Vietnam

Nouvel An lunaire : de plus en plus de jeunes vietnamiens évitent le festival du Têt pour des raisons économiques

Des jeunes rentrent chez eux pour célébrer le festival du Têt, le 5 février dans une gare de Hué, dans le centre du Vietnam. Des jeunes rentrent chez eux pour célébrer le festival du Têt, le 5 février dans une gare de Hué, dans le centre du Vietnam. © Ucanews
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Le Nouvel An vietnamien ou festival du Têt a débuté le 8 février, pour atteindre son apogée le 10 février. Une période de sept jours qui représente la plus grande période de vacances au Vietnam, et qui voit traditionnellement des millions de migrants internes rentrer chez eux pour les réunions familiales, entre retour aux sources et culte des ancêtres. Pour les catholiques, c’est une occasion de célébrer une messe pour les défunts de la famille. Mais de plus en plus d’habitants sont affectés par les contraintes économiques liées à cette période.

Pour les jeunes au Vietnam, le festival du Têt (le Nouvel An vietnamien) est moins devenu une occasion de joie qu’un poids économique, ce qui vient menacer la transmission d’un savoir culturel et des mémoires collectives aux futures générations. Michael Tran Ngoc Duy, âgé de 26 ans, n’est pas le premier à éviter les réunions familiales à cause des pressions économiques croissantes durant le festival.

Michael fait partie du personnel d’étage d’un hôtel de la province côtière de Thua Thien Hue, dans le centre du pays. Il a décidé de compter sur la haute saison hôtelière suscitée par le festival populaire, qui a débuté le 8 février. Cette année marque l’année du Dragon pour le Nouvel An vietnamien, et le festival a atteint son apogée le 10 février. Selon Michael Duy, il est mieux payé durant le festival de sept jours, qui représente la plus grande période de vacances pour le pays communiste.

« Ma priorité est de garder une bonne santé et de gagner de l’argent, plus que de participer aux réunions familiales », indique-t-il, en ajoutant que beaucoup de gens de sa ville natale ont également décidé de travailler durant les fêtes. Il a déjà envoyé de l’argent à sa famille qui réside dans la province de Ha Tinh, dans le Nord, afin de l’aider à célébrer le festival – toujours marqué par le retour aux sources, la famille et le culte des ancêtres. Il a aussi demandé au curé de sa paroisse d’origine de célébrer une messe pour ses ancêtres en signe de gratitude.

De plus en plus d’habitants ne se déplacent plus durant le festival du Têt

Selon les médias officiels vietnamiens, de plus en plus d’habitants ne se déplacent plus dans leur région natale durant le festival du Têt pour des raisons économiques. Dans le pôle industriel de Vinh Duong, 450 000 personnes ont choisi de continuer de travailler en 2023, soit une hausse de 50 % par rapport à 2021. À Hô-Chi-Minh-Ville (Saïgon), qui représente un vaste pôle financier dans le Sud, près d’un million d’habitants se sont enregistrés pour travailler durant le festival du Têt de 2022, soit 30 % de plus que l’année précédente, selon le département des Affaires sociales du gouvernement vietnamien.

Michael Duy confie que les célébrations du Têt sont devenues de plus en plus chères et que les gens ont tendance à préférer rester chez eux plutôt que de rentrer dans leur famille. Pour la nourriture, selon la tradition, on prépare du banh chung (des gâteaux de forme carrée à base de riz gluant, enveloppés dans des feuilles de dong, et farcis de viande de porc, de graines de haricots mungo, des petits oignons et de poivre noir) et on rend visite aux tombes des ancêtres en signe de gratitude. « La dernière fois, j’ai dû emprunter de l’argent à des amis quand je suis retourné travailler », explique Michael.

Pour Marie Nguyen Thi Nhu Hong, qui travaille comme employée de maison pour une famille de la province de Thua Thien Hue, c’est la troisième fois consécutive cette année qu’elle doit manquer les retrouvailles familiales durant le festival. « J’ai appelé mes parents pour leur demander qu’ils me permettent de rester ici », confie Marie, âgée de 25 ans. Elle évoque une autre question : pour les parents et les proches, ces réunions familiales sont une occasion de pousser leurs jeunes à se marier. Pour Marie, ce genre de réprimandes est courant dans les campagnes vietnamiennes. Dans certains cas, elle assure que la pression est intense. Marie Hong explique qu’elle ne veut pas retourner chez elle parce qu’elle subit souvent cela, d’autant plus que ses amies au village sont mariées et ont des enfants.

« C’est la première fois que je suis loin de chez moi durant cette période »

Tram Anh, une étudiante d’une université de Hô-Chi-Minh-Ville, explique par ailleurs que les coûts des transports ont augmenté et qu’elle a décidé pour cette raison de travailler dans un café local. Ces dernières années, les voyages durant le festival du Têt sont devenus de plus en plus populaires au Vietnam, et cette tendance représente pour elle des opportunités. « Je peux gagner six millions de dongs [228 euros] durant le festival », précise cette étudiante de la province de Nghe An, dans le Nord.

Toutefois, Tram Anh, âgée de 18 ans, et dont les parents sont fermiers, reconnaît qu’elle se sent seule. « C’est la première fois que je suis loin de chez moi durant cette période. Mais je n’ai pas le choix. » Le père Augustin Nguyen Van Du, spécialiste de la pastorale du mariage, comprend tout à fait que des jeunes se fassent un peut d’argent durant cette période festive. Il estime qu’ils peuvent visiter leurs proches après le festival.

Ngo Huu Khang, un nonagénaire de confession confucéenne et originaire de la province de Thua Thien Hue, explique quant à lui que le Nouvel An lunaire est un temps sacré de retrouvailles intenses entre proches. « Les gens doivent respecter leurs aînés et montrer leur gratitude envers les défunts », souligne-t-elle. C’est pourquoi il souhaiterait que ceux qui vivent et qui travaillent loin de chez eux puissent rentrer durant cette période. Pour lui, dans le cas contraire, ce serait manque de respect à la tradition nationale. De son côté, le père Van Du invite les jeunes à ne pas perdre leurs coutumes traditionnelles. « Il est important que les jeunes maintiennent les traditions nationales et familiales afin d’aider à enrichir et équilibrer la vie quotidienne », ajoute le prêtre de 74 ans.

(Avec Ucanews)