Corée du Sud

Quand la foi devient une force pour enseigner

Rosa, enseignante en Corée. © DR
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Enseignante en Corée du Sud depuis plus de vingt ans, Rosa Lee Kyung-Min a été confrontée à la violence scolaire, aux conflits et à la souffrance des collègues. Elle témoigne de sa foi catholique qui lui a permis de rester fidèle à sa vocation de professeure.

On dit que la série dramatique coréenne « Que ça vous serve de leçon ! » (True Education) est très populaire sur Netflix ces temps-ci. Bien qu’il y ait une part d’exagération, elle semble faire le buzz dans le monde entier parce qu’elle fait écho à des situations bien réelles. En tant qu’enseignante depuis vingt-deux ans, j’ai moi-même vécu des expériences qui ressemblent parfois à celles que l’on croit réservées aux séries télévisées. Parmi elles, il en est une que je n’ai jamais oubliée. À l’époque, je venais d’être nommée dans un collège et j’étais une jeune enseignante débutante. Des élèves difficiles avaient menti pour dissimuler leurs fautes. Croyant aveuglément leurs enfants, leurs mères ont débarqué dans le bureau du directeur en exigeant des explications et en élevant la voix contre moi.

En cherchant simplement à établir la vérité, j’ai dû subir des remarques blessantes qui relevaient de l’attaque personnelle. Pour prouver mon innocence, j’ai même été contrainte de demander à d’autres élèves de témoigner, ce que j’ai vécu comme une profonde humiliation.

Finalement, il a été établi que les deux élèves avaient menti. Pourtant, leurs parents ne m’ont jamais présenté d’excuses. Au contraire, ils ont multiplié les menaces et les reproches pour éviter d’affronter le véritable problème. Quant au directeur, il m’a subtilement encouragée à m’excuser auprès des parents, comme si cet incident était dû à mon manque d’expérience.

Et qu’en a-t-il été de ces deux élèves ? L’un d’eux m’a demandé pardon en disant : « J’ai fait ça parce que j’avais peur que ma mère me gronde et me punisse encore plus si je disais la vérité ». L’autre m’a dit d’un air désinvolte : « En fait, je vous aime bien, Madame. Je vais dire du bien de vous à ma mère ».

Ce jour-là, après le travail, je suis allée directement à l’église. Après avoir longuement prié devant le Saint-Sacrement, je suis entrée dans le confessionnal. « Rosa, tu as dû te sentir profondément blessée par cette injustice. Mais pense à Jésus. Lui aussi a été trahi par l’un de ses disciples et livré aux autorités. Si tu offres aujourd’hui ta souffrance au Seigneur, ce sera la plus belle des prières. »

C’est grâce à ces mots que le prêtre de ma paroisse m’a adressés à ce moment-là que je suis celle que je suis aujourd’hui. Et c’est grâce à la prière du Chemin de Croix, que j’ai récitée en pleurant toutes les larmes de mon corps, que j’ai trouvé la force de rester dans l’enseignement depuis 22 ans.

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Une profession de plus en plus fragilisée

Bien que les atteintes aux droits des enseignants soient devenues un sujet de société après le suicide d’une institutrice de l’école primaire de Seoi en 2023, la réalité du terrain n’a guère changé.

Cette même année, dans une école voisine de celle où je travaillais, un enseignant a été poignardé par un élève et s’est retrouvé entre la vie et la mort. Puis, en 2025, un autre enseignant a perdu la vie après avoir été attaqué par un jeune élève. Ces drames se sont produits dans la région où je vis et ont fait la une des médias nationaux.

Il n’y a pas besoin de chercher bien loin. Depuis que j’ai commencé à enseigner en 2005, deux collègues de mon entourage se sont donné la mort. Aujourd’hui, si un enseignant réveille un élève qui dort en classe, il risque d’être accusé de « violation des droits de l’homme ». S’il s’interpose face à un élève violent ou perturbateur, il est menacé de poursuites pour « maltraitance sur mineur ». À force de voir leur autorité contestée et leurs droits remis en cause, de nombreux enseignants perdent confiance en eux et sombrent dans la dépression.

Lorsque je regarde mon parcours, je repense à toutes les épreuves traversées. Parfois, je me considère comme une survivante. Dans mon cas, le secret de ma survie, c’est Jésus.

À la suite du Christ, notre Maître, je m’efforce d’aimer mes élèves jusqu’au bout. Dans la prière, je confie mes difficultés au Seigneur et je m’appuie sur Lui. Je cherche aussi à trouver la force et la sagesse nécessaires pour soutenir les jeunes collègues et tous ceux qui traversent des épreuves semblables aux miennes.

Même avec la foi catholique, certaines situations restent très lourdes à porter. Mais chaque fois, je remercie le Ciel pour cette foi qui me permet de tenir bon.

C’est pourquoi je prie tout particulièrement pour les enseignants qui souffrent : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. »

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