Malaisie

Lazarus Anthony, diacre permanent : « Sainte-Anne de Penang est pour moi l’Église comme mère et famille »

Le diacre permanent Lazarus Anthony Jonathan, 69 ans, lors du Congrès missionnaire asiatique à Penang en novembre 2025. Le diacre permanent Lazarus Anthony Jonathan, 69 ans, lors du Congrès missionnaire asiatique à Penang en novembre 2025. © Diocèse de Penang
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La fête de Sainte-Anne de Penang, le plus grand pèlerinage catholique de Malaisie, vient d’avoir lieu le dimanche 26 juillet. Elle se déroule chaque année dans la Basilique mineure Sainte-Anne de Bukit Mertajam, dans l’État malaisien de Penang. À cette occasion, l’administrateur du sanctuaire, le diacre permanent Lazarus Anthony Jonathan, 69 ans, marié et père de famille, se confie sur son ministère, sa spiritualité et la vie de l’Église en Malaisie.

Lazarus Anthony Jonathan, né en 1956 à Butterworth (Penang, Malaisie), est administrateur de la basilique Sainte-Anne de Bukit Mertajam et coordinateur du diaconat permanent du diocèse de Penang.

Marié et père de famille, il a été ordonné diacre le 6 juillet 2016, dans un continent qui compte encore peu de diacres permanents. Il est le deuxième de l’histoire de son diocèse. Très engagé depuis plusieurs décennies dans la vie de l’Église locale et régionale, il a notamment été formé au Collège Général de Penang.

Il se confie après dix ans de service, alors que la basilique Sainte-Anne de Penang vient de célébrer sa fête annuelle, le 26 juillet. Il se dit particulièrement inspiré par le témoignage du diacre et martyr saint Laurent et par l’exemple du Christ serviteur.

Vous êtes administrateur de la basilique Sainte-Anne de Penang, dont vous venez de célébrer la fête ce dimanche 26 juillet. Pouvez-vous décrire ce sanctuaire et son importance pour l’Église en Malaisie ?

Le sanctuaire Sainte-Anne de Bukit Mertajam est une maison spirituelle très importante pour moi. C’est là que Maria et moi avons reçu le sacrement du mariage, le 4 novembre 1989. C’est aussi la communauté paroissiale qui m’a soutenu, qui a prié pour moi, et qui s’est réjouie avec moi lors de mon ordination diaconale pour le diocèse de Penang, le 6 juillet 2016. Les paroissiens de Sainte-Anne, le conseil pastoral de la paroisse et le comité d’organisation de l’ordination se sont donnés généreusement pour que ce jour puisse être non seulement un moment personnel mais une célébration pour toute l’Église locale.

J’étais responsable de l’administration du sanctuaire quand le Vatican a décerné officiellement le statut de basilique mineure à l’église Sainte-Anne, le 5 septembre 2019. Le 9 mai 2026, le gouvernement de l’État de Penang a également reconnu officiellement la fête de sainte Anne comme patrimoine culturel immatériel, marquant une étape historique pour la communauté catholique et le paysage culturel de l’État de Penang et de la Malaisie.

Pour l’Église en Malaisie, Sainte-Anne est un lieu de pèlerinage, de prière et d’appartenance. Le fait que des gens de toutes langues et origines s’y rassemblent reflète le visage de l’Église catholique en Malaisie : diverse, résiliente et enracinée dans la dévotion. Pour moi, intimement, Sainte-Anne représente l’Église comme mère et famille. C’est là que la foi est célébrée, que les épreuves sont confiées, que les vocations sont encouragées et que les gens ordinaires découvrent que Dieu est proche d’eux. Ma vie et mon ministère ne peuvent être séparés de la grâce que j’ai reçue à travers cette communauté.

Lazarus Anthony Jonathan, vous avez fêté le 10e anniversaire de votre ordination diaconale le 6 juillet. Comment a évolué votre engagement dans l’Église en Malaisie et en Asie ?

Mon chemin de foi a commencé presque au début de ma vie. Avec le recul, j’ai compris que l’œuvre patiente et fidèle de Dieu en moi a débuté le jour de mon baptême. Peu à peu, à travers les sacrements, l’Église est devenue la maison au sein de laquelle ma foi, ma personnalité et mon sens du service ont été formés.

Dès l’âge de 20 ans, à partir de l’année 1976, je me suis engagé activement dans la paroisse de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie de Butterworth, puis dans celle de Sainte-Anne de Bukit Mertajam en 1983. Ces deux paroisses dépendent du diocèse de Penang. L’Église a toujours été centrale dans ma vie ; c’est là que j’ai appris à prier, à servir, à travailler aux côtés des prêtres et à comprendre les besoins des gens ordinaires.

Mes différents engagements, entre les Communautés ecclésiales de base, l’évangélisation, la formation paroissiale et le travail pastoral, m’ont aidé à comprendre que la vie de foi doit être proche des gens, en particulier des pauvres, des malades et des familles.

