginer la préparation des fêtes de Pâques, de Noël ou du mois de Marie sous une forme plus festive. À titre d’exemple, pour la messe de Noël, les enfants peuvent préparer une pièce de théâtre pour illustrer l’Évangile, ou encore apprendre une chorégraphie dynamique pour les chants d’entrée et d’envoi.
Par ailleurs, selon l’initiative du prêtre, de la religieuse et des catéchistes, diverses autres activités peuvent être proposées, comme du bénévolat ou du « plogging » (ramassage des déchets tout en marchant ou en faisant du jogging).
Enfin, dans le cas des cours de préparation à la première communion, le contenu sur la foi catholique étant très dense, les enfants se rendent à l’église au moins deux fois par semaine pour suivre le catéchisme. Le calendrier détaillé de cette préparation reste toutefois propre à chaque paroisse.
Qui sont les enfants ou les jeunes que vous accompagnez ?
Actuellement, les enfants de l’école du dimanche que j’accompagne dans ma paroisse vont de la section des petits (6 ans) jusqu’à la fin de l’école primaire (CM2). Ce sont des enfants vraiment adorables et attachants.
Comment adaptez-vous votre pédagogie pour rejoindre des jeunes habitués à une forte pression scolaire et à la compétition ?
En Corée du Sud, les jeunes grandissent dans l’obsession des études, ce qui les soumet à une compétition scolaire féroce et à un stress permanent. Après les cours à l’école, ils doivent immédiatement enchaîner avec les “hakwons” (académies privées) et y étudier jusqu’à tard dans la nuit. C’est la condition sine qua non pour espérer intégrer les grandes universités voulues par leurs parents. Pour ces jeunes qui passent leurs journées assis à écouter des cours et à réviser, un catéchisme « axé sur l’expérience », où ils peuvent s’impliquer concrètement et physiquement, est devenu indispensable. Ils ont vraiment besoin d’un temps pour relâcher la pression, détendre un corps et un esprit crispés par le stress des études et le poids des attentes parentales, afin de rencontrer Dieu avec plus de sérénité et de liberté.
Dans notre paroisse, même si la base du catéchisme consiste à rester assis dans une salle pour écouter et écrire la Parole de Dieu, nous mettons en place, dès que nécessaire, des séances basées sur l’expérience concrète.
Nous proposons ainsi des rencontres de catéchisme sous des formes variées et ludiques : des actions de bénévolat pour les personnes marginalisées de notre quartier, du catéchisme écologique (sortir dans la nature environnante pour observer la Création), du « plogging » (ramassage des déchets), une kermesse du partage (un marché aux puces caritatif avec le don d’objets inutilisés), ou encore l’apprentissage de chants et de chorégraphies chrétiennes.

La pédagogie coréenne influence-t-elle votre manière de transmettre la foi ?
La compétition éducative féroce qui règne en Corée du Sud engendre des méthodes d’apprentissage par cœur et standardisées, et il semble que cela se reflète directement dans la manière de transmettre le catéchisme. En effet, les catéchistes eux-mêmes ont grandi dans ce système qui encourage la rivalité et l’uniformité, et ils reproduisent naturellement ce schéma durant leurs séances. Par conséquent, les enfants subissent parfois la pression de réussir un examen de catéchisme sous peine de ne pas pouvoir faire leur première communion ou recevoir le baptême s’ils n’ont pas bien mémorisé les prières. Cela peut aller jusqu’à leur laisser croire que s’ils n’y arrivent pas, ils ne sont pas dignes d’être aimés de Dieu.
Il me semble donc essentiel que les catéchistes, les premiers, se libèrent de ce perfectionnisme et de cette obsession de devoir toujours faire mieux que les autres ou de réussir à tout prix. L’objectif est de faire du catéchisme un temps de rencontre avec Dieu, un Dieu qui nous aime profondément, exactement tels que nous sommes. »
Y a-t-il des aspects du message chrétien qui résonnent particulièrement avec la culture coréenne ?
Oui, j’ai pensé par exemple à la culture coréenne du “même plat partagé”. Chez nous, on pose un plat — par exemple, une soupe ou un ragoût (jjigae) — au milieu de la table pour le manger ensemble. C’est d’ailleurs pour cela que nous utilisons le mot shikgu (식구) pour dire “membre de la famille”, mot qui signifie littéralement : une personne qui vit sous le même toit et partage les mêmes repas.
“Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous.” Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » (Luc 22,17.19)
Cette tradition coréenne ressemble beaucoup à l’Eucharistie instituée par Jésus. Cette scène de l’Évangile où Jésus et ses disciples sont réunis pour partager un seul et même pain, où chacun communie au même Corps du Christ – peu importe sa fortune ou son rang social -, a profondément touché le peuple coréen – les tout premiers chrétiens d’ici – qui portait encore les blessures du système des castes.
De plus, en Corée, la famille est une valeur véritablement sacrée. Cela se traduit par le désir profond de fonder un foyer à l’image de la Sainte Famille, portée par saint Joseph, la Vierge Marie et Jésus.
