La Malaisie appelée à faire pression sur le président birman pour qu’il mette fin aux violations des droits de l’homme
Des Rohingyas coincés sur le pont d’un bateau de passeurs abandonné dérivant dans la mer d’Andaman en 2015.
© HCR/Christophe Archambault
Le 09/10/2026
Le président birman Min Aung Hlaing, ex-général de la junte militaire birmane, est arrivé mercredi 7 octobre en Malaisie pour discuter avec le Premier ministre Anwar Ibrahim du rapatriement de milliers de citoyens birmans. Cette opération a déjà été lancée par Kuala Lumpur ces dernières semaines, malgré les recommandations contraires des Nations Unies et des organisations de défense des droits humains. Pour le gouvernement malaisien, cette visite offre « l’occasion de maintenir son dialogue direct avec la Birmanie ».
Min Aung Hlaing est arrivé à Kuala Lumpur le 7 octobre pour une visite d’État de deux jours, la Malaisie souhaitant sa coopération pour renvoyer des milliers de réfugiés rohingyas en Birmanie. À l’occasion de la visite de l’ex-général de la junte militaire birmane, aujourd’hui président, l’organisation internationale Human Rights Watch a appelé le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim à faire pression afin que la Birmanie mette fin aux violations des droits de l’homme dans le pays d’Asie du Sud-Est, toujours en guerre.
Le gouvernement malaisien est exhorté à renoncer à ses projets de renvoi forcé des Rohingyas et d’autres personnes originaires de Birmanie, où ils sont victimes de persécution et d’autres violations de leurs droits, selon le communiqué publié le 7 octobre par HRW. Le 29 septembre, les autorités malaisiennes ont expulsé environ 1 500 ressortissants birmans, en coordination avec les autorités de la junte.
« C’est une invitation à de nouveaux abus »
Il s’agissait du premier groupe d’une série de renvois progressifs. « L’invitation lancée par le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim à Min Aung Hlaing pour coordonner le retour forcé des personnes ayant fui les atrocités militaires en Birmanie est une invitation à de nouveaux abus », a déclaré Elaine Pearson, directrice Asie de HRW. « Le gouvernement malaisien, qui assure depuis des décennies la protection des Rohingyas et d’autres réfugiés de Birmanie, devrait mettre un terme à tout nouveau retour de migrants et exhorter le chef de la junte à cesser les exactions qui ont poussé des millions de personnes à quitter le pays. »
Il s’agit de la sixième visite bilatérale de Min Aung Hlaing dans un pays asiatique depuis son accession au poste de président en avril, à la suite d’élections truquées et après sa démission de son poste de commandant en chef des forces armées de Birmanie. Min Aung Hlaing est impliqué dans de nombreux abus, et le procureur de la Cour pénale internationale a demandé un mandat d’arrêt pour ses crimes présumés contre l’humanité.
Le 29 septembre, la Malaisie a renvoyé 1 476 ressortissants de Birmanie – 1 370 hommes, 79 femmes, 20 garçons et 7 filles, âgés de 8 à 60 ans – selon l’agence de presse officielle malaisienne Bernama, à bord de deux navires de la marine birmane et d’un navire-hôpital depuis la base navale de Lumut, dans l’État malaisien de Perak. Ces expulsions surviennent dans un contexte d’hostilité croissante en Malaisie envers les réfugiés, en particulier les Rohingyas – une hostilité attisée par les responsables gouvernementaux.
Le ministère de l’Intérieur a qualifié les réfugiés de fardeau financier, de problème social et de menace pour la sécurité, selon Human Rights Watch. Les discours de haine et la désinformation en ligne visant les Rohingyas et les migrants en général ont connu une forte augmentation cette année, entraînant du harcèlement et la fermeture d’écoles communautaires.
Un accord sur le rapatriement de 5 000 personnes
Le transfert du 29 septembre constituait la première phase d’un accord entre le gouvernement malaisien et la junte birmane visant à rapatrier 5 000 personnes, initialement annoncé par des responsables malaisiens en juillet. D’après les médias, le ministère de l’Intérieur malaisien a déclaré que les autorités birmanes avaient identifié les personnes devant être rapatriées. Il n’a pas précisé leur appartenance ethnique ni leur statut de réfugié, ni si des Rohingyas figuraient parmi elles. Le ministère a également indiqué que d’autres rapatriements progressifs auraient lieu une fois l’identification, la documentation et la vérification terminées.
Les autorités malaisiennes ont affirmé que ces retours étaient strictement volontaires. Cependant, les personnes expulsées ont été emmenées directement de centres de détention pour migrants – où d’anciens détenus ont signalé des violences physiques et des traumatismes psychologiques – ce qui soulève de sérieuses questions quant à la validité du consentement, a déclaré HRW.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a déclaré n’avoir joué aucun rôle dans cette opération et n’avoir pas participé à l’identification des personnes expulsées. Depuis 2019, le gouvernement malaisien refuse au HCR l’accès aux centres de détention pour migrants, empêchant ainsi l’agence d’examiner les demandes d’asile ou d’aider les détenus qui sont des réfugiés enregistrés.
HRW interpelle l’Asean
Le consentement donné en détention indéfinie, sans accès au HCR ni à une évaluation de protection significative, ne peut être véritablement volontaire, a souligné HRW. D’après les médias, 3 524 autres personnes ont été approuvées pour une deuxième phase d’expulsion vers la Birmanie. Environ 10 400 ressortissants birmans sont détenus dans des centres de rétention pour immigrants en Malaisie, selon des rapports récents du ministère malaisien de l’Intérieur.
La Malaisie n’a pas ratifié la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés ni son protocole de 1967, mais selon HRW, elle est néanmoins tenue de respecter le principe de non-refoulement, qui interdit aux pays de renvoyer quiconque vers un lieu où il courrait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements graves, une menace pour sa vie ou d’autres violations graves comparables des droits de l’homme.
Ainsi, le gouvernement malaisien devrait immédiatement suspendre toutes les expulsions vers la Birmanie, y compris la deuxième phase prévue, et accorder au HCR un accès complet et sans entrave à tous les centres de détention pour migrants. L’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) devrait également maintenir l’interdiction faite à Min Aung Hlaing et aux autres dirigeants de la junte de participer aux réunions du bloc régional. L’organisation a également demandé aux membres de l’ASEAN de s’abstenir d’organiser des visites bilatérales qui compromettraient leur interdiction collective visant les responsables de juntes.
(Avec Ucanews)