La question du diaconat permanent n’est pas apparue soudainement, mais progressivement, après de nombreuses années de service, de prière et de discernement. En décembre 2014, après les encouragements de plusieurs prêtres et diacres permanents, j’ai commencé à discerner l’appel plus sérieusement. Ce n’était pas une décision solitaire. J’ai consulté ma famille, j’ai beaucoup prié et j’ai demandé au Seigneur s’il m’appelait à continuer de servir d’une nouvelle manière. La parole de Jésus, « Je suis venu non pas pour être servi mais pour servir », a guidé ma réponse.

Pour mieux comprendre votre spiritualité, y a-t-il un saint ou un diacre qui vous inspire particulièrement ?

Saint Laurent, diacre et martyr, est une source d’inspiration particulière pour moi. Je l’admire dans ses trois amours : pour Dieu, pour son évêque (le pape Sixte II) et pour les pauvres. Quand il lui a été demandé de livrer les trésors de l’Église, saint Laurent a présenté les aveugles, les estropiés, les pauvres, les orphelins et les souffrants, en déclarant que ce sont les trésors de l’Église. Cette histoire résonne profondément au cœur du diaconat. Un diacre doit apprendre à voir les pauvres non pas comme un poids, mais comme un trésor confié à l’Église.

L’image de Jésus lavant les pieds de Ses disciples est aussi centrale dans ma spiritualité. Le lavement des pieds est un signe d’humilité et de service. Jésus, bien que Seigneur et Maître, a pris la place d’un serviteur. C’est le modèle que je désire suivre. C’est un examen de conscience quotidien. Cela m’interpelle sans cesse : est-ce que je suis capable de m’abaisser, d’écouter, de pardonner, d’accompagner et de servir avec joie ? Si ma vie comme diacre peut aider les autres à reconnaître le Christ serviteur, alors j’aurai reçu plus que ce que je pourrai jamais donner.

Qu’est-ce que qu’un diacre permanent ? Vous dites que c’est un cheminement qui a été vécu en famille…

Un diacre est un ministre ordonné de l’Église ; un clerc appelé à être serviteur d’une manière particulière. Le mot « diacre » vient du grec « diakonos », qui signifie serviteur. Le diaconat permanent n’est pas une version diminuée du sacerdoce, mais une vocation distincte qui a sa propre grâce et responsabilité. Un diacre assiste l’évêque et les prêtres en tant que ministre de la Parole, de l’autel et de la charité. Il proclame l’Évangile, assiste l’Eucharistie, distribue la Sainte Communion, baptise, célèbre les mariages lorsqu’il est délégué par le curé, préside certaines prières et bénédictions, apporte le viatique aux mourants, préside les rites funéraires et mène des œuvres de charité au nom de l’évêque.

Dans mon propre parcours, j’ai étudié au Collège Général de Penang comme étudiant externe de 2013 à 2015. J’ai eu la grâce d’assister à des cours de philosophie et d’Écriture sainte qui ont approfondi mon amour du Seigneur et de Son Église. Mais la formation ne transmet pas seulement des connaissances ; il s’agit aussi de se convertir, d’apprendre à prier et à obéir, afin de façonner sa propre vie à l’image du Christ qui a lavé les pieds de ses disciples.

Pour un diacre permanent marié, cette mission est vécue avec son épouse et sa famille. Ma femme, Maria, fait partie de ce cheminement d’une façon très concrète. Le jour de mon ordination, c’est elle qui a apporté la dalmatique et l’étole. Son amour patient, son soutien généreux et ses constants encouragements m’ont porté afin de servir mieux. Mes enfants, Monica, Fabian, Jessica et Jonathan, ont aussi apporté leur soutien, bien qu’avec des réserves compréhensibles. Leur amour me rappelle que le premier témoignage d’un diacre doit commencer à la maison.

Comment votre vie précédente marque-t-elle votre mission aujourd’hui ?

Avant de devenir diacre, j’ai travaillé dans la vie civile durant de nombreuses années. Dans le secteur public de 1975 à 1996, puis dans le privé de 1996 à 2012. Ces années n’étaient pas séparées de ma vie de foi. Elles m’ont appris la discipline, la responsabilité, la patience et l’importance de servir discrètement et fidèlement. Cela m’a aussi aidé à comprendre la pression quotidienne supportée par les travailleurs et les familles.

Ma vie professionnelle influence mon ministère parce qu’elle m’aide à rester enraciné. Je sais ce que cela signifie de concilier le travail, la vie de famille, les engagements paroissiaux, la maladie, le deuil et les responsabilités. Mon expérience de mort imminente en 2005, et la façon dont Maria s’est occupée de moi et de notre famille durant ce passage difficile, ont aussi approfondi ma compassion envers ceux qui souffrent. Le ministère ne se limite pas à ce qui se vit dans l’Église, mais aussi la capacité à rencontrer les gens dans la réalité de leur vie quotidienne, et de leur apporter la tendresse du Christ. En ce sens, ma profession séculière et mes expériences personnelles ont fait partie de ma préparation au diaconat.

