La guerre civile en Birmanie, avec plus de 100 000 morts en cinq ans, est le conflit le plus meurtrier en Asie
Près de cinq ans après le coup d’État de 2021, la guerre civile en Birmanie a fait plus 100 000 victimes, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier en Asie.
© Mil.ru / CC BY 4.0
Le 02/07/2026
Mercredi 1er juillet, l’ONG Acled (Armed Conflict Location and Event Data), une organisation de référence en matière de collecte et d’analyse de données sur les conflits, a publié de nouveaux chiffres sur le conflit en Birmanie. Ils confirment l’échec de la junte militaire à restaurer la stabilité après le coup d’État de février 2021. Dans ce contexte, Pékin veut redémarrer la construction du barrage de Myitsone et le régime birman continue de rejeter les sollicitations de l’Asean concernant Aung San Suu Kyi.
Plus de cinq ans après le coup d’État militaire de février 2021, le bilan des victimes de la guerre civile en Birmanie s’élève à plus de 100 000 décès, tous camps confondus, selon les derniers chiffres de l’ONG américaine Acled (Armed Conflict Location and Event Data), qui recueille des données sur les conflits violents dans plus de 240 pays et territoires.
À ce jour, au moins 100 114 personnes ont été tuées depuis la prise du pouvoir par la junte militaire sous l’autorité du général Min Aung Hlaing, aujourd’hui président. Ce bilan fait de la guerre civile birmane le conflit le plus meurtrier d’Asie. Ce chiffre contredit l’engagement de l’armée à restaurer la stabilité après le renversement du gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi et après l’organisation d’élections controversées début 2026.
Selon les Nations unies, plus de 3,7 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées, tandis que plus d’un résident sur cinq souffre de grave insécurité alimentaire. Malgré cela, les avions de la junte continuent de cibler des villages, des écoles et des lieux de culte, en particulier dans les régions de Sagaing, Magway, Chin, Kachin et Rakhine, où l’armée tente de reprendre les territoires occupés par les forces rebelles.
L’Acled a enregistré plus de 1 200 groupes armés distincts prenant part à la guerre civile, considérée comme « le conflit le plus fragmenté au monde ». En plus des milices ethniques armées, établies de longue date, les Forces de défense populaires (PDF) ont été créées après le coup d’État, avec plusieurs centaines de bataillons fidèles au Gouvernement d’unité nationale (NUG) en exil.
Les intérêts de Pékin en Birmanie
Ces derniers mois, toutefois, la situation militaire semble avoir basculé une fois de plus en faveur de la junte, en partie grâce au soutien politique renforcé de la Chine et aux accords de cessez-le-feu promus par Pékin avec plusieurs milices ethniques. L’influence chinoise continue aussi de se faire sentir dans la sphère économique, principal domaine d’intérêt de Pékin en Birmanie.
Selon des sources gouvernementales citées par Reuters, le régime militaire prévoit de reprendre et de terminer la construction du barrage controversé de Myitsone, dans l’État Kachin, d’ici quelques années – un projet d’une valeur d’au moins 3,6 milliards de dollars US, financé par la Chine et suspendu en 2011 à la suite d’importantes manifestations.
Le barrage serait construit à la confluence des fleuves Mali et N’Mai (Myitsone, မြစ်ဆုံ, signifie « là où les deux fleuves se rencontrent » ou « confluence » en birman), où ils deviennent l’Irrawaddy, le fleuve le plus important du pays. D’une capacité de 6 gigawatts, il deviendrait l’un des plus grands projets hydroélectriques en Asie du Sud-Est. Cependant, près de 90 % de l’énergie électrique produite serait exportée en Chine.
Les opposants au projet signalent le risque de submerger une zone qui fait presque la taille de Singapour. Des lieux considérés comme sacrés par le peuple Kachin sont menacés d’être submergés, et plusieurs milliers d’habitants risquent d’être déplacés – une pratique que la Chine a déjà utilisée au Tibet.
La question a été soulevée lors de la visite récente de Min Aung Hlaing en Chine. Les autorités birmanes assurent que les technologies chinoises permettront de réduire les risques environnementaux et sismiques. Ces affirmations restent difficiles à croire après le séisme dévastateur qui a frappé la Birmanie en mars 2025.
Près de 50 organisations locales ont déjà appelé à annuler totalement le projet, en soulignant que les populations locales n’en bénéficieront pas et qu’il ne fera qu’endommager l’environnement.
Le sort d’Aung San Suu Kyi toujours incertain
Par ailleurs, le gouvernement birman a rejeté les sollicitations de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est), qui souhaitait une rencontre entre son envoyé spécial et Aung San Suu Kyi, la dirigeante élue démocratiquement, renversée en 2021 et toujours placée en détention à domicile, aujourd’hui âgée de 81 ans. Malgré les affirmations de la junte, son fils, Kim Aris, a répété maintes fois qu’il n’avait reçu aucune preuve crédible concernant le sort de sa mère. « Les seules nouvelles que nous avons entendues, c’est que sa santé empirait », a-t-il confié depuis Londres.
(Avec Asianews)