Parallèlement, l’obéissance de Jésus-Christ à la volonté de Dieu le Père résonne parfaitement avec la culture traditionnelle coréenne du Hyo (la piété filiale). Hyo (효 / 孝) : le fait de respecter et d’honorer ses parents et ses aînés.
Enfin, notre culture de respect envers les anciens et notre attachement aux règles de politesse sont des valeurs qui s’harmonisent elles aussi très naturellement avec la foi.
À l’inverse, certains points sont-ils plus difficiles à transmettre ou à faire comprendre ?
Je pense qu’enseigner la logique de Dieu, qui est à l’opposé totale de la logique du monde, est sans doute la tâche la plus difficile.
À notre époque où l’argent est roi, où les guerres n’en finissent pas, et où l’intelligence artificielle ainsi que les technologies menacent de dominer l’homme au détriment de sa dignité, l’Évangile de Jésus-Christ semble lui-même menacé. De surcroît, la Corée du Sud est plongée dans une culture de la performance et de la compétition, une atmosphère sociale où l’on se répète qu’il faut être meilleur que les autres pour survivre et posséder toujours plus pour réussir sa vie. C’est pourquoi les jeunes en viennent à percevoir leurs camarades comme des rivaux plutôt que comme des amis avec qui partager de l’amour et de l’amitié. C’est à ce prix, pensent-ils, qu’ils intégreront une meilleure université et gagneront plus d’argent.
Quand on regarde nos enfants, ils mènent une vie d’efforts incessants. À un âge où ils devraient courir et s’amuser, les terrains de jeux sont déserts. Dès la sortie de l’école, ils sont attendus par une succession de hagwons : cours de coréen, d’anglais, de mathématiques, de sciences, d’écriture de dissertations, et la liste est longue. Ils marchent d’un pas lourd, courbés sous le poids de leurs énormes cartables, les yeux rivés sur leur smartphone.
Un mécanisme de compensation s’installe alors dans leur esprit : « J’ai travaillé si dur, j’ai droit à ma récompense, je mérite de posséder tout cela ! » Face à de tels enfants, il devient extrêmement difficile de leur faire comprendre pourquoi il faudrait partager ce que l’on possède avec les plus démunis et les marginalisés, et pourquoi il faudrait les aimer.
Comment peuvent-ils comprendre et accepter cette parole de Jésus : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers » (Matthieu 20, 16) ? C’est une logique divine qui échappe complètement aux critères et à la rationalité du monde. Dans le Royaume de Dieu, les notions terrestres de succès et de récompense sont totalement inversées.
S’abaisser, servir les autres avec humilité, partager le peu que l’on a… Ces valeurs sont considérées par la société comme ce qu’il y a de plus inutile, et pourtant, ce sont les plus précieuses aux yeux de Dieu.
« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » (Matthieu 22, 37) « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22, 39)
À commencer par moi, je dois abandonner mon entêtement et mon orgueil. Je prie pour savoir me faire plus petite, plus humble, et je désire graver à nouveau, au plus profond de mon cœur, cet enseignement que Jésus nous a laissé.
Selon vous, qu’est-ce que la foi chrétienne peut apporter à des jeunes Coréens aujourd’hui ?
J’habite à Daejeon, une ville de Corée du Sud connue pour sa grande boulangerie nommée « Sungsimdang » (Boulangerie du Sacré-Cœur). Récemment, j’ai visité l’exposition organisée pour le 70e anniversaire de sa fondation. J’ai été profondément touchée par les textes et les photos qui y étaient présentés : ils retraçaient l’histoire de cette boulangerie depuis ses débuts — lorsqu’elle a démarré dans une période difficile, après la guerre de Corée en 1950, grâce à deux sacs de farine donnés par la paroisse de Daeheung-dong — jusqu’à sa philosophie de gestion actuelle, qui désire placer Dieu au tout premier plan.
Le propriétaire de cette boulangerie applique à la lettre cette parole de l’Évangile : « Donnez, et l’on vous donnera. » (Luc 6, 38). C’est un homme qui distribue sans compter du pain aux personnes marginalisées et aux sans-abris de son quartier. J’ai eu le sentiment que le miracle de la multiplication des pains, par lequel Jésus a nourri cinq mille personnes, se reproduisait ici même, à Daejeon.
Notre époque est d’une telle abondance matérielle ici ; moi-même, je possède tellement de choses. La génération de nos adolescents, elle aussi, vit dans le confort sans manquer de rien d’essentiel. Pourtant, Jésus est venu dans le monde pour servir, sous les traits d’un homme pauvre, au milieu des plus petits et des plus humbles.
Je prie de tout mon cœur pour que nos jeunes accueillent l’Évangile du Christ afin que, le jour où ils croiseront des personnes matériellement ou spirituellement pauvres, petites et marginalisées, ils ne passent pas leur chemin. Qu’ils trouvent le courage d’agir et de leur tendre une main, même modeste.
J’aimerais vous demander d’unir vos prières aux miennes pour nos jeunes, eux qui sont notre espérance.