Quelles sont vos principales responsabilités ? Quelles sont vos plus grandes satisfactions et difficultés comme diacre en Malaisie ?

Mes responsabilités comme diacre sont enracinées dans le service. Le rite d’ordination rappelle au diacre qu’il doit exprimer par l’action ce qu’il proclame par la parole. C’est une responsabilité à la fois sérieuse et belle. À Penang et en Malaisie, mon ministère est particulièrement façonné par la vie paroissiale et le développement communautaire.

Mes années à Sainte-Anne de Bukit Mertajam et dans le diocèse de Penang m’ont amené à aimer les Communautés ecclésiales de base, l’évangélisation et l’accompagnement pastoral. J’ai aussi vécu des expériences pastorales plus larges, notamment lors d’un séminaire sur la nouvelle image de la paroisse à Manille (Philippines), lors d’un atelier sur l’approche pastorale intégrale asiatique à Nagpur (Inde), ou encore à l’occasion du premier congrès missionnaire asiatique à Chiang Mai (Thaïlande).

Ces expériences m’ont aidé à prendre conscience que l’Église est non seulement une structure, mais une communion vivante appelée à la mission. Ma plus grande joie est de servir le Seigneur et son peuple. Il y a beaucoup de joie à servir l’autel, à proclamer la Parole, à visiter les souffrants et les prisonniers, à encourager une famille, ou simplement à être présent pour ceux qui ont besoin d’un cœur qui écoute.

Le plus grand défi est de rester humble, fidèle et équilibré. Un diacre doit servir sans chercher de reconnaissance, il doit faire preuve d’obéissance et il ne doit pas laisser le ministère fragiliser sa vie familiale. Le défi est de toujours garder le Christ au centre et de me souvenir que je ne suis pas appelé à être servi, mais à servir.

Il y a encore peu de diacres permanents en Asie. Est-ce aussi le cas en Malaisie ?

Dans notre Église locale, le diaconat permanent est une réalité encore récente mais précieuse. Durant mon ordination, le premier diacre permanent du diocèse de Penang, Clément Samuel, a dit qu’il rendait grâce à Dieu d’offrir au diocèse un autre diacre permanent pour servir le Seigneur. Comme nous sommes peu nombreux, chaque nouvelle vocation est reçue avec gratitude.

Ici, le diaconat est connu, mais peut-être pas encore pleinement compris par de nombreux fidèles. Beaucoup perçoivent encore le diacre uniquement à travers ses fonctions liturgiques, au lieu de comprendre son identité plus profonde comme un signe du Christ serviteur.

Le défi est d’encourager les vocations en aidant les familles et les paroisses à comprendre que le diaconat permanent est une vocation à part entière. Pour les hommes mariés, le discernement doit inclure leur femme et leur famille, parce que c’est une vocation qui touche tout le foyer. Un autre défi est de former des hommes qui ont déjà un travail, une responsabilité familiale et une vie paroissiale.

Mais il y a aussi des avantages. Un diacre permanent marié apporte à son ministère l’expérience de la vie familiale et professionnelle d’un homme ordinaire, avec ses souffrances, ses responsabilités, ses luttes… Si nous présentons le diaconat comme un appel à servir humblement plutôt que comme un statut, je pense que beaucoup d’hommes pourraient entendre l’appel.

Quelle est la situation des vocations en Malaisie ? À Penang, vous êtes particulièrement marqué par l’histoire du Collège Général, aussi appelé le « Collège des Martyrs »…

Les vocations sacerdotales constituent aujourd’hui un défi pastoral en Malaisie, mais elles sont aussi porteuses d’espoir. Bien que les vocations se maintiennent, l’Église locale manque de prêtres. De nombreux prêtres âgés partent à la retraite alors que la population catholique continue de croître. Dans les neuf diocèses du pays, on compte environ 85 séminaristes, ce qui est insuffisant pour répondre aux immenses besoins de la communauté. À Penang, le Collège Général a une place très particulière dans l’histoire des vocations. C’est une grâce pour moi d’y avoir passé du temps comme étudiant externe. Le recteur de l’époque disait que cette formation façonnait non seulement l’esprit, mais aussi le cœur.

Le Collège Général porte la mémoire du sacrifice, de la mission et de la fidélité des martyrs. La litanie prononcée lors de mon ordination invoquait saint Philippe Minh et les martyrs du Collège, nous rappelant que l’Église de cette région a été nourrie par des témoins qui ont tout donné pour le Christ. Un tel héritage devrait éveiller en nous la gratitude et le courage. Il rappelle à chaque vocation que le service n’est pas une question de confort, mais d’amour fidèle.

(Propos recueillis par Ad Extra)

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